mercredi 10 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 30e partie

La peur

La femme battue se sent paralysée par ses peurs. Elle doit les identifier et les affronter. Pour cela, elle a besoin de recevoir des appuis concrets. Il ne suffit pas d’en parler pour que ces peurs disparaissent. Des actions doivent être entreprises pour réduire les risques de danger et apprivoiser ces peurs. Il faut l’informer des protections juridiques auxquelles elle a droit. Sans entrer dans les détails, un minimum d’information peut contribuer à diminuer certaines angoisses.

Les différentes peurs feront l’objet d’une écoute attentive. La cliente doit bien les identifier pour parvenir à les affronter. En plus de la peur d’être agressée, elle éprouve les craintes suivantes : peur de la solitude, de perdre les enfants, de ne pouvoir survivre financièrement, de ne pas être autonome et finalement de retourner avec l’agresseur sans que les conditions ne soient changées. Toutes ces peurs prennent une grande place et la freinent dans sa volonté de changement. Vous l’aiderez à identifier ces craintes et ces appréhensions.

Le travail sur ces différentes peurs aide la victime à identifier ses propres face au changement. Certaines peurs lui servent à maintenir l’équilibre connu jusqu’alors. La peur de la solitude, par exemple, l’empêche de remettre en question l’existence actuelle de son couple. Il en est de même pour la peur de l’autonomie.

Il ne faut pas oublier que la femme battue sort d’une situation de prise en charge. Elle n’a donc pas confiance en ses capacités et cela nourrit ses peurs. Elle a peu d’occasions d’expérimenter ses capacités d’agir en dehors de la relation contrôlée par l’agresseur. Finalement, comme toutes les femmes, elle a fait l’apprentissage des stéréotypes féminins qui renforcent les sentiments de peur. Certaines alliances et « universalisations » peuvent l’aider à affronter ses réactions de peur.

La Culpabilité

La culpabilité est un sentiment lourd et envahissant qui occupe une place importante dans le vécu émotif de la femme battue et la freine dans ses demandes d’aide. Elle se sent coupable, et du fait que les conflits dégénèrent en violence, et de l’échec du couple : elle considère qu’elle a failli à son devoir d’assurer le confort affectif de sa famille.

Vous devez convaincre la victime que vous ne la croyez ni responsable ni coupable des actes violents de son conjoint; en outre, vous l’aiderez à se défaire de ces sentiments que sa position de victime et son degré d’intégration des stéréotypes féminins amplifient.

Vous lui demanderez d’identifier les raisons de sa culpabilité : pourquoi serait-elle responsable d’un geste violent commis par un autre? La relation de couple s’instaure entre deux individus, pourquoi donc devrait-elle en porter seule l’échec? Comment peut-elle répondre aux besoins émotifs d’un adulte, lui-même incapable de les exprimer? Vous dénoncerez ce qui ne relève pas de sa responsabilité et l’aiderez à faire le point sur l’origine de ces situations culpabilisantes pour elle.

Le seul moment de l’intervention où vous explorez le passé de la cliente se situe lorsqu’elle parle de son sentiment constant de culpabilité. Vous lui demandez alors si, enfant, elle a été battue ou si elle a vu sa mère subir de mauvais traitements. Elle pourra faire le lien avec cet héritage de victimisation qui lui a appris à se sentir coupable des actes des agresseurs.

La Colère

La colère fait partie, pour un bon nombre de femmes, des sentiments interdits. Il est associé à l’agression et à des comportements masculins. Pour bien des clientes, la colère représente un danger : elle est tellement grande qu’elles craignent de perdre le contrôle en l’exprimant. « Si j’accepte de laisser monter ma colère, je vais le tuer. » Toutes les victimes de violence ressentent de la colère. Toutefois, certaines l’occultent et la retournent contre elles. Elles vivent alors un état dépressif. Au moment de l’entrevue reliée au choc de l’agression, certaines femmes expriment ouvertement leur colère. Avant que la victime ne rationalise ce sentiment ou qu’elle ne l’étouffe, il faut en favoriser l’expression. La femme battue ressentira une libération importante si elle peut exprimer sa colère.
Dès que la colère se manifeste, vous en reconnaissez la valeur positive. Vous lui dites qu’il s’agit d’une émotion juste, valable et pertinente, et qu’elle est tout à fait en droit d’éprouver ce sentiment, que vous renforcez afin d’en favoriser l’expression.

N’oubliez pas que la tristesse peut être une porte d’entrée intéressante pour faire surgir le sentiment de la colère. À partir de la tristesse, la cliente identifie les pertes ou les frustrations qui ont généré cette émotion. Vous insistez sur ces sentiments de pertes et frustrations afin de permettre à la femme violentée de ressentir différemment l’événement auquel elle se réfère. La colère éclate souvent à ce moment.

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