mardi 23 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 35e partie

Les Techniques de soutien

Mobiliser une femme victime de violence et l’inciter à agir pour elle-même nécessite une intervention directive et active. Ce type d’action n’exclut en rien un contexte de soutien. Au contraire, les techniques d’aide doivent être nombreuses et variées. Une femme battue en situation de crise ne peut progresser que si elle se sent soutenue. Elle s’engagera dans des actions concrètes si elle reçoit de l’aide pour affronter l’angoisse de ses premiers changements.

Les techniques de soutien employées au cours de l’entrevue de crise sont de deux sortes : la première s’appuie sur une analyse féministe, la deuxième se situe dans le cadre de l’intervention planifiée à court terme.

Techniques s’appuyant sur une analyse féministe
Établir un contact dans une relation basée sur des principes féministes crée un climat de soutien particulièrement riche. La relation égalitaire permet un rapport nouveau pour la victime et tend à diminuer le contexte d’autorité dans lequel la femme battue fonctionne habituellement.

La Place du tutoiement
Au début de l’entrevue, vous utilisez le vouvoiement lorsque vous interpellez la cliente. Celle-ci doit se sentir respectée et accueillie comme une personne ayant une valeur personnelle. En employant trop tôt le tutoiement, vous créez un climat de familiarité dans lequel la cliente se sent réduite à un état d’infériorité. Vous renforcez alors sa position de victime.

Au cours de l’entrevue, lorsque le climat de confiance est établi, vous pouvez en augmenter l’intimité en demandant à la femme violentée, si elle accepte que l’une et l’autre, vous ayez recours au tutoiement. En passant au « tu », vous pouvez démystifier votre rôle et favoriser des alliances avec la cliente.

Toutefois, le tutoiement ne doit pas être systématique. En effet, certaines femmes battues se montrent méfiantes. Il est alors nécessaire de respecter le rythme de vos clientes en maintenant le vouvoiement.

L’emploi du tutoiement doit servir à créer un climat de solidarité et de confiance. Il vient renforcer votre intervention de soutien et consolider la relation qui débute avec la cliente.

Les Alliances
Il est très encourageant pour la femme violentée de sentir que vous pouvez comprendre de l’intérieur ce qu’elle vit ou ressent. Les alliances brisent la neutralité et crée une solidarité. La relation s’enrichit d’un échange basé sur une expérience commune et démystifie certains vécus. Elle se sent plus à l’aise. Les alliances ont pour but de valider le vécu de la cliente et de soutenir sa démarche. Cette technique rejoint un principe « d’universalisation ». Il ne s’agit pas de se citer en exemple et de reproduire les rapports de domination, mais de s’ajuster au rythme de la femme violentée et à son besoin de soutien. Une alliance qui anticiperait les verbalisations de la cliente minimiserait et atténuerait son vécu. Une alliance qui accompagne et renforce la valeur de l’expérience de la cliente lui procure un soutien pertinent.

Le premier type d’alliance se fait en fonction d’un vécu commun et tant qu’individu : « Moi, j’ai connu une situation de divorce, je sais à quel point c’est difficile. » « Comme toi, j’ai déjà pensé à un avortement, l’angoisse est grande et la décision est déchirante. » La personne ne se sent plus comme une exception, parce qu’elle a rencontré une autre femme qui a vécu une situation similaire dans toute son ampleur. Cette alliance faite au bon moment peut la sécuriser et l’inciter à poursuivre ses verbalisations. Elle lui confirme également la justesse de ses émotions qui peuvent être ressenties par d’autres personnes dans une même situation.

L’alliance se fait également en fonction des conditionnements communs reçus en tant que femme : « Comme à toi, on m’a enseigné qu’être une femme, c’était, avant tout être douce et ne pas faire de colère. » « Moi aussi j’ai appris qu’être une femme, c’est s’oublier et ne penser qu’aux autres. » Cette alliance situe les conditionnements. Elle permet à la cliente de reconnaître des réactions attribuables à ce qu’elle a intégré des stéréotypes féminins. Elle peut s’en distancier et identifier par la suite ce qui lui est propre.

L’intervenante et la cliente appartiennent au même groupe, elles font partie du même groupe d’opprimées dans la société. La violence rejoint une peur viscérale chez les femmes. Quelle femme n’a pas peur de sortir seule le soir ou de se retrouver seule dans un terrain de stationnement? La majorité des femmes ont intégré la menace collective du viol. Il y a donc des alliances possibles en fonction de l’appartenance à un même groupe : « Ce n’est pas un hasard si ce sont les femmes qui font l’objet des violences conjugales dans notre société. On nous demande de faire passer nos rôles de mère et d’épouse avant tout. »

Finalement, il y a l’alliance possible comme victime. Si vous avez connu différentes violences dans votre vie, le partage de ce vécu peut favoriser une alliance très efficace pour la cliente : « J’ai déjà été victime d’une agression dans la rue et cela m’a demandé des mois avant de dépasser cet événement, j’imagine à quel point la situation peut être encore plus pénible pour toi qui as connu cette violence dans le couple. » « J’ai déjà eu un partenaire violent, je sais très bien de quoi tu parles et ce que cela fait vivre. »

Les alliances peuvent donc faciliter la démarche pour la cliente et lui offrir une relation d’aide solidaire. Elles doivent toujours être employées dans le but de soutenir la cliente et de lui permettre d’avancer dans sa démarche. À aucun moment, cette position ne doit servir les intérêts de l’intervenante ni répondre à ses besoins personnels.

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