samedi 27 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 37e partie

Le Partage des connaissances

Une des façons de lui donner du pouvoir est naturellement de lui faire partager vos connaissances. Sans bâtir l’entrevue uniquement sur une démarche rationnelle, il peut être sécurisant pour la cliente de comprendre certains aspects de la dynamique de la violence. Par exemple, il peut être positif d’examiner avec elle ce que sont le cycle et l’escalade de la violence, pour qu’elle puisse alors étudier ses réactions dans de telles circonstances et se déculpabiliser ainsi de sa manière de conduire le processus évolutif des ruptures.

Une femme battue disait : « Je suis contente de savoir comment se produit le cycle de la violence, je croyais que j’étais folle de ressentir de l’affection pour lui. » Une autre réagissait ainsi à l’explication des ruptures évolutives : « Je ne suis pas certaine de résister à un retour avec lui, mais, cette fois-ci, je sais ce que je veux et ce départ n’est pas inutile. »

Ce genre d’information soutient la cliente dans ses réactions. Vous pouvez en plus lui faire connaître vos hypothèses. Cette démarche permet à la femme battue de prendre une part active dans la relation d’aide et de vivre une expérience où le pouvoir, que donne le savoir, est partagé. La relation n’est pas celle où l’expert établit un diagnostic et fait un traitement. La cliente est ici partie prenante du processus; elle n’est pas considérée comme un malade, mais comme une personne qui a les capacités et le pouvoir de changer : « Ce que je crois, c’est que ta peur de la solitude est tellement grande que tu refuses d’examiner la relation de couple que tu vis actuellement, qu’en penses-tu? Peux-tu me dire ce que tu penses de cette idée qui me vient actuellement : pour te protéger de la douleur que tu as vécue au cours de ces différentes scènes de violence, tu enfermes tes émotions dans une boîte. »

Les Contre-discours
Afin de soutenir la cliente, il faut combattre les discours sur la victimisation. Elle a constamment reçu le message qu’elle était faible et sans valeur. L’intervenante féministe croit aux capacités des femmes. Les difficultés de la victime ne sont pas reliées à une pathologie, mais à un manque d’habileté à s’affirmer. De plus, en tant que femme et victime, elle ne s’accorde pas le droit de se donner la priorité. Les contre-discours vont donc renforcer les capacités de survie de la cliente face aux violences. Vous lui ferez constater qu’elle n’a pas appris à s’affirmer, mais que cela se développe et s’apprend. De plus, elle découvrira que cette difficulté n’est pas associée à un manque de capacités personnelles. « Si tu éprouves de la difficulté à dire non, ce n’est pas parce que tu en es incapable. Mais, en tant qu’ex-enfant battue et en tant que femme, tu n’as pas eu l’occasion de l’apprendre. Tu as tout à fait raison de vouloir penser à toi et d’exiger qu’on te respecte. »

Les contre-discours lui permettront de réduire ses propres préjugés contre la violence. Ils valideront ses besoins et les renforceront en lui donnant accès à une analyse différente de violence. Les contre-discours peuvent faire partie des « alliances », de l’ »universalisation » ou être utilisés dans diverses techniques de soutien. Ainsi confrontée à de nouveaux schèmes de référence, la cliente peut trouver les appuis indispensables pour rompre le cycle des agressions et l’aider à se mobiliser.

La femme violentée avance en se questionnant rationnellement. Elle ne peut engager aucune action concrète si elle ne modifie pas ses anciennes certitudes. Ces dernières maintiennent sa passivité et sa position de retrait. Elle devra développer d’autres valeurs pour consentir à s’accepter. En entrevue de crise, il est évident que ce processus d’évolution ne fait que s’amorcer. Il peut toutefois devenir, pour la cliente, un facteur décisif de changement.

Techniques associées à l’approche de « court terme »
En plus des techniques basées sur une analyse féministe, il peut être intéressant d’employer des techniques associées à l’approche de « court terme ». Trois techniques s’avèrent particulièrement intéressantes dans l’intervention auprès des femmes battues en situation de crise, soit, la « réassurance », l’encouragement des comportements dirigés vers l’action et la technique d’ « universalisation ».

La «Réassurance »
Il faut « réassurer » la cliente de ses forces et capacités personnelles. L’intervenante met en évidence les aptitudes et les ressources personnelles de la femme violentée. Elle reçoit donc des paroles qui lui confirment la confiance que vous avez en elle. « Tu as fait preuve de beaucoup d’imagination pour arriver à vivre avec ton peu de ressources financières. Cette capacité d’organisation te servira à nouveau, pour réaménager tes nouvelles conditions de vie. » Cette attitude suscite l’espoir et l’entourage à persévérer dans sa tâche de reconstruction. « Ta richesse émotive te guidera pour construire de nouvelles relations avec des amis. »

Ce type d’attitude rappelle à la cliente que la situation peut se modifier, à partir des capacités personnelles qu’elle concrétisera dans un nouvel engagement. La situation n’est pas considérée comme immuable ni la victime comme « incapable ». La notion de changement fait partie de la démarche d’espoir. « Il est possible de mettre fin à cette situation de violence, même si la démarche est longue et ardue, tu peux retrouver la liberté à laquelle tu as droit. »

La « réassurance » permet également d’atténuer certaines inquiétudes reliées à la situation de crise. « En éclaircissant certaines émotions et besoins, la confusion que tu éprouves diminuera peu à peu. »

Encourager les comportements dirigés vers la tâche
La femme battue en situation de crise a besoin de se mobiliser. Les tâches l’incitant à l’action lui permettent de lutter contre ses comportements de passivité. Le renforcement des comportements axés sur des tâches (des devoirs ou des exercices à faire) prennent donc une importance très grande lors de l’entrevue de crise. Ce type d’appui réduit le sentiment d’impuissance et d’incapacité. La cliente se voit soutenue dans ses capacités à agir et à réagir dans la situation critique. L’intervenante assure la cliente qu’elle peut reprendre du pouvoir dans sa vie et qu’elle est en mesure de décider pour elle-même.

Pour ce faire, vous soutenez et encouragez les initiatives et les efforts de la cliente pour qu’elle s’implique activement dans la résolution de ses difficultés. « C’est une excellente initiative que de vouloir appeler un-e avocat-e pour vérifier ta protection financière. Je peux te suggérer quelqu’un. » Dans le même ordre d’idée, vous soulignez ses réussites antérieures. « C’est une bonne idée de reprendre tes cours de comptabilité. Tu y réussissais bien et, de plus, cela te garantit une future autonomie financière. »

La valorisation des initiatives que prend la cliente la pousse à découvrir son potentiel personnel et à se voir dans une position d’autonomie. « Ta décision de refuser toute nouvelle manifestation de violence est totalement justifiée et va te permettre de faire des choix en tenant compte de tes propres besoins. »

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