lundi 29 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 38e partie

«L’Universalisation »

La technique d’ «universalisation » permet à la cliente de constater qu’elle vit des émotions semblables aux personnes confrontées à un problème similaire : « Les femmes qui connaissent une expérience de violence conjugale éprouvent, dans la majorité des cas, un sentiment d’injustice et de colère. » Cette technique permet de briser l’isolement et assure à la cliente que sa situation ne relève pas de sa responsabilité personnelle. « La violence envers les femmes est très répandue, près d’une femme sur dix, au Canada, est victime des agressions de son conjoint. » Le problème est donc situé dans son contexte social. « La violence envers les femmes renforce le pouvoir des hommes dans notre société. C’est pourquoi le silence est si fréquent. »

Les techniques d’ « universalisation » doivent être employées à bon escient pour éviter de minimiser la situation vécue par la cliente et ne pas devancer la réflexion personnelle de celle-ci. Elles suivent généralement une verbalisation et en renforcent sa valeur.

Les techniques basées sur une analyse féministe et celles empruntées à « l’approche de court terme » appuient efficacement l’intervention. Ces moyens assurent une aide qui tient compte de la situation émotive de la cliente en crise et de ses besoins d’aide concrète. Ils appuient les différents rôles que vous devez assumer au cours de l’entrevue de crise.

Les diverses techniques décrites s’inscrivent dans un cadre précis d’intervenir et créent un contexte privilégié pour la femme violentée. En plus de ces connaissances spécifiques, vous avez des rôles précis à assumer comme thérapeute, comme intervenante et comme femme. Ces rôles permettent d’établir une relation de confiance dans un climat de solidarité.

La relation
La cliente est souvent méfiante envers les services d’aide. Elle craint d’être tenue responsable de sa situation de violence. Elle a peut-être déjà reçu une aide inadéquate de certains professionnels et redoute que vous lui disiez de quitter son conjoint. Il faut donc établir rapidement la relation et définir le type de service qu’elle est en droit de recevoir.

Elle doit sentir immédiatement que vous la respectez en tant qu’individu et que vous respectez la situation qu’elle vit. La façon dont vous la traiterez lui confirmera qu’elle n’est pas, à vos yeux, une personne sans valeur, une « non-personne », comme elle est habituée à se le faire entendre dire par l’agresseur. Votre attitude n’est en rien surprotectrice. Rappelez-vous que la surprotection confirme à l’autre son incapacité et vous confère le pouvoir du savoir et des décisions. Elle peut également signifier qu’entendre toute l’histoire des violences subies, avec ce qu’elle comporte d’horreur, vous met mal à l’aise.

Cet élément est important et il vaut la peine de s’y attarder quelque peu. En effet, au début de leur pratique auprès de cette clientèle, les intervenantes parlent beaucoup de leurs difficultés à recevoir le contenu émotif et factuel du vécu de violence des victimes. Certaines praticiennes ont exprimé la crainte qu’elles avaient d’ajouter à la douleur que vit déjà la cliente, en favorisant l’expression du vécu émotif. Au cours de divers enseignements dans le milieu de services sociaux et des services communautaires, nous avons constaté que cette réaction est associée à une sous-évaluation des capacités personnelles des femmes battues. De plus, la réception d’un tel contenu met en relief la vulnérabilité de l’intervenante comme femme et victime potentielle. Certains moyens sont alors employés par l’intervenante pour se protéger contre ce genre de contenu : elle parle beaucoup, amène les échanges sur le plan rationnel et factuel, maintient la victime dans ses rôles de mère et d’épouse, propose rapidement des solutions concrètes, intervient sur un mode interrogatif qui incite à des réponses courtes et rassemble un nombre considérable d’informations. Dans ce cas, lorsque les émotions de la cliente surgissent, il suffit alors, pour réduire leur expression, de les expliquer et de les analyser.

Mais, les femmes battues ressentent déjà tous ces malaises et vivent quotidiennement avec ces émotions. Le fait d’en parler ne les augmente pas, mais les rend simplement plus présentes, et les clientes peuvent enfin se permettre de les ressentir et de se réapproprier leurs pertes émotives. En facilitant l’expression des sentiments et en éclaircissant leur contenu, vous offrez à ces femmes la possibilité de vivre un certain apaisement de leur surcharge émotive. Elles peuvent également commencer à y voir plus clair et à faire des liens entre leurs diverses émotions. Avec l’appui qu’elles reçoivent, elles redonnent une juste valeur à ces sentiments, elles en atténuent certains, découvrant qu’ils sont générés et nourris par l’agresseur. Ce déblayage émotif doit être fait pour que la victime parvienne à se mobiliser dans des actions concrètes. Il ne faut pas oublier que la cliente est la mieux placée pour élaborer ses réactions à la violence.

La relation avec la victime se veut sans surprotection. Ce contexte lui permet d’exprimer ses douleurs – pour certaines femmes, ce sera la première fois. Ce climat facilite également la fin du silence sur certains types de violence : sexuelles, avec armes, etc. De plus, il n’est pas essentiel de lui demander des détails sur les formes de violence qu’elle a subies, elle le fera d’elle-même dès qu’elle se permettra d’exprimer son vécu émotif.

Vous l’inviterez donc à envisager un nouveau rapport. Vous êtes une « personne ressource », mais vous êtes aussi une femme qui a connu les mêmes apprentissages. Vous représentez un modèle. Pour cette raison, votre relation s’établit sur un mode affirmatif. Vous intervenez donc lorsqu’elle tient des propos dénigrants sur elle-même. Votre action met également fin à ses attitudes de victimisation et son propre comportement lui est révélé pour qu’elle y mette fin consciemment.

La relation se fait dans un climat qui aide la femme battue. La victime doit y retrouver un contexte de sécurité émotive et physique. Vous l’assurez que sa visite est confidentielle.

Finalement, la relation de dialogue sert de garantie à la démarche d’aide. La victime reçoit, dans un langage accessible, l’information basée sur un nouveau rapport, tendant à réduire l’inégalité et les zones de pouvoir.

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