mercredi 31 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 39e partie

Une attitude directive
Un grand nombre de personnes assimilent une attitude directive à un comportement négatif. Elles confondent « directivité » et autorité. Ce type d’attitude fait souvent référence à une position de domination et d’agression. En effet, dans notre société, la « directivité » est, dans bien des cas, associée à des situations négatives et à des rapports hiérarchiques. Toutefois, avoir une attitude directive dans un contexte positif, aide, soutient et sécurise. Dans cette perspective, elle ne revêt pas un aspect dominateur et sert de moyen pour créer des « alliances ».

Elle vise essentiellement à permettre à la victime de consentir à agir pour elle-même, dans son intérêt et pour sa sécurité. Elle sert de repère dans la démarche angoissante de la femme battue. Elle lui permet de recevoir des messages qui soutiennent son refus de la violence et qui l’incite à abandonner une position de retrait et de passivité.

Par écrit on ne peut rendre compte du timbre de voix, mais voici néanmoins quelques exemples d’intervention directive :

Normaliser le vécu émotif
« Tu as parfaitement raison de te sentir en colère, tu n’as pas à te culpabiliser de penser à toi, c’est tout à fait normal. C’est impossible que tu n’aies rien de brisé en toi après cette douloureuse expérience de violence, donne-toi la permission de ressentir ce qui est cassé en toi. »

Sécuriser
« Il n’y a rien qui justifie la violence. Tu ne peux toi-même régler le problème d’alcoolisme de ton partenaire, la solution à cette difficulté lui appartient. Tu dois prendre du temps pour toi. »

Créer l’espoir
« Les avocat-e-s avec lesquel-le-s nous travaillons font régulièrement ces demandes de saisie de biens, explique-leur ce que tu veux. Tu as survécu à toutes ces violences, compte sur ses capacités personnelles pour affronter un nouveau départ. Tu peux apprivoiser la solitude et apprendre à t’aimer. »

Susciter la confiance en elle
« Fais confiance à ton jugement personnel. Si tu ne t’étais pas sauvée, il aurait employé ce couteau contre toi. Tu as fait preuve de beaucoup de force pour arriver à survivre dans ce contexte de violence, reconnais-toi ces capacités. Tu sais très bien comment il tente de te récupérer après ses pertes de contrôle, essaie maintenant de trouver des moyens pour te protéger contre ses manipulations. »

Inciter à agir
« Il faut que tu penses à te protéger, tu es sérieusement en danger. Tous les changements que tu pourrais faire ne suffiront jamais à mettre fin à la violence. S’il ne veut pas lui-même être aidé pour ses pertes de contrôle. Tu as le pouvoir de modifier la situation. »

Éviter la dépendance
« Les décisions t’appartiennent et c’est toi qui auras à vivre leurs conséquences. C’est effectivement tentant de chercher un protecteur, mais la protection la plus efficace passe par toi. Ta place en tant que personne est aussi importante que tes responsabilités parentales. »

Contre-discours
« La violence est un prix dangereux et trop élevé à payer pour maintenir la cellule familiale. Tout devient provocation pour l’agresseur qui a besoin de se « déresponsabiliser » de l’agression qu’il a commise. Essaie, pour toi, de savoir ce que tu vas vérifier en retournant avec lui. »

Mobiliser
« J’attends ton appel demain pour me faire savoir comment tu vas. Quand tu auras réalisé cette tâche, note bien par écrit comment tu as réussi cette action. Consens à n’accomplir qu’une étape à la fois et accepte de voir tes réussites. »

La « directivité » crée donc un climat propice à la mobilisation de la cliente. Elle respecte les choix de l’autre et, en aucun cas, elle ne vous amène à prendre de décision à la place de la femme violentée, ce qui relèverait alors de la domination et de l’autoritarisme. Face à une attitude positive et affirmative, la cliente se rend compte qu’elle est un individu à part entière, que vous croyez en ses capacités et respectez ses choix. Ce mode d’intervention augmente l’impact de l’entrevue de crise et assure l’efficacité de l’intervention.

La « directivité » est donc nécessaire en entrevue de situation de crise, dans ce contexte où les victimes fonctionnent de manière passive. Elles ne sont ni habituées à prendre des décisions, ni à faire des choix pour elles-mêmes. La « directivité » a pour but de les y encourager. Elles se sentent des plus démunies lorsqu’elles doivent réagir rapidement, elles cherchent les approbations et se placent bien souvent en position de prise en charge. Que vous ayez une attitude directive aide la victime à se mobiliser et à accepter de donner la priorité à sa survie personnelle. La « directivité » permet de prendre des positions claires contre la violence et de rejeter les motifs qui poussent la victime à se sentir responsable de la violence.

Rappelez-vous que les femmes battues construisent leur univers en fonction de l’agresseur. Elles restreignent leurs besoins personnels selon les règles qu’il établit. Elles ont douloureusement appris à ne prendre aucune initiative sans son autorisation. Leur marge de manœuvre se trouve donc des plus limitées; ce sont les agresseurs qui contrôlent tout, qui vérifient ce qu’elles font et qui donnent ou non une valeur aux actes qu’elles posent. Elles agissent ou réagissent en fonction de l’autre. Dans une certaine mesure, elles vivent par procuration. C’est pourquoi la « directivité » devient une stratégie essentielle lors de l’entrevue qui suit le choc de l’agression, et pourra même être maintenue dans une démarche à court terme. Elle permet de mobiliser la cliente en l’incitant clairement à se donner des permissions : parler de ce qu’elle vit, penser à elle, assurer sa protection, ressentir certaines émotions interdites jusqu’alors. Elle est une source d’énergie et d’espoir. Elle permet à l’intervenante et à la cliente de découvrir comment réagir à la violence et rentabilise l’énergie dont a fait preuve la femme battue en demandant de l’aide. Elle permet aussi de connaître réellement le degré du danger dans lequel se trouve la cliente.

Vous aurez donc un attitude directive afin d’aider la cliente à se centrer sur elle-même (ses émotions, ses besoins, sa sécurité). Vous vous en servirez également pour valider son vécu émotif, pour la sécuriser et créer l’espoir de mettre fin à la violence. De plus, vos contre-discours face à la violence lui permettront de nourrir la confiance en la « personne ressource » que vous représentez. Vous l’enjoindrez aussi de tout faire pour éviter une possible dépendance.

Ainsi la « directivité » va-t-elle permettre à la cliente de lutter contre son sentiment d’impuissance, et l’inciter à se privilégier dans ses choix. N’oubliez pas que votre attitude directive ira en diminuant au cours des entrevues – si vous continuez un contrat d’aide avec la cliente – et disparaîtra à court terme.

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