vendredi 2 septembre 2011

VIOLENCE FAMILIALE 40e partie



La restauration de l’estime de soi

L’estime de soi, c'est-à-dire, l’appréciation personnelle de sa propre valeur et compétence diminue suite à un vécu de violence. La femme battue développe la certitude qu’elle ne peut être aimée pour elle-même et qu’elle ne possède pas les capacités nécessaires pour rompre sa relation avec l’agresseur. Tant qu’elle se verra comme cette personne sans valeur, elle se trouvera piégée dans la violence et maintiendra son comportement de retrait et de passivité, par crainte de perdre le peu qu’elle a, couple et famille. Il lui faudra, pour réagir aux agressions, un certain degré d’estime d’elle-même car, tant qu’elle ne s’accordera pas de valeur, elle ne pourra prendre aucune décision qui place son confort avant celui de l’oppresseur. C’est pourquoi une démarche de restauration de l’estime de soi doit toujours accompagner les différentes formes d’aide qu’elle reçoit : économique, juridique et sociale. Cette démarche représente même sur des premiers objectifs de l’intervention auprès de la femme battue. Toutefois il ne peut s’actualiser de façon isolée. En effet, différents facteurs cités plus haut contribuent au développement de l’estime de soi. Ainsi pour parvenir à rompre la violence et lutter contre ses effets dévastateurs, la femme battue doit réapprendre à s’aimer, à se faire confiance, et à croire en ses capacités personnelles. Toutefois, ce processus va à « contre-courant » des valeurs enseignées aux femmes et qui sont : l’oubli de soi, le rôle de support de la femme, l’interdiction de l’affirmation de soi etc. De plus, la redécouverte, par la femme, de sa valeur personnelle déjoue les tactiques dénigrantes de l’agresseur qui minent l’estime de soi de sa victime. Il invalide ses émotions, dévalorise ses réalisations ou ses comportements, la ridiculise en privé ou en public, l’intimide etc.

La reconstruction de l’estime de soi et, dans certains cas, l’instauration, représente une étape fondamentale dans la lutte contre la victimisation. Au cours de cette démarche, la cliente partira à la découverte d’elle-même et cessera peu à peu de se voir avec les yeux des autres (agresseur, famille immédiate). Elle tentera, progressivement de ne plus se définir à partir des évaluations de mépris de l’agresseur, de reprendre pouvoir sur sa vie. Évidemment, ce cheminement ne peut s’accomplir rapidement, mais il est essentiel qu’il s’amorce tôt dans la démarche entreprise avec la femme violentée. La moindre augmentation de l’estime de soi représente un pas vers la mobilisation contre sa position de victime. D’ailleurs, au début et à la fin d’un suivi auprès des femmes battues, il est intéressant d’utiliser le test d’estime de soi de Janis Field qui a été traduit par Forest. Il donne des informations pertinentes et suscite certaines réflexions qui peuvent permettre d’aborder directement l’image que la victime se fait d’elle-même.

À titre indicatif, regardons les résultats de ce test, qui fut administré à 55 femmes battues s’étant présentées au Centre de services sociaux du Montréal métropolitain. La moyenne obtenue fut de 33,6 l’écart-type étant de 13,3, alors que le même test administré à des étudiantes québécoises donne une moyenne de groupe de 41,6 avec un écart-type de 11,35. D’autre part, des femmes chefs de famille obtiennent une moyenne de 48,6. Bien que les groupes soient différents, cet écart démontre l’évidence d’une perte d’estime de soi chez les femmes battues. Après une démarche de groupe, les femmes améliorent leurs résultats à ce test et leur côte, mesurant l’estime de soi, se rapproche alors davantage de celle des deux autres groupes. Il y a donc une perte importante de l’estime de soi reliée au vécu de violence.

La restauration de l’estime de soi débute immédiatement après « l’entrevue de situation de crise », ou après celle suivant l’entrevue de dépistage. Bien que la notion d’estime de soi demeure toujours présente dans un processus d’aide auprès des victimes de violence conjugale, elle est prioritaire lors de l’intervention de court terme. En se redonnant une valeur comme individu, la femme battue aura plus de chance de réagir à la prochaine agression de son partenaire. Elle sera en mesure d’agir en considérant qu’elle ne mérite pas d’être traitée de cette façon. Il lui faut un certain degré de considération pour elle-même pour se mobiliser, ne plus intégrer les explications culpabilisantes de l’agresseur et accepter de se « prioriser » lors des agressions. De façon complémentaire, une aide concrète lui apportera les appuis nécessaires pour rompre avec sa position de victime.

Réapprendre à s’estimer ne se fait pas de façon parcellaire. Cela va de pair avec l’utilisation de ressources, humaines et matérielles, de soutien et est relié à l’affirmation de soi. Toutefois, pour mieux saisir l’importance d’une intervention directe pour stimuler l’augmentation de l’estime de soi chez la cliente cette notion sera traitée de façon distincte dans ce chapitre.

Cinq points à travailler, avec des techniques s’y rapportant, ainsi que des exercices et des tâches pour soutenir cette démarche, seront décrits dans les paragraphes suivants. L’importance pour la cliente, de reconnaître sa position de victime sera abordée et les émotions deviendront un élément essentiel à travailler. Par la suite, nous verrons comment aider la cliente pour qu’elle s’octroie une valeur personnelle et un droit à l’individualité. Finalement, l’identification de ses besoins fera partie intégrante de la démarche de restauration de l’estime de soi.

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