mardi 20 septembre 2011

VIOLENCE FAMILIALE 48e partie

Voici comment la cliente, qui avait dessiné le cœur de la figure 3, l’a redessiné après quelques rencontres

Elle se place maintenant au centre de son cœur et se réapproprie une partie de l’espace laissé vide par le départ de son conjoint. Cette nouvelle section ne pourra plus être concédée de nouveau. Elle garde vacante l’autre portion de cette place pour des relations affectives futures. Toutefois, elle indique que cette relation conjugale violente lui laisse une cicatrice (méfiante envers son ex-conjoint et sentiment de deuil devant la fin de la relation). Elle prend des moyens pour que son fils ne revendique pas le territoire laissé libre par son père. (application de nouvelles règles parentales structurées, punition lorsque son fils perd le contrôle, etc). De plus, elle a pris une partie de son territoire pour s’assurer de demeurer au centre de sa vie. Elle octroie une place plus grande à ses collègues de travail et se sent plus à l’aise à son travail. Elle réduit la place du frère qui tente d’envahir son espace (le refus à ses demandes sont des balises qui la protègent). Elle maintient cependant la section réservée à sa sœur. Elle augmente celle consacrée aux amis, pour maintenir les relations qu’elle apprécie et pour en intégrer éventuellement de nouvelles. Finalement, elle réduit la place de ses parents. La colère exprimée envers son père violent l’aide à adopter une attitude de retrait face à ses parents. Le territoire de sa mère demeure inchangé, mais celui de son père est considérablement réduit.

Susciter une démarche rationnelle-émotive
Les victimes de violence conjugale ont développé des principes et des valeurs qui les maintiennent dans leur position de retrait, d’effacement. Ces explications rationnelles, qu’elles se donnent, leur assurent une certaine survie émotive mais contribuent aussi, parallèlement, à les garder dans une situation de dépendance et de vulnérabilité. Certaines justifications leur servent également de protection contre la surcharge émotive inhérente aux agressions subies. Les femmes violentées ont intégré des mécanismes de défense pour se protéger de leurs émotions qui, autrement, les envahiraient. Pour s’autoriser à vivre les divers sentiments les habitant, les femmes battues ont besoin de percevoir leurs émotions sous un angle différent et neuf. Elles ont aussi besoin d’identifier les mécanismes de défense qu’elles ont élaborés pour annihiler ces émotions. Vous apporterez donc un nouvel éclairage sur la valeur des sentiments. Une case pour chaque émotion, voilà une méthode de survie qui permet aux victimes d’éviter de se sentir complètement détruites. L’ensemble du vécu émotif associé aux diverses agressions n’existe pas. La victime vit chaque agression comme étant un acte isolé, porteur de souffrances, mais l’ensemble de son vécu relié la violence lui échappe. Ainsi, chez la femme battue, la tristesse de ne pas être respectée ne s’ajoute pas à celle d’être maltraitée et violentée sexuellement, chaque vécu émotif demeurant isolé. Ce comportement lui donne l’impression de moins souffrir et lui permet de continuer à lutter contre l’effondrement.

Cette attitude de fuite fait l’objet d’une dénonciation de votre part. Vous regardez avec elle tous les exutoires par où les émotions manifestent leur présence : la somatisation, l’insomnie, la dépression, la consommation de drogue et/ou d’alcool. La femme violentée se voit confrontée à la réalité de la souffrance qui s’installe et s’accumule. De façon rationnelle, elle découvre l’existence de ses émotions et de ses mécanismes de négation. Elle peut voir les soupapes qu’elle utilise pour éviter d’affronter son vécu émotif. Ses propres pertes de contrôle face à ses enfants sont resituées dans l’éclatement de ses tensions accumulées. Cependant, cette analyse ne justifie nullement la perte de contrôle comme telle. Ainsi, la victime peut reconnaître ses mécanismes de défense et accepter la présence de ses sentiments.

Un autre principe qu’il faut modifier est celui affirmant qu’il est possible de se couper entièrement de ses émotions. Certaines femmes battues disent qu’elles ne ressentent plus aucune émotion. « Tout me coule dessus comme sur les plumes d’un canard. » Cette expression utilisée par une femme battue révèle, en fait, un déni de ses émotions. Cette attitude peut se maintenir quelque temps mais ses conséquences peuvent être redoutables : perte de contact avec la réalité, dépression, agressions, meurtre.

La femme battue doit apprendre que ce mode de fonctionnement indique qu’elle vit des sentiments pénibles et écrasants, qu’il est urgent qu’elle réagisse et libère progressivement ses émotions. Vous lui rappelez qu’elle est en situation de danger et perd ses moyens de défense en niant ce qu’elle vit. En effet, pendant cette période, la victime n’a plus ses « antennes protectrices » qui lui permettaient de détecter la progression du climat de violence. Elle risque de ne plus être consciente du danger dans lequel elle se trouve. Lui exprimer votre inquiétude à son égard peut lui faire prendre conscience de l’urgence de sa situation. Vous l’informez également du risque d’éclatement des tensions. Partager avec elle les motifs de cette défense émotive peut l’inciter à reconnaître quelques-unes de ses peurs et favoriser l’extériorisation de son vécu émotif.

La confirmation de ses émotions par l’agresseur fait partie des règles du jeu qu’il impose à sa victime. La femme battue accorde donc une grande importance à la validation de ses émotions par l’autre. Elle craint d’être ridicule en verbalisant ce qu’elle ressent. Pour aller de l’avant, elle attend souvent l’assentiment de l’autre. Ce mode de fonctionnement est discuté avec la victime. Ses inhibitions s’atténuent lorsqu’elle comprend ce processus de contrôle de l’agresseur. En valorisant ses capacités et ses émotions, la femme battue augmente sa confiance en elle et accepte davantage l’exploration de ses émotions.

Modifier certaines cognitions
Pour s’armer émotivement contre les manipulations de l’agresseur, la femme violentée doit apprendre à se débarrasser de ce qui ne lui appartient pas dans la situation de violence. En se distanciant des événements et en ayant un regard nouveau sur les méthodes d’oppression de l’agresseur, la cliente peut mieux se voir comme une victime et non comme un individu aux prises avec la « folie ». Vous pouvez accompagner ce type de réflexion en partageant avec elle, diverses connaissances sur la dynamique de la violence conjugale. Le cheminement émotif se fera de façon complémentaire.

Toutefois chez certaines femmes violentées, la reprise de possession de leurs émotions est, malgré tout, difficile à faire. Un certain « matériel-support » peut s’avérer efficace, dans ce cas.

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