samedi 5 novembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 4e partie

LA DIFFICULTÉ D'ÊTRE

Le père absent

Qu’en est-il du garçon sans père ou dont le père occupe peu de place dans sa vie ? Son identité masculine est-elle vouée à l’échec présagé par le titre bien connu, Père manquant, fils manqué (Corneau, 1989) ? Force est de croire qu’un garçon peut être en contact avec des figures paternelles autres que son père biologique et peut à la rigueur porter en lui-même une figure paternelle composée de représentations d’hommes et du travail de son imagination.

Les nouvelles formes de vies familiales

Le rôle paternel tel que défini par la grille psychanalytique se limite-t-il aux personnes de sexe masculin ? Est-il possible, par exemple, de trouver au sein d’un couple lesbien une figure paternelle ? Ces questions débordent du cadre du présent article, mais il demeure tout de même pertinent de souligner l’importance de telles questions dont les réponses pourraient témoigner de la grande capacité d’adaptation de l’esprit humain.

La vie sexuelle

C’est à l’adolescence ou au début de la vie adulte que le jeune tente de s’approcher des filles ou des femmes de façon sexuelle. Il revient alors, en réalité et en fantasmes, vers un corps différent du sien et du même sexe que celui de sa mère. Ce mouvement peut être vécu comme régressif et anxiogène par le jeune, qui risque de l’associer à une fusion avec la mère. De là, la tendance chez certains jeunes de fanfaronner par rapport à leurs conquêtes sexuelles, afin de chasser de leur esprit toute connotation fusionnelle.

Autant que le mouvement peut être vécu comme régressif, autant peut-il avoir un potentiel libérateur et transformateur, permettant au jeune de projeter sur l’objet de son désir sa propre féminité, puis de faire preuve de tendresse et de sollicitude envers cette féminité, qui lui revient ainsi enrichie sous forme d’introject.

Le dessin du père : un défi d’initiative

Pour faire appel au mode interactionnel des garçons, fondé davantage sur l’action que sur l’expression verbale, ainsi qu’à leur esprit compétitif et leur besoin de vie de groupe, L’Oiseau de feu a recours à une formule de défis d’initiative (traduction de initiative challenges), adaptée à partir d’activités développées par la commission scolaire de la Beauce-Etchemin dans leurs groupes père-fils (Enjeux, 2001).

Dans L’Oiseau de feu, le défi d’initiative sert d’agent motivateur pour encourager les participants à échanger sur des thèmes portant sur l’adolescence masculine. « Le dessin du père », une des activités proposées par L’Oiseau de feu, est un bon exemple, d’un tel défi d’initiative. Les garçons sont organisés en deux équipes. Chaque équipe a à relever le même défi : ils forment l’équipage d’une navette spatiale naufragée sur une planète lointaine habitée par des êtres semblables aux humains. Le jour du naufrage est la fête des pères chez ces « extraterrestres ». Ces derniers invitent les astronautes à dessiner des images qui représentent ce qu’est un père sur la planète Terre. Puisque les extraterrestres se méfient des astronautes, ils les attachent deux par deux à la cheville.

Chaque équipe se met alors à fabriquer une immense bannière à partir de bristol et de ruban adhésif. Ils discutent et dessinent puis, une fois qu’ils ont terminé, doivent accrocher leur bannière au mur du gymnase en grimpant dans les échelles, toujours attachés deux par deux à la cheville. Ils ont un temps limite pour faire tout cela. L’équipe avec le plus d’images gagne, mais l’équipe adversaire a le droit d’argumenter la non-pertinence de certaines images et tenter ainsi d’invalider ces images. Ceci donne lieu à des échanges enthousiastes.

Une discussion suit chaque défi d’initiative. La discussion porte autant sur le sujet du défi que sur les dynamiques de chaque équipe. Afin de promouvoir l’apprentissage d’un vocabulaire affectif, les garçons sont encouragés à se référer à des totems, inspirés des cultures autochtones nord-américaines, qui représentent des valeurs et des attitudes : l’aigle pour le leadership et l’initiative ; le bufle pour l’esprit d’équipe et la persistance ; l’écureuil pour l’imagination et l’esprit ludique ; l’ours pour l’affirmation de soi et l’auto-contrôle. Ces totems forment un vocabulaire imagé, concret et transitionnel. Il s’agit de médiateurs qui permettent aux jeunes de parler d’affects sans pour autant se sentir trop vulnérables.

L’avantage d’un défi d’initiative comme celui-ci c’est que les garçons échangent beaucoup entre eux sur le thème en question (en l’occurrence, le rôle du père) sans s’en rendre compte et donc sans trop se retenir. Avec l’aide des animateurs, cela les emmène à une exploration et à une intégration de leurs vies intérieures, enrichissant ainsi leurs identités masculines. Ils apprennent aussi à mieux fonctionner en groupe et à échanger sur les dynamiques d’équipe, ce qui leur permet d’améliorer leurs capacités sociales.

Conclusion

L’adolescence est un défi d’initiative. Comme Œdipe, chaque garçon doit résoudre les énigmes qui l’interpellent. Blos (1979) décrit l’adolescence comme un passage. Aujourd’hui, il y a peu de rituels pour guider les adolescents à travers ce passage. Si chaque garçon est le héros de sa propre histoire, il est indiqué de l’épauler sur son chemin. Les groupes de pair peuvent être un atout en ce sens, particulièrement lorsqu’ils sont appuyés par un modèle d’animation qui fait la promotion de l’épanouissement personnel.

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