lundi 12 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 16e partie

DISCUSSION

Tous les immigrants n'ont pas eu recours aux mêmes interprétations,  certains ont parlé de mauvais rêves, puis de fantômes, pour traduire des expériences différentes et pourtant apparemment identiques pour le clinicien.  L'expression même de ces interprétations semblait étroitement liée au contexte et pas seulement aux déterminants psychopathologiques du "malade", et dans tous les cas, il existait un concensus sur l'interprétation développée par les patients et les autres immigrants interrogés.  Plusieurs caractéristiques de la "rencontre avec un fantôme" sont régulièrement apparues dans le discours des patients et dans celui de leurs proches.  Il est apparu une nette distinction entre ce qui relevait du "retour des fantômes" et l'ensemble des signes cliniques que nous pouvions relever.  En d'autres termes, la peur de devenir "fou", traduisant un changement de comportement ,n'était jamais imputée à une possession par l'esprit "revenant", ni à un effet quelconque de cette expérience; il n'a jamais été dit, par un malade, ou par un proche, que les troubles manifestés étaient causés par les "fantômes".  L'interprétation selon laquelle un esprit "malfaisant" venait toutes les nuits, et parfois même le jour, ne se présentait pas comme un énoncé causal de la maladie, mais comme une expérience relevant d'un registre différent de celui de la 'maladie' pour laquelle les immigrants consultaient. Il convient encore de distinguer la peur de devenir fou exprimée par le patient qui constate un changement dans son comportement, de la désignation par le groupe qu'Untel est "possédé" par un esprit.  Dans le premier cas, c'est le sujet qui craint de devenir fou, puisque c'est la seule explication qui rendrait compte des abérrations de son comportement sans lui imputer une responsabilité délibérée qu'il craint que le groupe lui accorde.  Tandis que dans le deuxième cas, c'est le groupe qui considère qu'Untel est Bôcô (prêtre vodou), alors que le bôkô en question ne prétend qu'être possédé, et ne se considère nullement comme fou.  Nous prendrons deux exemples pour éclairer ces faits.

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