jeudi 16 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 42e partie


JE NE ME SENS PAS TRISTE MAIS J'AI MAL EN DEDANS

Le phénomène dépressif est classé dans les troubles affectifs à cause de la prédominance d’un trouble de l’humeur, mais la symptomatologie ne se limite pas uniquement à cette sphère.  Au contraire, chez les déprimés sévères, on pourra identifier aisément une atteinte globale touchant aussi la fonction cognitive, la vie neurovégétative, le système moteur.
Le symptôme principal qu’on retrouve chez presque tous les déprimés est la tristesse, expérience subjective que certains déprimés tentent de dissimuler.  Elle se manifeste par un affect dysphorique accompagné d’un goût de pleurer, d’un sentiment d’être complètement dépassé par les événements.  Elle peut avoir une intensité très variable, survenir par bouffées de quelques minutes, de quelques heures ou encore s’étendre sur toute la journée sans que la souffrance du patient n’ait de cesse. D’ailleurs, le déprimé ressent souvent sa tristesse comme une douleur morale extrême qu’il identifie lui-même à un vécu très différent d’un sentiment de tristesse normale (“Je ne me sens pas triste mais ça fait mal en dedans”) les auteurs de DSM_III, dans sa première version, avaient d’ailleurs tenté d’expliquer cette qualité distincte de l’humeur dépressive comme un sentiment de tristesse différent de celui qu’on ressent lors de la perte d’un être cher.  Nombreux sont les auteurs qui ont parlé de la tristesse et du vécu d’un déprimé comme d’un sentiment unique, incompréhensible pour la majorité des gens. La tristesse du déprimé s’accompagne presque invariablement d’une sensation de tension intérieure marquée pouvant parfois atteindre l’intensité de la panique.
La réduction de la capacité de jouir de la vie est caractéristique de la dépression et pourra quelque fois en être le principal symptôme.  Cette incapacité de ressentir normalement le plaisir dans ses activités ou avec son entourage habituel est toujours vécue par le déprimé comme particulièrement pénible.  On observe une constriction de la réaction émotive normale. Le patient déprimé s’en veut beaucoup de ne plus ressentir autant d’intérêt et d’affection envers ses amis et ses proches et, à la limite, il rapporte une sorte d’indifférence, d’anesthésie affective qui lui est extrêmement pénible et qui va parfois jusqu’à un délire de culpabilité.
(“Je ne peux plus aimer mes enfants comme ils le méritent”)  
L’atteinte de l’humeur s’accompagne souvent de sentiments de culpabilité, de pessimisme et d’indignité.  Le patient déprimé se reproche ses échecs, s’accuse, se déprécie pour toutes sortes d’événements de sa vie passée.  Si ces ruminations dépressives peuvent paraître parfois fondées sur des situations réelles dans l’histoire du patient, il arrive souvent qu’elles prennent une intensité inappropriée, délirante.  Ainsi, le déprimé psychotique s’accusera d’une façon absurde de crimes qu’il n’a pas commis. (“Je suis responsable de la pauvreté dans le monde.”)  Il sera en proie à des remords incessants et pourra parfois entendre la voix du diable qui lui promet un châtiment pleinement mérité pour ses fautes.
Tous les déprimés rapportent une diminution de leur entrain (lassitude) et de leur énergie (fatigabilité), une réduction de leur résistance physique à l’effort. Ainsi, ils se plaignent de se fatiguer très vite et très facilement lors de l’accomplissement de leurs activités routinières, ils sont souvent forcés de se reposer, parfois exténués pour un rien.
Ce qui diffère beaucoup de leur capacité de travail habituelle.  (“Tout me paraît une montagne.”)  Ils ont énormément de difficultés à amorcer leurs activités quotidiennes et, à la limite, deviendront complètement inertes, incapables d’effectuer même les acitvités de base reliées à l’hygiène corporelle, sans l’aide d’autrui.

Aucun commentaire: