lundi 9 avril 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 63e partie

ADDICTION SEXUELLE


On va conclure sur l'addiction avec la psychiatre Florence Thibault, du CHU-Rouen, auteure d’une synthèse sur le sujet, l’ « addiction au sexe, touche 3 à 6% de la population et concerne des hommes dans 80% des cas ».

L’addiction au sexe se définit par une «  fréquence excessive, non contrôlée et croissante, du comportement sexuel qui persiste en dépit des conséquences négatives possibles ». Par fréquence excessive, on cite par exemple le cas d’une masturbation frénétique pouvant dépasser cinq fois par jour. Quant aux relations sexuelles, il n’y a pas de fréquence prédéfinie : elles dépendent en effet de partenaires disponibles à la place envahissante que prend la sexualité dans la vie de la personne la fait considérer comme addictive et ses conséquences comme négatives. De quelles conséquences négatives parle-t-on : pour la personne concernée? Son bien-être ou sa situation sociale- ou pour son entourage : l’addiction sexuelle, terme psychiatrique récent, est un phénomène connu depuis longtemps.  Chez ces gens, c’est un besoin impérieux, un besoin presque douloureux, une soif dévorante. Le critère de la souffrance, du besoin « impérieux », de la «  soif dévorante » révèle l’addiction plus que la fréquence elle-même.

Pour Jean Claude Matysiac, spécialiste en addictologie, «  il y a addiction quand la vie de l’individu est centrée sur le sexe aux dépens du reste », plus que la fréquence des rapports, c’est son caractère obsessionnel et impérieux qui serait la marque de l’addiction. J.C. Matysiac ajoute que pour parler d’addiction, il faut à la fois «  fréquence et souffrance ». Autrement dit, l’addiction n’existe vraiment que lorsque la personne se sent possédée par un besoin irrépressible, dont elle ne parvient pas à se défaire.

L’addiction sexuelle ne se résumerait donc pas à des pulsions débordantes, mais au fait qu’elles deviennent pathologiques : perturbations pour la vie de l’individu ( elles  le détournent par exemple de son travail ou de ses études) ou destructrices pour ses relations sociales.
Si globalement, l’être humain est un animal hyper sexualisé, très porté sur la chose, il existe tout de même des personnes plus assoiffées de sexe que d’autres. Du point de vue comportemental, l’attirance pour le sexe se distribue selon un continuum (et ne clive pas deux catégories de personnes : « les normaux » et les « pathologiques »). Ceux que l’on considère comme «  obsédés » ne se  distinguent du reste de la population que par le fait qu’ils sont à l’un des extrêmes d’une courbe continue allant du « pas très intéressé » à l’hyper sexuel. Les hommes sont de loin, les plus représentés dans la catégorie des hypersexuels. Ils tentent de satisfaire leur pulsion débordante par divers moyens : la masturbation, l’assaut frénétique de leur partenaire, les partenaires multiples, les prostituées, la fréquentation des sites pornographiques…..

Parmi ces individus, tous ne sont pas des séducteurs qui multiplient les conquêtes. Tous les séducteurs ne recherchent pas forcément à passer à l’acte. En psychologie, le don juan désigne celui qui multiplie les conquêtes plus par souci de séduction que par l’acte sexuel lui-même.
À partir de là, les normes sociales interviennent selon la morale de l’époque et les représentations en vigueur. Ce profil excessif va être considéré de différentes façons : de vaillant coureur de jupon au malade atteint d’un trouble psychiatrique. Parmi les traitements proposés, certains préconisent la prise de médicaments anti dépresseurs.

Je me pose à propos de l’addiction sexuelle une question désormais classique : maladie mentale, fondée sur une cause hormonale ou neurobiologique déterminée, ou construction sociale, c'est-à-dire un étiquetage arbitraire et changeant que l’on pose sur un spectre de conduites, lui-même changeant? Les deux approches ne sont forcément pas contradictoires.

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