samedi 22 septembre 2012

LITTÉRATURE HAÏTIENNE - 5e partie


Originalité de l’École Éclectique

Grâce à la formation que quelques uns ont reçu au lycée national où Salomon avait engagé une mission de professeurs français capables, les jeunes de la discipline de la ronde se sont familiarisés avec le classicisme, leur imagination est disciplinée, et se sont développées chez eux certaines qualités comme la précision, la clarté, la simplicité qui donnent à la langue française sa grâce élégante et harmonieuse et une beauté souveraine.

Ils rompent avec la rhétorique pompeuse et souvent creuse des ainés. Ils usent d’une forme plus souple, plus flexible; plus brillante capable de cerner et de pénétrer toutes les nuances d’une pensée nourrie des plus hautes théories spéculatives.

Avec les éclectiques, on sait que la perfection formelle d’une oeuvre compte beaucoup dans sa beauté, que l’originalité ne peut être seulement dans la matière.

Il faut regretter que cette évolution de la pensée et des perceptions de la réalité ambiante ne fût soutenue, complétée par une excellente éducation patriotique (doit-on en attendre autant de professeur, étranger aux moeurs et aux coutumes du pays).

“Les cerveaux de ces jeunes, élargis par l’étude, leur conscience affinée par la méditation, leur coeur toujours en état de réceptivité par un développement suraigu de la sensibilité, se créèrent des motifs d’inquiétude...”

Devant les méandres inextricables de la politique haïtienne, ils versent dans le pessimisme.  Et à l’instar de neuf des Dix Hommes Noirs de Vilaire qui choisisent la mort comme solution à leurs problèmes, les éclectiques de la ronde optent pour ne pas se compromettre pour une littérature non souchée au réel haïtien.

Conclusion

Parce que les écrivains de l’École Éclectique ont refusé de prolonger les tendances de l’École Patriotique, faut-il les rejeter dans l’ombre et leur accoler l’épithète d’évadés ou d’anti-patriotes!  Non, pour de multiples raisons.  Il ne faut pas prendre à la lettre les déclarations de ces jeunes qui ne vont pas sans exagérations (Ussol, Vilaire,....).  Il faut de préférence envisager les apports positifs de cette école et les raisons qui ont porté les poètes à choisir cette voie. À celles que nous avons déjà signalées, ajoutons : leur souci de trouver des lecteurs étrangers et, assez bizarre leur patriotisme.  Il s’agissait à l’époque, parce que le nègre était considéré comme un sous-homme, d’arriver à damer le pion à l’écrivain européen sur son propre terrain, en traitant les mêmes sujets que lui.

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