vendredi 18 janvier 2013

LE POUVOIR DES PLANTES - 4e partie


Si l’utilisation des plantes sous les formes que nous ont transmises les Anciens c’est à dire les infusions, les décoctions, les macérations ou les poudres, ni les préparations plus récentes telles que les alcoolatures, les intraits ou extraits conservent encore, de nos jours, leur grande valeur thérapeutique, l’emploi des essences aromatiques, forme moderne de la médecine des plantes, représente, à plus d’un titre, un progrès considérable.  Progrès concidérable et même, sous certains de ses aspects, parfois insoupçonné.

Dans son De Materra Medica, Dioscoride décrit à peu près toutes les essences connues.  Il recommande le fenouil “ à ceux qui ne peuvent pisser que goutte à goute”, l’origan “à ceux qui ont perdu l’appétit, qui ont l’estomac débile et font des rots acides et fâcheux”. Pour masquer l’odeur désagréable de l’ail et de l’oignon, dont on faisait à son époque une grande consommation, il conseille de conserver sous la langue une petite feuille de  nard ou un morceau de “malobatre”.

On parlait beaucoup au XVIe siècle du vinaigre des quatre voleurs, préparation antiseptique utilisée dans la prévention des maladies contagieuses.  On s’en frottait les mains et le visage, on en brûlait dans les appartements.

Sa formule fut révélée par quatre détrousseurs de cadavres, arrêtés en flagrant délit lors des grandes pestes de Toulouse de 1628 à 1631.  Leur mépris de la contagion avait été un sujet d’étonnement pour les juges.... les archives du parlement de Toulouse rapportent que ces “quatre voleurs furent convaincus, lors de l’ancienne grande peste, qu’ils allaient chez les pestiférés, les étranglaient dans leur lit et, après, volaient leurs maisons: pourquoi ils furent condamnés à être brûlés vifs et, pourqu’on leur adoucit la peine, ils découvrirent leur secret préservatif; après quoi ils furent pendus”.  Ce vinaigre contenait notamment de l’absinthe, de la reine-des-prés, du genièvre, du romarin, du camphre.

Depuis, certains auteurs ont démontré que la découverte de ces principes dans les plantes ne saurait expliquer, pour tous les cas, leur action curative dans son intégralité.  En effet, à côté du “principe actif” ou du constituant principal, les végétaux contiennent de nombreux autres facteurs dont l’association permet une action plus complète, plus soutenue, en évitant certains effets secondaires préjudiciables.

Ainsi, divers travaux récents ont attiré l’attention sur la valeur de la médication par le tanin dans la tuberculose, mais ce principe garde l’inconvénient de provoquer souvent des crampes gastriques ou intestinales, ce qui en limite singulièrement l’emploi: or, l’écorce de chêne, riche en tanin, ne présente pas de tels désagréments, parce qu’elle contient, combinés au tanin, divers éléments mucilagineux, amers, aromatiques qui en corrigent l’action.

L’opium a une action sédative plus complète que la morphine, bien que les autres alcaloïdes entrant dans sa composition n’aient, par eux-mêmes, aucun effet narcotique.  L’acide ascorbique (ou vitaimine C, appelée encore vitamine antiscorbutique) ne suffit pas pour guérir le scorbut, au contraire du jus de citron; c’est que le citron, toujours donné en exemple pour sa richesse en vitamine C, contient d’autres principes utiles, notamment la vitamine P, également antiscorbutique.

Ces exemples démontrent que si chaque plante, chaque végétal se voit déjà nanti de nombreuses indications connues, tant par le fait de l’expérience que par les analyses phytochimiques, on ne devra pas s’étonner d’en découvrir de nouvelles au hasard des observations.  C’est pourquoi le bouleau, connu particulièrement comme diurétique, est-il susceptible de guérir un eczéma rebelle.  Nul, sans doute, ne peut expliquer pour quelle raison.  Peut-être, tout simplement, parce que c’est un agent dépuratif.  Peut-être encore parce que le malade guéri ainsi était d’une physiologie particulière apte à bénéficier de cette thérapeutique qui, pour un autre cas comparable, se serait soldée par un échec.

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