mardi 19 mars 2013

L'IDÉE VRAIE


Qu’est-ce que l’idée vraie pour Spinoza?  L’idée vraie est, d’abord, quelque chose de distinct de ce dont elle est l’idée : l’idée du cercle n’est pas le cercle.  L’idée vraie est donc en elle-même quelque chose de connaissable.  Elle s’identifie avec l’essence objective.  Pour avoir la certitude de la vérité, il n’est nul besion de savoir que je sais.  Certitude et essence objective ne font qu’un.  La méthode pour atteindre à la vérité n’est pas autre chose que la connaissance réflexive, l’idée de l’idée, c’est-à-dire qu’elle montre comment l’esprit doit être dirigé selon la norme de l’idée vraie donnée.

L’idée vraie (car nous avons une idée vraie) est quelque chose de distinct de ce dont elle est l’idée: autre et le cercle, autre l’idée du cercle.  L’idée du cercle n’est pas un objet ayant un centre et une périphérie comme le cercle, et pareillement l’idée d’un corps n’est pas ce corps même.  Étant quelque chose de distinct de ce dont elle est l’Idée, elle sera donc aussi en elle-même quelque chose de connaissable; c’est-à-dire que l’idée, en tant qu’elle a une essence formelle, peut-être l’objet d’une autre essence objective et, à son tour, cette autre essence objective, considérée en elle-même, sera quelque chose de réel et de connaissable et ainsi indéfiniment.   Pierre par exemple est un objet réel; l’idée vraie de Pierre est l’essence objective de Pierre, et en elle-même elle est aussi quelque chose de réel qui est entièrement distinct de Pierre lui-même.  Puis donc que l’idée de Pierre est quelque chose de réel, elle sera aussi l’objet d’une autre idée qui contiendra objectivement en elle tout ce que l’idée de Pierre contient formellement, et à son tour cette idée, qui aura pour objet l’idée de Pierre, aura aussi son essence qui pourra de même être l’objet d’une nouvelle idée, et ainsi indéfiniment.  Chacun peut l’éprouver en voyant que, sachant ce qu’est Pierre, il sait aussi qu’il sait et encore sait qu’il sait qu’il sait, etc.  Il est constant par là que, pour connaître l’essence de Pierre, il n’est pas nécessaire que l’entendement connaisse l’idée même de Pierre et, encore moins, l’idée de l’idée de Pierre; ce qui revient à dire que je n’ai pas besoin pour savoir, de savoir que je sais, et encore bien moins de savoir que je sais que je sais; pas plus que pour connaître l’essence du triangle il n’est besoin de connaître celle du cercle.  C’est le contraire qui a lieu dans ces idées; pour savoir que je sais, il est nécessaire que je sache d’abord.  Il suit de là évidemment que la certitude n’est rien en dehors de l’essence objective elle-même; c’est à dire que la manière dont nous sentons l’essence objective est la certitude elle-même. Mais de là suit évidemment que, pour avoir la certitude de la vérité; nulle marque n,est nécessaire en dehors de la possession de l’idée vraie, car, ainsi que nous l,avons montré, je n’ai pas besoin pour savoir de savoir que je sais.  Et de là suit de nouveau manifestement que seul peut savoir ce qu’est la plus haute certitude, celui qui a l’idée adéquate ou l’essence objective d’une chose: il le faut puisque certitude et essence objective ne font qu’un.  Puis donc que la vérité n’a besoin d’aucune marque et qu’il suffit de posséder les essences objectives ou, ce qui revient au même, les idées des choses objectives pour lever tout doute, il suit de là que la vraie méthode ne consiste pas à chercher la marque à laquelle se reconnaît la vérité après l’acquisition des idées, la vraie méthode est la voie par laquelle la vérité elle-même, ou les essences objectives des choses, ou leurs idées (tous ces termes ont même signification) sont cherchées dans l’ordre dû.  La méthode, pour y revenir, doit nécessairement parler du raisonnement ou de l’action de connaître; c’est à dire qu’elle n’est pas le raisonnement même par lequel nous conmaissons les causes des choses, encore bien moins la connaissance de ces causes; elle consiste à bien entendre ce qu’est une idée vraie en la distinguant des autres perceptions et en étudiant la nature, de façon à prendre connaissance de notre pouvoir de connaître et à astreindre notre esprit à connaître, selon cette norme, tout ce qui doit être connu, lui traçant de plus à titre d’auxiliaire des règles assurées et lui épargnant d’inutiles fatigues.  De là ressort que la méthode n,est pas autre chose que la connaissance réflexive ou l’idée de l’idée; et, n’y ayant pas d’idée d’une idée, si l’idée n’est pas donnée d’abord, il n’y aura donc point de méthode si une idée n’est donnée d’abord.  La bonne méthode est donc celle qui montre comment l’esprit doit être dirigé selon la norme de l’idée vraie donnée.

Pour Spinoza, il existe quatre formes de perception : la perception acquise par ouï-dire, la perception acquise par expérience vague, la perception “où l’essence d’une chose se conclut d’une autre chose”, la perception “dans laquelle une chose est perçue par sa seule essence ou par la connaissance de sa cause prochaine” seule la quatrième forme “saisit l’essence adéquate d’une chose et cela sans risque d’erreur; c’est pourquoi nous devons nous en servir principalement”

Spinoza doit montrer “en quoi consiste la méthode de recherche de la vérité, et quels sont ces instruments naturels par la seule aide desquels il en façonne d’autres lui permettant d’aller de l’avant.

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