lundi 1 avril 2013

LES VÉRITÉS DE L'ESPRIT ET LES VÉRITÉS DU COEUR


Pour Pascal, il existe deux entrées par ou les opinions sont reçues dans l’âme : l’entendement et la volonté.


Les vérités de l’entendement sont des vérités démontrées; elles se tirent par une conséquence nécessaire de principes communs et de vérités avouées. Les vérités de la volonté sont, au contraire, assimilables à des désirs naturels, ressentis par tous les hommes. Il existe donc, dans notre esprit, un équilibre « douteux » entre la vérité et la volonté, entre la manière de convaincre et celle d’agréer.

Personne n’ignore qu’il y a deux entrées par ou les opinions sont reçues dans l’âme, qui sont ses deux principales puissances, l’entendement et la volonté. La plus naturelle est celle de l’entendement, car on ne devrait jamais consentir qu’aux vérités démontrées; mais la plus ordinaire, quoique contre la nature, est celle de la volonté; car tout ce qu’il y a d’hommes sont presque toujours emportés à croire non pas par la preuve mais pas l’agrément.

Cette voie est basse, indigne, étrangère : aussi tout le monde la désavoue, chacun fait profession de ne croire et même de n’aimer que s’il sait le mériter.

Je ne parle pas de vérités divines, que je n’aurais garde de faire tomber sous l’art de persuader, car elles sont infiniment au-dessus de la nature : Dieu seul peut les mettre dans l’âme, et par la manière qu’il leur plaît. (…)

Je ne parle donc que des vérités de notre portées; et c’est d’elles que je dis que l’esprit et le cœur sont comme les portes par où elles sont reçues dans l’âme, mais que bien peu entrent par l’esprit, au lieu qu’elles y sont introduites en foule par les caprices téméraires de la volonté; sans le conseil du raisonnement.

Ces puissances ont chacune leurs principes et les premiers moteurs de leurs actions. Ceux de l’esprit sont des vérités naturelles et connues à tout le monde, comme que le tout est plus grand que sa partie, outre plusieurs axiomes particuliers que les uns reçoivent et non pas d’autres, mais qui, dès qu’ils sont admis, sont aussi puissants, quoique faux, pour emporter la créance, que les plus véritables.

Ceux de la volonté sont de certains désirs naturels et communs à tous les hommes, comme le désir d’être heureux, que personne ne peut pas ne pas avoir, outre plusieurs objets particuliers que chacun suit pour y arriver, et qui, ayant la force de nous plaire, sont aussi forts, quoique pernicieux en effet, pour faire agir la volonté, que s’ils faisaient son véritable bonheur.
Voilà pour ce qui regarde les puissances qui nous portent à consentir. Mais pour les qualités des choses que nous devons persuader, elles sont bien diverses, les unes se tirent, par une conséquence nécessaire, des principes communs et des vérités avouées. Celles-là peuvent être infailliblement persuadées; car, en montrant le rapport qu’elles ont avec les principes accordés, il y a une nécessité inévitable de convaincre.

Et il est impossible qu’elles ne soient pas reçues dans l’âme dès qu’on a pu les enrôler à ces vérités qu’elle a déjà admises. Il y en a qui ont une union étroite avec les objets de notre satisfaction; et celles-là sont encore reçues avec certitude, car aussitôt qu’on fait apercevoir à l’âme qu’une chose peut la conduire à ce qu’elle aime souverainement, il est inévitable qu’elle ne s’y porte avec joie.

Mais celles qui ont cette liaison tout ensemble, et avec les vérités avouées, et avec les désirs du cœur, sont si sûres de leurs effets, qu’il n’y a rien qui le soit davantage dans la nature.
Comme au contraire ce qui n’a de rapport ni à nos créances, ni à nos plaisirs, nous  est importun, faux et absolument étranger.

En toutes ces rencontres il n’y à point à douter. Mais il y en a où les choses qu’on veut faire croire sont bien établies sur des vérités connues, mais qui sont en même temps contraires aux plaisirs qui nous touchent le plus. Et celles-là sont en grand péril de faire voir par une expérience qui n’est que trop ordinaire, ce que je disais au commencement; que cette âme impérieuse, qui se vantait de n’agir que par raison, suit par un choix honteux et téméraire ce qu’une volonté corrompue désire, quelque résistance que l’esprit trop éclairé puisse y opposer. C’est alors qu’il se fait un balancement douteux entre la vérité et la volupté, et que la connaissance de l’une et le sentiment de l’autre font un combat dont le succès est bien incertain.

Puisqu’il faudrait, pour en juger, connaître tout ce qui se passe dans le plus intérieur de l’homme, que l’homme même ne connaît presque jamais.

L’art de persuader, écrit Pascal, a un rapport nécessaire à la manière dont les hommes consentent à ce qu’on leur propose, et aux conditions des choses qu’on veut faire croire. L’art de persuader est également défini par Pascal comme « la conduite des preuves méthodiques ».
Il comprend trois parties; les règles pour les définitions, les règles pour les principes ou axiomes, enfin les règles pour les démonstrations.

C’est peut-être pour se prémunir contre ces axiomes faux que Pascal énonce ses règles pour les axiomes, dans lesquelles il demande que les axiomes qu’on se donne soient parfaitement évidents.

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