dimanche 25 août 2013

PASOLINI ET LA VIE : ENTRE L’HORREUR ET L’INNOCENCE - 5e partie

Deuxième partie

Les fils du peuple ne répètent plus leurs Pères.  Pour la première fois les fils bourgeois et les fils prolétaires ont une histoire commune, ils répètent une structure.  La nouvelle préhistoire c’est la constatation que l’histoire ce n’est plus désormais l’histoire bourgeoise.  Cette nouvelle structure agrégeante, agglomérante parle une langue technologique - tératologique qui profère des monstruosités linguistiques et dont la tératologie consiste à accepter toutes les choses comme naturelles et absolues.  Cette langue est la langue de la survie - elle apprend à survivre dans un présent de fatalité qui ignore tout du changement qui est coupé des sources du passé et qui n’a pas de futur.  Qu’une ville donc soit administrée par la démocratie chrétienne ou par le compromis historique des communistes, elle demeure une ville qui n’est pas alternative parce qu’une latérité ne peut être engendrée.

La tolérance consumériste exerce une violence sur les corps qui dégrade démocratiquement l’Éros; cette tolérance consiste à démocratiser l’Éros devenu consommation hédoniste pour traumatiser toute vie sexuelle privée déviante.  Le capitalisme contemporain développe lui-même une idéologie de la destruction notamment à travers la télévision et les objets de consommation.  Par rapport à cette idéologie celui qui désobéit ou enfreint, s’exhive et, rejoint la structure de l’obéissance.  Aujourd’hui l’obéissance revêt les oripeaux d’une fausse désobéissance.  La vraie obéissance consisterait en partie à sauvegarder les valeurs du passé et les institutions démocratiques et populaires.  Le vide culturel inclut toutes les classes sociales.

Pasolini a compris que pour atteindre la communication et vivre la vie il fallait commencer par communiquer et vivre dans ce monde-ci où la société pourrit littéralement sur pied, où la démocratie abandonne ses acteurs qui se placent eux-mêmes sous l’autorité d’une structure invisible qui gère et adminstre la mort.  C’est dans ce Purgatoire civil, institutionnel et mesquin, où l’on ne parle pas les langues dialectales mais l’italien, la langue du Père et de la bourgeoisie - ce Purgatoire socio-politique, que Pasolini livre un corps à corps avec les institutions, investit ce qui reste encore de domaine public pour entreprendre la sauvegarde du sujet, l’intégrité du corps, la réinstauration du social (Zanzotta) et hurler contre la mutation anthropologique de l’homme et la catastrophe anthropologique italienne que constitue la mort de la culture et de la langue populaires. Tout témoigne de la fin de l’histoire.  Nous entrons dans une nouvelle diachronie qui anticipe l’Apocalypse.

Le Pouvoir devient cynique; il s’agit d’un nouveau pouvoir qui ne réside plus dans le Palais mais en dehors Fuori dal Palazzo; il s’est ainsi créé un nouveau “dedans” et ce “dedans” c’est le pénitencier du consumérisme.  Jamais la distance entre le Palais, l’État donc et le Pays n’a été aussi grande.  Le nouveau pouvoir étant ailleurs, l’État réagit à des stimuli qui ne correspondent à aucune réalité; la mécanique des décisions politiques s’emballe et s’affole, les responsabilités éclatent, on soumet les défaillances à l’argument du bouc-émissaire, l’État a perdu toute capacité de perspective globalisante. Pendant ce temps Fuori dal Palazzo, le Nouveau Pouvoir se nourrit de la décomposition de la société, de la destruction anthropologique.  Les clérico-fascistes quant à eux remplissent le rôle de bouffons dans le Palais.

Dans ce cadre et tenant compte de ce que nous avons dit sur la nouvelle idéologie, le P.C.I. et le P.C.I. devraient recourir à des mesures extrêmes qui seraient l’exaltation de la Constitution et du Parlementarisme, de se servir de la Constitution pour juger tous les responsables de la destruction socio-culturelle, urbaine, écologique etc... Un tel procès Russell à l’échelle de la société permettrait de projeter de la visibilité sur le Nouveau Pouvoir qui n’est plus le pouvoir clérico-fasciste, lui attribuerait une vérité historique incontournable et déterminerait une nouvelle volonté politique.  Le procès dit Pasolini, révèlerait, contre le P.C.I. et le P.S.I., qui bien gouverner et bien administrer ne signifie pas bien gouverner et bien administrer par rapport à l’ancien pouvoir mais par rapport au nouveau.  Par ailleurs, le clérico-fascisme à l’intérieur de l’État tend à céder la place à un techno-fascisme plus à même de correspondre aux exigences du Nouveau Pouvoir qui est le post-capitalisme dans son ensemble -  qui se confond avec une nouvelle forme de culture.  Les classes populaires à l’intérieur du Nouveau Pouvoir ne gardent plus que des connotations économiques qui s’expriment en termes de niveau de vie et non plus de culturelles.


C’est pourquoi une luttre contre le Nouveau Pouvoir ne peut pas se fonder sur la revendication de nouveaux droits sociaux.  Le subalterne doit-il avoir les mêmes droits que celui qui commande?  Jouir de droits identiques à ceux des patrons?  Obtenir le même bonheur que celui de l’exploiteur?  Dans ce cas on obtiendrait une identification, une assimilation entre les classes populaires et “la nouvelle espèce de bourgeoisie”.  La lutte pour les droits civils et sociaux doit se faire au nom d’une altérité qui exclut toute identification bourgeoise, elle est une lutte pour une autre forme de vie, une autre culture. Le problème demeure que le Nouveau Pouvoir met en place des pseudo-rapports sociaux qui pourraient ne plus être modifiables - tel est le sens de cette nouvelle préhistoire qui est aussi une post-histoire. Sous l’autorité de la structure, revendiquer des droits sociaux alors que la culture populaire est détruite c’est proclamer la fin de l’altérité.  Les droits sociaux entrent alors dans la dynamique du techno-fascisme et de la nouvelle sociologie qui les enregistrent, les codifient dans un contexte de fausse tolérance, de fausse réalisation des droits sociaux.  Les nouveaux droits sociaux immergés dans la réalité irréversible du consumérisme hédoniste doivent alors remplir une fonction social-démocrate d’intégration auprès du techno-fascisme dirigeant.  L’altérite de la minorité a triomphé de l’altérité de la majorité décimée dans l’embourgeoisement total.

À suivre

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