mardi 19 novembre 2013

CLIN-D’OEIL SUR L’HISTOIRE D’HAÏTI - Période 1957 à nos jours

Sens de l’Harmonie

Duvalier ne tient donc que la tête de l’Église mais il sait bien qu’en en tenant déjà la tête, il la tient pratiquement toute entière à sa merci.  C’est que d’abord l’Église d’Haïti reste encore enfermée dans sa structure féodale hiérarchique. Elle se réduit en fait, à sa tête, à sa hiérarchie; tous les échelons inférieurs sont considérés comme des consommateurs du sacré et des clients de l’obéissance.  C’est ainsi que Duvalier, ayant réduit l’episcopat au silence, peut parler avec quelque vérité de l’harmonie du temporel et du spirituel, même s’il continue entretemps de traquer les prêtres qu’il ne trouve pas, à son goût, assez soumis aux principes d’autorité, de respect et d’obéissance qui sont à la base même de la foi catholique (SIC!).  Papa Doc a bien retenu son petit catéchisme.

Pour lui, l’Église: ce sont les Évêques, chacun Seigneur de son Diocèse.  C’est avec ces Évêques pris un à un qu’il traite.  Il peut ainsi les faire chanter à sa guise et réclamer de chacun d’eux des risques de reconnaissance pour leur Élévation au trône Épiscopat, Élévation dont il est lui-même le généreux artisan.  Selon une telle conception, bien des accords sont donc possibles. 

Mais quel prix a-t-il fallu payer!  Et à quels sacrifices faudra-t-il consentir encore demain?

L’Église haïtienne est en majorité servie par des missionnaires étrangers.  Leur départ du pays laisserait assurément un vide immense parmi la population catholique.

Il ne s’agit donc pas de courir imprudemment au devant de l’exil, sous prétexte de témoignage chrétien.  Mais il ne faudrait pas non plus que, par peur de faire des orphelins spirituels, étrangers et indigènes aillent se terrer eux-mêmes et taire tout l’Évangile.  De grâce surtout, qu’on évite les collaborations opportunistes et ambitieuses!  Que ne soit pas réédité le baiser de Judas!

La mise en croix de l’Église est également révélatrice et placée devant l’évidence de l’échec d’une longue christianisation; ce n’a été en fait qu’un vernis que le régime Duvaliériste a décapé d’un revers de main; une relève haïtienne n’avait jamais été prévue et préparée en conséquence.

L’Église d’Haïti continue d’être presque totalement dépendante de missionnaires étrangers avec les risques que cela comporte.  Le clergé submerge aujourd’hui dans ses vices et ses déviations.  Et le peuple continue d’être le laissé pour compte.

Cette crise profonde de l’Église haïtienne invite tous les Chrétiens à l’examen de conscience.  La responsabilité est collective.  Mais les chargés d’office y sont de plus impliqués, qu’ils aient le courage d’êtres fidèles à leur mandat!


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