samedi 9 novembre 2013

RAPPORTS ENTRE LE CRÉOLE ET LE FRANÇAIS

Haïti n’est pas un pays bilingue.  Il n’y a pas d’un côté un groupe d’individus dont la langue maternelle est le français et d’un autre une majorité dont la langue maternelle est le créole.

Il n’y a plutôt ce fait brutal et honteux : 90% d’analphabètes dont la langue maternelle est le créole et 10% de lettrés dont la langue maternelle est aussi le créole, capables d’utiliser le français.

Quand M. Pompilus affirmait que pour l’haïtien, le français est une langue d’emprunt. Langue d’emprunt!....Emprunt suggère de près ou de loin l’idée de profit.  Le français langue d’emprunt, instrument d’échange avec l’extérieur, donc en quelque sorte : outil.  Qui possède cet outil, s’impose.

Si nos ancêtres révoltés contre la France ont chassé les colons à coups de fusils, le français en tant que langue est resté notre maître, exigeant un sacro-saint respect de ses usages et de ses règles.  Ceux qui l’ont idolâtré ont dicté leur volonté aux autres et réussi, par la magie réelle ou fictive d’une syntaxe qui n’appartient pas au créole, à rétablir les barrières coloniales. Le Français langue d’emprunt est à l’origine de bien des préjugés en Haïti.  Combien d’hommes politiques ont été hués à la chambre non pour leurs prises de position, mais simplement à cause d’une malencontreuse concordance, d’un croc-en-jambe aux multiples règles du participe passé!  On a vu des sénateurs perdre du jour au lendemain leur prestige parce qu’un féminin consacré s’était virilisé dans leur bouche!  Vous vous souvenez, il y a de cela quelques années, le feu Duvalier, dans une entrevue accordée à l’ORTF et retransmise sur les ondes d’Haïti, avouait candidement qu’il se laissait arrêter par un mot; il pouvait, disait-il, passer 2 semaines sur une phrase, recherchant les termes exacts.  Le président puriste!......alors qu’Haïti a des problèmes bien plus urgents et importants qu’une phrase équilibrée.  Cela a pu choquer, ou faire sourire.  Pourtant cet aveu est très symptomatique, l’Haïtien instruit, parlant français, se voit paré de toutes les qualités et ce n’est pas pour rien que l’A-vie (le président à vie) se prétendait homme de lettres, journaliste et écrivain!  Si Haïti avait été dès le début alphabétisé disons  à 70%, ce respect généralisé pour la langue n’aurait-il pas pu donner naissance à un peuple de français bâtards? On se demande dans quelle mesure notre analphabétisation ne nous a pas été salutaire. L’ignorance dans laquelle nos gouvernements successifs ont maintenu le peuple, a été très certainement un rempart à la submersion complète, à l’aliénation par la langue. Une langue, ce n’est pas seulement un tas de mots, c’est ainsi et surtout une manière de vivre, une philosophie.  Mais la cohabitation forcée entre une élite nourrie de culture française, catholique et la grande masse s’exprimant par le Créole et à travers le vaudou, nous a sauvés d’un assujetissement culturel, en permettant la formation d’un peuple bien caractérisé, avec une culture propre née du contact et des échanges incessants entre les traditions Africaines et les coutumes européennes.  Loin de nous l’intention de justifier, par ces remarques, l’attitude obscurantiste de la classe dirigeante, nous voulions seulement souligner l’importance de la dette de l’écrivain Haïtien envers ses compatriotes analphabêtes l’originalité de son oeuvre, et la doit à cette immense majorité d’illétrés.




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