dimanche 2 mai 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 5e partie

c) Être seul parmi les autres

Les références sociales et les sources de valorisation actuellement proposées encouragent l’individualisme et diminuent l’esprit de solidarité collective. La satisfaction individuelle est devenue le critère de référence prioritaire. Chacun tente de se définir, de préciser sa voie, sa foi et sa loi. Ainsi, chacun se retrouve seul à se faire une place parmi les autres et à tenter de trouver un sens à sa quête de bonheur. L’intériorisation des normes et des valeurs culturelles orientent les idéaux vers une ascension dans l’échelle sociale. L’individu devient le maître de sa propre destinée et l’unique responsable de ses succès et échecs.

Cette croyance néglige les différences de statuts, de privilèges et de reconnaissance selon la classe sociale, le sexe, l’origine ethnique, l’âge, l’orientation sexuelle, la religion, etc. Les catégories ne sont pas identiques ou homogènes. Ainsi, cette vision évacue les différences existant entre les personnes qui, quotidiennement, leur attribuent une place unique dans la pyramide du patriarcat capitaliste. Les hommes sont inégaux dans la compétition vers le sommet de la performance masculine qui couronne ses héros : des hommes seuls, forts, indépendants, insensibles qui peuvent servir de soldats redresseurs de torts, de dirigeants puissants, de protecteurs sans peur ou de main-d’œuvre sans limite, totalement dévoué à un idéal. Les hommes sont seuls dans le succès mais aussi dans l’échec.

Les hommes que nous rencontrons, socialisés pour ces rôles surhumains, reconnaissent les efforts tentés pour obtenir une place enviable dans cette hiérarchie compétitive. Ils éprouvent une grande vulnérabilité quand survient la perte de rôles prescrits qui définissaient leur existence dans la communauté et leur valeur personnelle. Leur sentiment d’échec est proportionnel à leur adhésion aux normes reconnues et aux références culturelles de la réussite sociale. Ils éprouvent alors un sentiment d’incompétence, de désarroi et d’isolement. Ces malaises sont parfois accrus par le sentiment de ne pas être reçu et compris par les professionnels des services d’aide formels.


* à suivre *

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