samedi 10 juillet 2010

L'HOMME FACE À LA SÉPARATION : 4e partie

Considérations liées au temps

La quantité de temps passé avec l’enfant constitue un facteur qui influence la qualité du lien du père avec ses enfants (Dulac). La fréquence et la durée de leurs rapports en sont un premier exemple. La qualité du temps joue aussi : par exemple, un père qui est fragile ou peu engagé sur le plan émotionnel sera moins supportant, malgré une présence physique régulière.


Je pense qu’elle aurait eu besoin d’aide (sa fille) puis quand elle aurait eu
besoin, mais j’avais tellement besoin d’aide que j’étais pas capable de lui en
donner. (Antoine).


L’étape de vie à laquelle un homme devient père influence sa façon d’être père, de même que l’âge des enfants influence les rapports avec les enfants (Hoffman). Par exemple, un homme dans la quarantaine risque d’avoir vécu davantage de périodes de transition et de réajustement dans sa vie qu’un père dans la vingtaine. Antoine mentionne que, plus jeune, il était trop rigide et qu’aujourd’hui, se sentant plus confiant, il n’aurait pas la même attitude.

2. Après la séparation

Le père et l’éducation des enfants : composer avec un nouvel horaire

La contribution du père en lien avec ses enfants est amenée à changer à la suite de la séparation. Dans plusieurs cas, la diminution de la fréquence des rapports avec les enfants constitue un premier facteur qui influence la qualité un premier facteur qui influence la qualité du lien des pères avec leurs enfants. Dès le moment de la décohabitation, nombre de pères s’en vont seuls : « Il ne leur vient pas à l’esprit qu’ils puissent prendre l’enfant avec eux lors de la séparation (…) (Dulac).

Séparer le temps de garde, le perdre en tout ou en partie, est souvent vécu difficilement par les parents. Pour les pères rencontrés :


C’est ça qui était difficile, c’est de laisser ce contact quotidien. (Benoît).


Ça a été déchirant quand je suis parti puis pendant longtemps après ça
quand j’allais la voir, c’était extrêmement dur pour moi aussi. J’étais comme
écrasé là, épouvantablement. (Antoine).

Pour faire face à la douleur que leur cause la séparation, que leurs conjointes choisissent plus souvent qu’eux (Gouvernement du Canada), des hommes auront tendance à couper le lien pour en finir (Dulac). En effet, « aussi paradoxal que cela puisse paraître, plusieurs pères choisissent de minimiser la douleur associée à la séparation physique des enfants en cessant tout contact avec eux » (op. cit). D’une certaine façon, s’amputer de son cœur serait la façon d’éliminer les sentiments douloureux, mais également entraîne l’inhibition de sentiments d’affection.

Par contre, bien que le temps disponible avec les enfants soit moindre, il peut devenir prioritaire. En effet, puisqu’il ne bénéficie que d’une semaine sur deux ou de la fin de semaine avec ses enfants, soit le temps où il a la garde de ses enfants, le père engagé dans sa vie familiale donne priorité à ces moments. Ce temps passé avec les enfants est vécu de façon plus intensive, puisqu’il n’y a plus de conjointe pour le seconder durant la semaine que les enfants passent chez lui :

Je pensais à chaque matin, c’est moi qui fais le déjeuner, le dîner au besoin et
le souper et le bain et l’histoire et la chanson et le biberon, alors que, toute
cette période-là, toute cette énergie-là, puis ce temps-là étaient distribués
sur 14 jours, puis là, c’est condensé en 7. C’est tout aussi satisfaisant, c’est
juste une autre manière de voir puis d’organiser les choses. (Benoît).


Dans cette situation, la perte d’une semaine sur deux de la vie familiale ne semble pas avoir affecté le temps total passé avec les enfants sur deux semaines : « Alors que là, c’est drôle, mais les 7 jours que je suis avec les enfants, je ne me planifie rien, puis c’est juste 7 jours avec les enfants. » (Benoît).

Par contre, dans la situation d’Antoine, la séparation d’avec la mère a d’abord entraîné une diminution des contacts avec les enfants, puis à une quasi-absence de lien après deux ans, délai qui correspond au scénario le plus souvent observé lorsqu’il y a une perte de contact (Dulac).

À la suite de la séparation, la notion de temps peut être modifiée non seulement sur l’aspect de l’action, mais aussi de la valeur de sa présence auprès de ses enfants : « Le temps devient beaucoup plus important que ce que l’on fait, (…). Quand t’es avec eux-autres, je pense que le lien se développe, puis ils ne demandent pas plus que ça ». (Benoît). Cette perception du temps de présence du père est également liée à la redéfinition de son rôle à la suite d’une séparation.


* à suivre *

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