jeudi 23 septembre 2010

Vieillissement et le moment présent - 11e partie

Bilan de l’expérience sur le plan professionnel et conclusion

L’observation de notre clientèle de personnes âgées de l’Hôpital de jour et notre expérience de groupe auprès de quelques clients nous ont enseigné que la menace venant du temps qui se rétrécit avec l’âge ne pouvait être ignorée dans l’intervention auprès des personnes du troisième âge. « Certains diront que la mort n’est pas le fait de la personne âgée; on peut mourir, en effet à tout âge. Pourtant, à la mort accidentelle ou de maladie s’ajoute celle, moins risquée et plus implacable encore, de la mort de vieillesse ».

En effet, une participante nous a dit en atelier qu’elle sent parfois la vie se retirer en elle, qu’elle n’est plus la même personne depuis qu’elle éprouve des déficits sensoriels. Elle se sent vaincue d’avance par cette atteinte perfide du temps.

À l’Hôpital de jour, la prise en charge de la clientèle s’effectue autour des atteintes fonctionnelles et de l’autonomie physique. Cette perception des besoins de la clientèle peut constituer, selon nous, un écran à la connaissance et à la compréhension des problèmes existentiels de ces personnes. Elle utilise une grille de lecture médicale des difficultés de la vie quotidienne en substitution à une grille de lecture sociale ou psychosociale. Dès lors, les difficultés de la vie quotidienne ne sont pas perçues comme des problèmes de morbidité individuelle et sont susceptibles d’être traitées comme telles. Cette grille de lecture médicale focalise les déficiences chez le client et encourage l’activisme thérapeutique.

La démarche que nous avons entreprise avec quelque personnes âgées de l’Hôpital de jour nous a démontré que celles-ci désiraient être acceptées dans la projection de leur être acceptées dans la projection des leur être et avec leurs problèmes existentiels. Elles vivent dans le regret du passé, lieu de leur identité perdue, et dans un présent destructuré par l’angoisse du futur. La prise en considération de toutes ces dimensions nécessite l’implication émotive de l’intervenant pour qu’il arrive à partager ces conflits avec la personne âgée.

Nous avons constaté par leurs propos que les clients avec qui nous avons vécu l’expérience faisaient semblant de se soumettre quand ils avaient le sentiment de ne pas être acceptés dans la projection de leur être. Ils adoptaient le stéréotype du bon patient, en demandant à l’intervenant d’oublier leur angoisse. C’était une façon pour eux de se maintenir dans le cadre du système social organisé, de continuer à jouer un rôle sans remettre en cause le savoir des intervenants. Ils se protégeaient contre ces derniers.

Cette attitude démontre qu’il ne peut y avoir de prise en charge en gérontologie sans que soient abordés les problèmes que posent la projection du vieillard et sa vulnérabilité au temps. À ce point de vue, nous pensons que notre démarche de groupe à l’Hôpital de jour devrait être systématisée.

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