lundi 18 octobre 2010

COUPLE ET MÉDIATION - 10e partie

Des modifications à la médiation

Quoique ce courant de pensée arrive difficilement à établir un consensus sur les changements à apporter, il suggère bon nombre de modifications qui s’articulent autour de quelques principes. Ainsi, selon cette perspective, nous assistons à une importante remise en question du rôle et de la place du médiateur.

Tout d’abord, c’est le principe de la neutralité du médiateur qui est contesté. Plusieurs auteurs, dont Erikson, McKnight et Girdner, prétendent ainsi que le médiateur doit prendre parti de façon générale contre les agressions.

Puis, compte tenu de la difficulté à dépister ces situations qui constituent souvent un secret, ces auteurs réclament, d’une part, une formation accrue des intervenants en matière de violence conjugale (connaissance de la dynamique et des ressources). D’autre part, ils suggèrent que le médiateur joue un rôle proactif en tentant de dépister la violence, en donnant de l’information, en aidant à l’établissement de scénarios de protection, en référant aux ressources appropriées, etc. (Haynes dans Corcoran et Melamed).

L’égalité de pouvoir et des habiletés à négocier de chacune des parties dans le couple n’est plus essentielle à la tenue de la médiation (Girdner; Erickson et McKnight; Chandler) et ce, même si les deux parties doivent être motivées à adopter de la communication et des habiletés à résoudre des conflits sans menaces (Corcoran et Melamed).

Le médiateur devra au départ tenir compte de ce déséquilibre et favoriser par tous les moyens possibles une augmentation de pouvoir au profit de la victime. Corcoran et Melamed suggèrent certaines stratégies, dont la réalisation d’entrevues individuelles ou encore la présence d’une personne aidante pour l’une et ou l’autre des parties. C’est ainsi que les femmes battues se voient invitées à requérir les services d’un avocat pour défendre leurs droits.

Girdner, pour sa part, pose comme condition préalable essentielle à la tenue de séances de médiation l’acceptation de la part de chacun des membres du couple de certaines mesures visant à assurer la sécurité de la victime et des enfants.

Ainsi Erickson, McKnight et Chandler proposent, pour assurer la protection de la victime, une certaine structure dans les contacts entre les conjoints : par exemple, il peut être suggéré qu’il y ait interdiction de contact en dehors des séances de médiation, que les deux parties arrivent et quittent les sessions à des moments différents, etc. La question de la garde partagée est également limitée par une série de conditions qui visent la sécurité de la femme battue et des enfants. Ainsi, il y aura structuration des contacts père-enfants de telle sorte qu’ils minimiseront les risques d’agressions et restreindront le contrôle de la vie de l’ex-conjointe (Girdner). Ces ententes peuvent donner lieu à des contrats écrits (Erickson et McKnight).

Enfin, à l’orientation vers le présent et le futur grandement favorisée par les médiateurs s’ajoute la prise en compte du passé qui se traduit par un accent mis sur le dépistage de la violence comme première intervention. Cette préoccupation donne lieu au développement d’instruments plus ou moins sophistiqués (grille d’observation, questionnaires, etc.) visant à l’évaluation de la dynamique de violence conjugale et l’établissement de critères de sélection des couples capables de bénéficier du processus de médiation, (Girdner; Chandler).

Toutefois, la majorité des auteurs, dont Erickson et McKnight, considèrent qu’il n’est pas essentiel, pour participer à la médiation, que le conjoint reconnaisse les agressions qu’il a commises ainsi que la responsabilité de ces agressions.

Ce courant de pensée cherche à adapter le processus de médiation à la réalité de la violence conjugale. C’est en ce sens qu’il propose une médiation altérée où les grands principes sont remis en question.


* à suivre *

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