jeudi 6 janvier 2011

LA NOTION DU DÉSIR CHEZ LE COUPLE 9e partie

L’attirance sexuelle donne sur le moment l’illusion d’être uni, mais il n’empêche que, sans amour, cette « union » laisse les personnes aussi étrangères, aussi isolées qu’auparavant – parfois dans la honte, ou même dans la haine, dans la mesure où l’illusion s’étant dissipée elles ressentent leur distance avec plus d’acuité encore qu’au départ. Faisons remarquer que, contrairement à ce que pensait Freud, la tendresse n’est nullement une sublimation de l’instinct sexuel; elle découle directement de l’amour fraternel et se trouve présente dans toutes les formes d’amour, qu’elles impliquent ou non une participation charnelle.

À la différence de l’amour fraternel et de l’amour maternel, l’amour érotique se veut exclusif. Ce point mérite considération. C’est à tort que l’on interprète souvent l’exclusivité de l’amour érotique comme une sorte d’attachement possessif. Reconnaissons-le, il est fréquent de rencontrer deux personnes « amoureuses » qui, par ailleurs, ne ressentent d’amour pour qui que ce soit. Mais en fait, leur amour est un égoïsme à deux (x); elles s’identifient l’une à l’autre et résolvent le problème de la séparation en élargissant à la mesure du couple leur isolement respectif. Bien qu’elles aient le sentiment de surmonter leur solitude, leur union n’en est pas moins illusoire : se coupant du reste de l’humanité, elles restent étrangères l’une à l’autre et aliénées vis-à-vis, d’elles-mêmes. Sans doute l’amour érotique est-il exclusif, mais il implique qu’à travers l’autre, nous aimions l’ensemble de l’humanité, tout ce qui est vivant. S’il est exclusif, c’est uniquement en ce sens qu’une fusion complète et intense n’est possible qu’avec une seule personne.

* à suivre *

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