lundi 6 juin 2011

LA NOTION DU DÉSIR CHEZ LE COUPLE 113 partie

CLAIRE ET THOMAS : UNE RELATION PRIVILÉGIÉE

Pour que vous ayez une meilleure idée de ce qui vous attend, je vais vous parler d’un de ces couples exceptionnels qui savent maîtriser l’art de créer et de persévérer entre eux un climat sexuel passionné.

Claire et Thomas, 45 ans environ, sont mariés depuis seize ans. Il s’agit pour tous deux d’un remariage. Thomas est administrateur dans une agence de services sociaux, et Claire est graphiste. Ils ont été parmi les premiers que j’ai interviewés pour ce livre. En relisant mes notes pour la rédaction de ce chapitre, j’ai été à nouveau frappé de voir à quel point ce couple illustrait bien la plupart des éléments-clés de ce programme.

Je leur ai d’abord demandé de remplir le questionnaire sur le Style de sexualité. Ensuite, j’ai comparé leurs résultats. D’après leurs commentaires, il était évident que tous deux avaient du mal à séparer la sexualité de l’intimité. Thomas a dit : « J’ai eu quelques difficultés pour répondre aux affirmations concernant le désir sexuel. Je ne peux séparer le désir sexuel du romanesque ou de l’intimité. Se focaliser sur le sexe, c’est rétrécir son champ de vision et son champ d’action. »

Claire a ajouté : « En effet, tout est intimement mêlé. Le toucher, par exemple. Pour moi, tout contact physique entre nous est une partie de l’acte sexuel. Laver la vaisselle ensemble. Être assis côte à côte sur un canapé. Je ne sépare pas les choses. Si je sens l’affection présente dans la journée, je suis plus sexuelle le soir, au lit » Pour eux, les neuf domaines du questionnaire forment un tout homogène et indissociable.

Plusieurs fois au cours de l’interview, j’ai remarqué qu’ils associaient l’acte d’amour à une étroite connexion réciproque. Cela transparaissait même dans leur langage. Ils remplaçaient volontiers l’expression « faire l’amour » par « être connecté à ». Ils considèrent le sexe comme une façon de se connecter l’un à l’autre sur un certain nombre de points importants.

Ce qui est exceptionnel dans leur relation est leur façon d’utiliser délibérément le sexe comme un moyen d’instaurer entre eux l’intimité. Généralement, c’est plutôt le contraire qui se passe. Les couples arrivent à créer entre eux un climat d’intimité émotionnelle qui les conduit spontanément à l’acte sexuel. Claire a expliqué ainsi leur approche inverse : « Quand nous avons du mal à communiquer pour quelque raison que ce soit, si par exemple, nous avons des ennuis d’argent, ce qui peut être un problème grave, il y a un fossé entre nous. Mais nous avons remarqué que faire l’amour nous mettait en étroite connexion l’un avec l’autre, et que le fossé disparaissait instantanément, ce qui nous permettait d’envisager nos problèmes plus sereinement, main dans la main. Pour nous, le sexe est le meilleur moyen de communication qui soit. »

Thomas a ajouté : « Pour faire l’amour de cette façon, vous devez vous débarrasser de l’idée selon laquelle il faut être dans un certain état d’esprit, être excité et se sentir proche de l’autre pour engager un rapport sexuel avec lui (elle). Or, rien de tout ça n’est nécessaire. Vous décidez de faire l’amour, et c’est tout. Pour nous, l’intimité et la proximité sont générées par le sexe.

« Nous avons même inventé un mot pour ce type de relations sexuelles. Nous les appelons nos ‘rencontres maritales’. Nos ne recherchons pas forcément l’orgasme, ni ne sommes nécessairement très romantiques. Ce peut être simplement mécanique parfois. Mais cela rétablit entre nous cette connexion physique et sexuelle qui nous permet d’envisager nos problèmes d’une manière plus positive. »

Un peu plus tard, au cours de l’interview, Claire a dit qu’un des aspects lui plaisant le plus dans l’acte d’amour était simplement ce long moment de contact physique. « Le contact physique est incroyablement important pour moi. Même s’il s’agit seulement d’une petite caresse sur le bras. Me sentir rassurée, sur le plan physique, peut entièrement changer mon humeur. Pour moi, le sexe est la force ultime du contact physique. »

« Claire vient de prononcer un mot sur lequel je voudrais insister », a dit Thomas. « C’est le mot ‘rassuré’. Quand je traverse une période difficile dans ma vie, j’ai l’impression d’avoir des œillères qui limitent considérablement mon champ de vision. Dans ces moments-là, je me sens facilement très seul et j’ai l’impression que personne ne voit ce que je suis en train de traverser. Il n’est pas facile de traduire en mots ce type d’impressions. Quand Claire et moi sommes en étroite connexion l’un avec l’autre, il n’est pas nécessaire que je cherche des mots pour exprimer cela. Mes œillères disparaissent et je me sens plus détendu, plus en sécurité, plus accessible. Et cela influe sur ma façon d’envisager mes problèmes professionnels ou autres. »

Malgré leur emploi du temps chargé, Claire et Thomas s’arrangent pour que le sexe soit une priorité dans leur vie. « Dans les premiers temps de notre relation, nous pouvions passer des heures entières ensemble dans un lit. », a dit Claire en souriant. « Il nous arrivait de passer une demi-journée au lit à parler et à nous caresser. Nous avions tous deux conscience que ce temps consacré à l’amour pouvait créer entre nous un profond climat d’intimité, mais nous n’avions pas imaginé à quel point. »

« Naturellement passer autant de temps au lit n’est maintenant plus possible! » a ajouté Thomas en riant.

« Mais même aujourd’hui, quand nous n’avons pas eu de connexion sexuelle pendant un certain temps, j’ai besoin de faire l’amour pendant un long moment », a dit Claire. « Pendant aussi bien des heures! J’ai besoin de le toucher, de parler, de me sentir bien, dans un nid douillet, de me sentir soutenue. Pour moi, le sexe est un grand moment de détente. J’ai toujours pensé que je devais faire les choses rapidement. Mais ça ne marche pas avec le sexe. »

Au cours de notre conversation, j’ai demandé à Claire et à Thomas s’ils étaient toujours bien entendus sexuellement ou s’ils avaient dû faire des efforts mutuels pour y arriver.

« C’est venu avec le temps », a répondu Thomas. « Ce n’était pas le cas au début. »

Ce qui a évolué en premier dans leur relation a été leur image mutuelle de leur corps. « Au but de notre quatrième ou cinquième rencontre », a dit Thomas, «j’ai eu une intuition soudaine. Je me souviens encore de ce que je me suis dit à ce moment-là : ‘Cette femme va m’aider à connaître mon corps’. Et cela s’est avéré. Si j’avais rempli votre questionnaire avant de connaître Claire, j’aurais obtenu de piètres résultats dans le domaine de l’image de soi. »

Claire a aussitôt enchaîné : « Moi non plus je n’ai pas toujours eu une image forte ou positive de moi-même. Le fait que je me sente aujourd’hui tellement bien dans ma peau vient de ce que Thomas m’accepte telle que je suis. C’est un des merveilleux cadeaux de cette relation avec lui. »

Thomas est issu d’un milieu catholique et il est conscient du fait que, par certains côtés, sa religion l’a restreint sexuellement. Mais il préfère insister sur les aspects positifs : « Je respecte beaucoup de choses dans la religion catholique », dit-il. « On y insiste beaucoup sur la retenue de soi, et je pense que c’est un point crucial. Sans la retenue de soi, et je pense que c’est un point crucial. Sans la retenue de soi, je ne pense pas qu’il puisse y avoir de relations sexuelles extra-ordinaires. Cela peut sembler contradicatoire. »

« Tu veux dire par exemple comme d’attendre que j’aie un orgasme en premier? » lui a demandé sa femme.

« C’est un exemple, oui » a répondu Thomas.

« Et il est très fort à ce jeu! »

Éclat de rire de Thomas

« C’est encore un des points satisfaisants de notre relation », a dit Claire. « Notre technicité. Nous avons peu à peu résolu tous les problèmes ‘techniques’. Et ça n’a pas été trop difficile. Si vous aimez quelqu’un, avez confiance en lui, vous pouvez lui dire simplement ce que vous aimez. C’est une question de confiance et de communication. »

« Il y a un autre aspect de la retenue de soi que je trouve important », a ajouté Thomas, « c’est de ne pas me concentrer sur mes propres besoins. Je sais généralement ce que je veux à chaque moment précis. Mais si je ne savais pas aussi ce que Claire veut, je pense que je serais assez dur à vivre. J’essaye d’être entièrement à son écoute, faisant aussi bien attention à ses propos qu’à ses sensations ou à ses messages non verbaux. Cela m’empêche d’être trop concentré sur moi-même. » Il évoquait là le concept d’équipe et d’accommodement à l’autre, un point essentiel des relations amoureuses qui durent longtemps. Thomas a appris à équilibrer ses propres besoins en étant conscient de ceux de Claire. Il n’y a pas entre eux cette mentalité « moi d’abord » qui est tellement nocive à l’intimité des couples.

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