vendredi 30 septembre 2011

VIOLENCE FAMILIALE 53e partie

À l'intérieur de nous peuvent habiter plusieurs personnes qu'il n'est pas
toujours facile de reconnaître mais qu'il nous appartient de rencontrer.

- J. Salomé

Des exercices pour appuyer l’intervention

Voici quelques exercices auxquels vous pouvez avoir recours pour que la cliente réapprenne à se faire confiance. Ce sont des techniques de base en intervention sociale, utilisées ici dans le contexte particulier d’une relation se fondant sur des principes issus d’une analyse féministe de la société et de la violence conjugale.

L’utilisation d’un tableau est un moyen concret qui permet à la cliente d’évaluer sa propre image. La femme violentée essaie de brosser le tableau de ses forces et faiblesses et de les analyser. Ensemble, vous observez chacune des faiblesses identifiées. La cliente tente alors de discerner si celles-ci correspondent à sa propre perception ou à celle de l’agresseur. Cette étape amène la cliente à réaliser combien elle se dévalorise et donne du pouvoir à l’agresseur.

Ce premier déblayage fait, elle doit regarder si les faiblesses identifiées sont réelles et si elle peut les illustrer par des exemples concrets. En effet, un certain nombre des faiblesses qu’elle s’accorde sont sans fondement. Par exemple, elle note qu’elle ne sait pas administrer le budget familial. Puis elle réalise qu’elle n’a jamais eu accès à l’argent et que c’est son conjoint qui administre les revenus de la famille. Son incapacité, dans ce cas, n’est absolument pas évidente, elle l’anticipe. Progressivement, ses limites personnelles se dessinent concrètement. Bien des faits perdent leur ampleur et d’autres disparaissent.

La même démarche est reprise avec les forces qu’elle a identifiées chez elle. Le nombre initial des qualités est généralement inférieur à celui des faiblesses. Il est important de désigner ses forces en fonction d’une qualité et non d’un rôle, ce qui dépersonnaliserait la force identifiée et confirmerait la femme dans des rôles stéréotypés. Par exemple, dans l’affirmation : « Je suis une bonne mère. », on n’évaluera que les capacités personnelles que cela implique : capacités de négociation, de compréhension, de constance dans les structures, etc. Ces qualités se réfèrent donc à des aptitudes personnelles et non à une fonction sociale, élaborée à partir du concept de la mère idéale. Il nous apparaît alors important de favoriser la découverte d’aptitudes personnelles qui se distinguent des stéréotypes féminins.


Le tableau qu’elle fait de ses forces et de ses faiblesses permet à la femme violente de constater qu’elle a de la difficulté à reconnaître ses capacités personnelles.

La cliente tiendra à jour son tableau cumulatif. Chaque fois qu’une action sera entreprise, une solution trouvée, une nouvelle décision prise, ou qu’un nouveau risque sera établi, elle notera dans la colonne des forces, l’aptitude dont il lui sera établi, elle notera dans la colonne des forces, l’aptitude dont il lui aura fallu faire preuve et qu’elle se sera découverte. Vous lui rappellerez également les capacités que vous lui trouvez et, en entrevue, vous l’aiderez à identifier la capacité qui lui a permis de réussir ce qu’elle a entrepris.

Ce tableau devient un point de repère. Il sert en plus à consolider les acquisitions faites. La femme battue peut garder ce tableau et le cacher dans un endroit sûr pour éviter que son conjoint ne le trouve. Si cela comporte trop de risques, vous pouvez le garder pour elle et l’apporter lors des entrevues. Si elle a quitté son partenaire, vous lui suggérez de garder ce miroir d’elle-même.

Jeu d’association
Ce jeu est une autre technique susceptible d’aider la femme battue à reconnaître ses capacités.

La femme violentée nomme un animal qu’elle aime et qui la représente. Elle établit la liste des qualités de cet animal. Par exemple, l’écureuil est prévoyant et partage vite ses peines, il fait preuve d’agilité, etc. Par la suite, la cliente essaie de voir en quoi ces qualités ressemblent aux siennes ou en quoi l’animal la représente. Se reconnaît-elle de telles qualités? De quelle façon peut-elle les cultiver et les maintenir?

Y-a-t-il des capacités dont cet animal fait preuve et qu’elle-même a déjà démontrées mais n’ose plus utiliser maintenant? Elle tentera de reconnaître les événements de sa vie qui ont contribué à réduire sa confiance en elle. La violence conjugale devient un des premiers facteurs reconnus. Elle peut être « réassurée » sur le fait qu’une capacité ne se perd pas.

En faisant ces différents exercices pour redécouvrir ses compétences, la femme battue modifie progressivement son estime de soi. Elle peut également poursuivre cet effort pour modifier le regard qu’elle pose sur elle-même.

Identifier la beauté d’une partie de son corps
Il est difficile pour les femmes, en général, de se trouver belles. Les critères de la beauté féminine sont inaccessibles et déterminés par des valeurs et des jugements masculins. Comme victime, la femme battue éprouve encore plus de problèmes à avoir une image positive de son corps. Pour contrecarrer la dévalorisation dont elle fait l’objet, elle essaiera d’identifier de l’humilité et de la règle d’usage prétendant que seul le regard d’autrui détermine la beauté d’une femme.

La femme violentée, comme nous l’avons déjà dit, doit être informée de la stratégie de dénigrement de l’agresseur. Cette connaissance est importante pour la cliente. Comment peut-elle lutter contre l’effet des agressions psychologiques, si elle n’identifie pas l’ampleur des blessures qui lui sont faites? Une action de défense contre la violence nécessite cette prise de conscience.

Cet exercice fait appel aux symboles et constitue une action concrète contre la victimisation. Vous soutenez la cliente pour qu’elle parvienne à donner une valeur positive à une partie de son corps. Vous renforcez également l’évaluation positive qu’elle vient de faire. Reprendre du pouvoir sur son corps fait partie de la démarche de restauration de l’estime de soi.

Faire une sculpture
Vous pouvez utiliser cet exercice lors de l’entrevue de l’établissement du bilan. Il permet de consolider les acquisitions faites au cours du contrat de travail établi entre la cliente et vous.

La femme battue fait prendre à corps une position correspondant à une perception précise qu’elle a d’elle-même et donne à son visage l’expression qui lui semble la plus significative. Lorsque la sculpture illustre bien ce qu’elle imagine d’elle-même, elle demeure dans cette posture, sans bouger. Si possible, l’image filmée sur vidéo. En respectant ces consignes, la cliente fera deux sculptures.

La première représente l’image qu’elle avait d’elle au début des rencontres, lorsque le contrat de travail a été négocié entre elle et vous. La deuxième reflète la perception qu’elle a d’elle maintenant. Chacune des sculptures est analysée par la cliente. Que voit-elle dans cette image? Que se dégage-t-il de cette sculpture? Que veut dire l’expression du visage? Que lit-elle sur ce visage? Que semble vivre cette femme? Qu’est-ce que le corps exprime? Quelles différences observe-t-elle entre ces deux portraits d’elle-même? Qu’est-ce qui est le plus évident : l’expression, la posture, l’allure? Qu’est-ce qu’elle aime dans ces sculptures? Finalement, peut-elle nommer la différence qui existe entre ces deux sculptures?

Cette différence est généralement évidente et significative et est, en soi, un constat de peur, où l’on perçoit une fermeture, un repli sur soi. La deuxième révèle une évolution de l’assurance personnelle, une confiance accrue et représente souvent un geste. Cet exercice est valorisant et permet de visualiser des changements. La conscience du chemin parcouru renforce l’estime de soi. Même s’ils ne sont complètement terminés, on observe des changements et cela rassure la cliente sur ses capacités personnelles.

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