vendredi 25 novembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 10e partie

RÉSUMÉ DE LA SITUATION MARITALE:

Monsieur Renaud et Madame Lorette ont vécu maritalement durant vingt-neuf (29) ans. De cette union sont nés deux (2) enfants soit Roger, aujourd’hui âgé de vingt (20) ans, et Josette aujourd’hui âgée de onze (11) ans dont la garde est actuellement confiée à la mère.

Aux dires de Madame Lorette, un climat de violence aurait régné à la maison longtemps avant la séparation du couple. Le 20 novembre, sentant sa sécurité et celle de sa fille menacée par le comportement présumément agressif de Monsieur Renaud, Madame a fait appel aux policiers. Afin d’éviter que la situation ne dégénère et ne conduise à des actes de violence plus graves, Madame aurait alors choisi de se réfugier avec sa fille Josette dans un centre d’hébergement pour femmes en difficultés où elles seraient demeurées.

Durant cette période, Josette qui craignait de subir des menaces et du harcèlement de la part de son père dans son milieu scolaire, aurait été transférée temporairement d’école près du centre d’hébergement. Me T.P. a été nommée procureure de Josette, et ce dans le but que l’enfant renoue des liens et reprenne contact avec son père dès que possible.

Entre-temps, Madame qui devait quitter le centre d’hébergement, désirait que son enfant puisse réintégrer son environnement usuel. Elle aurait trouvé un logement dans un H.L.M. situé dans son ancien quartier. Ne pouvant prendre possession de son logement, Madame déposait une requête à la Cour afin d’obtenir la garde de son enfant ainsi qu’une pension alimentaire. Elle demandait que Monsieur qui co-habitait alors avec leur fils Roger dans la résidence familiale lui cède la maison pour une période temporaire d’un (1) mois, et ce, afin de permettre à l’enfant de retourner fréquenter son école.

Les parties se sont entendues pour partager l’usufruit de la résidence de façon exclusive, hors de la présence de l’autre, à savoir pour Madame et sa fille, les jours de semaine de 16h15 à 8h00 le lendemain matin, ainsi que durant toute la fin de semaine du vendredi 16h15 au lundi 8h00. Il fut aussi convenu que Monsieur pourrait occuper le domicile familial de 8h00 à 16h00 durant les jours de semaine, cette entente étant valide pour le mois de mars 2001 seulement.

Vers le mois, la fillette aurait eu des contrats avec son père à raison de trois (3) dimanches consécutifs, contacts qui se seraient avérés satisfaisants selon le père. Une requête pour changement de garde intérimaire était présentée à la Cour par Monsieur.

L’enfant aurait avisé son père qu’elle ne pourrait le voir comme prévu, pour cause de maladie. Par la suite, il semble que la fillette ait refusé d’avoir d’autres contacts prévus avec son père, et que Madame se soit objectée à ce que Monsieur ait des droits d’accès auprès de sa fille. Dans sa requête, Monsieur allègue que Madame n’aurait pas à cœur le meilleur intérêt de Josette, qu’elle ne serait pas apte à en assumer la garde, et qu’elle tenterait d’aliéner l’affection du père à l’égard de l’enfant de l’enfant. De plus, Monsieur stipule que Madame a créé, par son attitude, un climat de peur entre lui et son enfant, faisant de celle-ci l’objet de sa propre vengeance envers Monsieur.

Les parties auraient convenu d’une entente stipulant que Monsieur pourrait bénéficier de droits d’accès avec l’enfant Josette tous les dimanches entre 11h00 et 17h30 et qu’il aille la chercher et la reconduire à un endroit convenu entre les parties; que Madame s’engageait à favoriser le droit d’accès entre Josette et son père; que les parties s’engageaient à ne pas parler de l’autre partie ou du dossier à l’enfant; et à ce qu’une expertise d’évaluation psychosociale soit réalisée par nous dans le cadre du présent dossier.

Monsieur nous dira croire que Madame aurait eu « une aventure » à un certain moment parce que le couple s’était chicané. Il explique : « Il fallait que cela aille mal avec moi pour justifier ses gestes », signifiant que Madame, incapable de porter ses responsabilités, lui « faisait porter le chapeau ». Celui-ci raconte qu’étant jeune, Madame faisait des fugues à ses parents adoptifs, et qu’à l’âge de treize (13) ans ou quatorze (14) ans, elle avait été laissée à elle-même. Il dira : « Elle n’a pas eu une enfance facile, elle s’est débrouillée toute seule ». On sent dans les propos de Monsieur que celui-ci a tendance à blâmer Madame pour leurs difficultés conjugales.

Sur sa vie de couple avec elle, il nous dira : « Elle ne voulait pas revenir sur les situations conflictuelles, n’admettait pas des torts ». Monsieur nous dit attribuer la hargne de Madame à son endroit au fait que quelqu’un lui aurait fait du mal, « sans doute son petit blond en la quittant, mais c’est pas moi ». Il dira croire qu’il « paie à la place de l’autre ». Il ajoute avec beaucoup d’émotion : « Je ne m’en remettrai jamais… (faisant référence à la séparation du couple) C’est comme pour mon frère… (faisant référence à son décès) ». Interrogé sur ses agirs agressifs, Monsieur précise que « ce sont les émotions qui lui font faire des choses… ».

Sur les circonstances qui auraient mené à la séparation, Monsieur dira simplement que Madame faisait tout pour démontrer qu’il n’était pas correct. Monsieur se dit persuadé que le départ de Madame avec sa fille était un geste planifié. Madame aurait menacé de quitter Monsieur, et il semble qu’elle aurait alors fait une demande de location de H.L.M. La situation serait par la suite rentrée dans l’ordre ce qui aurait amené Monsieur à entretenir l’espoir que la situation s’améliore définitivement.

Durant cette période, Madame serait allée en thérapie, et Monsieur dira avoir constaté certains changements chez elle suite à cela. Par exemple, Madame aurait demandé à Monsieur de ne pas fumer à la maison. Monsieur dira qu’elle est devenue « hyper-menteuse », d’une « sincérité-douteuse ». Il ajoute que si Madame n’était jamais partie, il ne l’aurait jamais laissée.

Concernant ses capacités parentales, Monsieur dira considérer que ses forces principales sont la patience et l’amour. Sur ses faiblesses en tant que parent, Monsieur nous dira « avoir été trop pris par le travail par le passé et par les chicanes avec Madame. Questionné sur les forces de l’autre parent, Monsieur nous dira considérer Madame Lorette comme une « bonne mère de famille mais que celle-ci laisse peu ou pas de place pour les autres… ». Concernant les faiblesses de cette dernière, il dira qu’elle est « menteuse et manipulatrice », qu’elle aime faire croire toutes sortes de choses pour le discréditer auprès de sa fille et qu’elle ne travaille pas honnêtement… ». Interrogé sur ce que Madame pourrait dire de lui « qu’il fume de la marijuana et qu’il est agressif en paroles ».

Concernant sa fille, Monsieur la décrit comme une enfant qui aime beaucoup les animaux, qui aime jouer, qui est toujours souriante, qui pleure lorsqu’elle est fatiguée. Elle aime les poupées, le patin à roulettes, la bicyclette, la baignade, les jeux de Nintendo, et des émissions télé telles que « Watatatow » et « Radio enfer ». Monsieur mentionne que Josette aime aussi jouer au soccer, et qu’il serait allé la voir s’exécuter à trois (3) reprises. Monsieur considère que Josette ne présente aucun problème de comportement particulier.

Questionné sur les caractéristiques ou les besoins particuliers de Josette, Monsieur dira d’emblée qu’il est persuadé que l’enfant doit demeurer à la maison où elle a toujours vécu, près de son école et de ses amis. Comme il entend prendre sa retraite sous peu, il considère qu’il sera alors totalement disponible pour s’occuper de son éducation et assurer auprès d’elle une présence nécessaire. Monsieur croit que les parents devraient aider leurs enfants dans leurs travaux scolaires, spécifiant qu’il n’a jamais pu remplir ce rôle auprès des siens à cause de son horaire de travail. Il s’en est toujours remis à Madame pour ce faire étant donné sa grande disponibilité.

Interrogé sur son organisation personnelle dans l’éventualité où il obtiendrait la garde exclusive de sa fille, Monsieur nous dira qu’il vivrait avec l’enfant ainsi que son fils Roger, âgé de vingt (20) ans, et qu’il en assumerait la responsabilité durant le jour ainsi que le soir. Concernant la discipline qu’il imposerait à sa fille il répond : « Je lui expliquerais le gros bon sens, ou je la punirais en coupant certaines émissions ».

Monsieur nous dira constater que Madame Lorette ne démontre aucune ouverture dans le but d’aider ou d’améliorer leurs relations mutuelles face à leurs devoirs parentaux. Monsieur considère que Madame, par son attitude et par ses gestes, a contribué à ce que l’enfant le prenne en aversion. À ce titre il dira : « Il n’y a rien à faire… ». Il commente : « Après trois (3) mois passés dans un centre d’accueil pour femmes battues, ma fille e entendu tout ce qui pouvait être entendu par toutes ces femmes… Après, elle ne veut plus me voir… Tous les papas ne sont pas gentils aux yeux de ma fille… ». Il ajoute que Madame « cherche la chicane », et qu’elle l’aurait toujours considéré comme le principal responsable des problèmes familiaux ce qui aurait fortement marqué la perception de l’enfant à son égard. Monsieur dit éprouver beaucoup de difficulté à accepter le fait que sa fille le rejette. Monsieur raconte qu’après un (1) mois et demi de séparation sans avoir de contact avec sa fille, il serait allé la voir à l’école à une reprise ainsi qu’une autre fois la semaine suivante. Par la suite, il dira avoir reçu « des menaces » de la part de Madame qui l’accusait de faire du harcèlement à l’endroit de l’enfant.

Éléments d’évaluation des capacités parentales

En ce qui a trait à ses capacités parentales, celles-ci ont été évaluées en fonction de plusieurs critères, soit : le lien d’attachement mère-enfant, le profil psychologique, le mode de vie, la capacité de répondre aux besoins de l’enfant, la capacité de lui fournir l’encadrement dont il a besoin, la stabilité et la continuité de l’implication et la connaissance des étapes du développement d’un enfant.

En ce qui a trait à ses capacités parentales, Madame Lorette. est un individu sans aucune limite intellectuelle susceptible d’avoir un impact sur sa capacité à exercer son rôle. Pour ce qui est de la réponse aux besoins affectifs, le profil obtenu au P.S.I. (Parental Stress Index) s’avère sans particularité indiquant l’absence de facteurs de stress clairement significatifs susceptibles de venir jouer un rôle déterminant dans la prise en charge de l’enfant mis à part les difficultés particulières rencontrées par son enfant vis-à-vis de son père.

Au plan de la prise en charge de son enfant, elle apparaît capable d’assurer une stabilité et une continuité auprès de Josette mais se montre plutôt démunie au niveau de l’intervention en ce qui a trait aux difficultés relationnelles éprouvées par sa fille à l’égard de son père. Madame a aussi tendance à se montrer surprotectrice face à Josette ce qui n’encourage en rien le développement de son autonomie. De plus, Madame aurait avantage à démontrer par ses propres attitudes (conflit avec Roger) l’exemple pour Josette qu’il est possible de régler des situations problématiques et de développer des stratégies de résolutions de conflits.

ÉVALUATION DE L’ENFANT JOSETTE.

Josette est une jeune fille âgée de onze (11) ans, inscrite à l’école où elle est en cinquième année.

À la première entrevue, la jeune fille nous raconte les moments de grande tension qui ont coïncidé avec son départ du domicile familial avec sa mère. L’enfant nous raconte se souvenir des gestes de son père qui « frappait dans les murs la nuit…montait la musique au bout… » ainsi que des sentiments de peur qu’elle a ressentis et dont elle se dit encore affectée aujourd’hui à l’égard de son père. Josette nous parle de la fameuse nuit du 20 novembre où elle nous dira qu’elle entendait « cogner dans les murs et chuchoter… ». Elle nous dira avoir eu très peur et avoir crié cette nuit-là. Son père serait alors sorti dehors et elle serait alors allée rejoindre sa mère dans son lit.

Questionnée sur sa perception de sa situation familiale, Josette rapporte que « son père criait beaucoup après sa mère » et qu’elle aurait assisté à plusieurs disputes entre ses parents. Elle mentionne en parlant de son père : « Je devais toujours aller lui donner un bec le soir », insinuant qu’elle s’y sentait obligée. Elle l’entendait répondre : « C’est moi qui l’ai faite vivre, et elle ne vient même pas m’embrasser… ». La fillette nous dira qu’il est arrivé que son père lui dise : « Ta mère va voir des hommes ».

Quant au type de relations entre les membres de la famille avant la séparation, Josette nous dit avoir constaté un grand attachement du père envers son frère comparé aux sentiments démontrés envers elle. Au quotidien, la famille se réunissait au souper : son père parlait de son travail, son frère allait parfois souper chez des amis. Aux dires de l’enfant, Monsieur Renaud faisait davantage d’activités (particulièrement centrées sur la pratique de la chasse et de la pêche) avec son frère Roger mais très peu avec elle. Elle ajoute : « Ou mon père s’arrangeait pour que tout le monde aille avec lui, ou il s’en allait seul avec Roger ». La jeune fille raconte que les activités qu’elle faisait avec son père se limitaient à aller « dans le champ des chevreuils » pour les nourrir ou d’aller à la chasse en compagnie de sa mère et de son frère. Elle explique : « Il a jamais voulu être avec moi, m’emmener à nulle part. Moi je voulais y aller. Ça me faisait de la peine, je pleurais. Il me répondait crisse de braillarde. Et là, il disait t’es juste une crisse de braillarde, c’est pour ça que je ne t’emmène pas ». Elle conclue : « Quand j’y vais, il est pas fin ». Ou encore, « C’est toujours moi qui devais faire les premiers pas, comme pour aller lui donner un bec le soir. Même s’il était tard, c’était toujours moi qui devait aller le voir ». Josette ne nie pas ressentir un attachement plus grand envers sa mère, avec qui elle joue à des jeux de société, fait du magasinage et dit passer beaucoup de bon temps.

Malgré certaines critiques exprimées à l’endroit de son grand frère Roger âgé de vingt et un (21) ans, (la jeune fille nous ayant dit à la première entrevue le trouver « méchant » car celui-ci lui disait que « sa mère était méchante », nous constatons néanmoins un sentiment d’attachement réel de l’enfant envers lui. Lors d’une deuxième entrevue, elle dira déplorer le fait d’être séparée de lui et s’en ennuyer. Le temps qu’ils étaient réunis, nous dira-t-elle, il l’emmenait partout, chez Canadian Tire…, il jouait avec elle. Elle nous dira regretter de ne plus l’avoir à ses côtés, « mais il criait après sa mère et moi j’allais souvent pleurer dans ma chambre ».

Sur les directives de son avocate, la jeune fille aurait eu trois (3) contacts avec son père depuis la séparation. Selon les dires de l’enfant, il semble que son père lui aurait fait cette mise en garde : « Si tu dis que je parle en mal de ta mère, on ne pourra plus se voir ». Cependant, Josette nous dit qu’il continue de parler contre sa mère. Elle précise : « J’y suis retournée trois (3) fois, ça faisait trois (3) fois qu’il était pareil ». Elle mentionne aussi des appels téléphoniques où son père aurait sollicité de la voir et qu’elle décrit comme suit : « Ça n’a pas l’air naturel, ça vient pas de lui on dirait, ça paraît qu’il n’est pas naturel ». Elle ajoute « Je ne me sens pas à l’aise, et tout ça… ». Josette nous mentionne à plusieurs reprises ressentir de la peur en présence de son père.

En entrevue elle nous dira : « Je ne pense pas que mon père m’aime ». Elle ajoute que sa performance ainsi que ses résultats scolaires ont été affectés depuis la séparation parce qu’elle avait peur que son père aille la relancer à l’école.

L’enfant nous dira « aimer son père un peu, mais… ». Manifestement, l’enfant semble démontrer un attachement davantage tourné vers la mère. Récemment, son père l’aurait invitée pour aller voir le chat dont il venait de faire l’acquisition. Sur ce, la jeune fille commente : « Avant, il ne voulait même pas que je puisse avoir des animaux. Maintenant il dit que c’est OK ». Elle nous dira avoir peur de lui, et ne pas avoir le goût d’aller le voir. Elle ajoute : « Je ne vois pas pourquoi il aurait changé. Il a toujours été méchant ave moi, il ne s’est jamais occupé de moi ».

Josette nous parle d’activités auxquelles elle s’adonne dont le soccer. Son équipe a gagné une médaille d’argent lors d’un dernier tournoi. Elle se dit contente de vivre en appartement avec sa mère, et nous dit avoir maintenant un cochon d’Inde comme animal de compagnie. Josette nous dira que sa mère souhaite que son père vienne la voir à l’occasion. Il arrive que Roger aille la voir au sortir de l’école ce qu’elle dit apprécier. Il se serait présenté un jour avec Monsieur Renaud La jeune fille raconte que son père lui aurait tiré sur le chandail pour la forcer à rentrer dans le camion, et elle dit craindre que la même chose ne se reproduise. Elle nous dira : « Ma mère disait il va se calmer, mais il ne se calmait pas ».

Au moment de notre évaluation, l’enfant s’est rendue dans un camp de vacances auquel sa mère l’avait inscrite. Elle n’y est demeurée que quelques jours parce qu’elle dit-elle, elle ne se sentait pas bien. Madame Lorette est alors allée la chercher.

RECOMMANDATIONS

Nous sommes en présence d’une situation familiale très détériorée. D’une part, les parents quoique présentant tous les deux des ressources intéressantes bien que différentes, entretiennent encore des conflits dont ils arrivent mal à se dégager. Conséquemment, ils ont tendance à se faire porter mutuellement la responsabilité de la détérioration de la situation actuelle.

La dynamique relationnelle entretenue entre les parents demeure très problématique et se trouve agie sur un mode agressif voire destructeur. La communication est inexistante rendant ainsi difficile voire impossible toute négociation et/ou entente pour le meilleur intérêt de l’enfant et alimentant la perception de la mauvaise fois de l’autre partie. La réalité quotidienne semble constamment interprétée comme de la mauvaise foi et de façon négative par chacune des parties.

Ainsi, les parents n’arrivant pas à résoudre adéquatement leur rupture et les désaccords conséquents, l’enfant se retrouve au cœur même de leurs conflits. Conséquemment, cette enfant est donc placée dans une position inconfortable et insupportable pour son âge chronologique et son niveau de maturité. Cette situation entraîne donc des malaises importants pour Josette et pourrait, si ce n’est déjà fait, altérer considérablement tant son développement que son mode de fonctionnement si elle demeurait inchangée.

À l’étude exhaustive de ce dossier, il ressort que les problèmes depuis la rupture du couple existaient bien avant leur séparation. Cette situation de crise familiale existait depuis plusieurs années et a engendré beaucoup de stress, et une désorganisation généralisée au sein de la famille se traduisant par un clivage important et la formation de deux
(2) clans distincts. Il ressort que les différences individuelles et les caractéristiques inhérentes à chacun sont si grandes qu’il s’est avéré impossible de réconcilier ces différences ou de les aplanir de sorte à ce que la poursuite de la vie commune soit encore possible.

Que ce soit face aux décisions importantes à prendre concernant l’éducation des enfants, les méthodes éducatives ou la façon de gérer le quotidien et le mode de vie, ce couple a vécu dans des querelles quasi quotidiennes depuis les dernières années qui ont engendré des conflits d’allégeance énormes chez les deux (2) enfants. Ces conflits d’allégeance ont amené les enfants à prendre parti pour un parent contre l’autre ce qui, à notre avis, s’avère très dévastateur pour leur développement global et ce, tant au plan émotif que social. Les enfants (Roger et Josette) ne représentent pas un bien matériel qu’il faut se séparer ni un moyen de pression ou de négociation entre les ex-conjoints ce qui malheureusement est le cas dans la dynamique qui prévaut aujourd’hui. Dans ce contexte, une garde partagée en ce qui concerne Josette s’avère difficilement envisageable.

L’étude de la littérature démontre clairement que la garde partagée peut être tout à fait contre-indiquée pour les enfants qui sont pris à témoin dans des conflits conjugaux. De même, il ressort que plus les conflits conjugaux persistent et impliquent directement ou indirectement les enfants, moins la garde partagée est indiquée, la qualité de l’interaction entre les conjoints, avant et après la rupture jouant un rôle important dans l’adaptation de l’enfant après un divorce.

À notre avis, cette enfant doit être soustraite aux conflits parentaux ainsi qu’à toute forme de violence et/ou de dénigrement à l’égard de l’un ou l’autre des parents afin de lui permettre de vivre un répit face à sa situation familiale. Il est essentiel que cesse l’escalade des représailles dirigées contre l’une ou l’autre des parties.

Il nous apparaît clair que dans le meilleur intérêt de cette enfant, les contacts avec le père doivent être encouragés mais il faudra de l’aide professionnelle pour Josette afin de désensibiliser ses peurs et d’interpréter au père les besoins affectifs de son enfant. Monsieur devra améliorer son contrôle interne, apprendre à mieux gérer son deuil afin que Josette ne soit plus soumise à des agirs pouvant avoir des répercussions majeures sur son développement.

Afin d’établir les modalités de garde, il faut tenir compte du lien d’attachement entretenu entre l’enfant et son parent et du niveau d’investissement (Primary caretaker) que le parent a entretenu avec son enfant depuis sa naissance. Plusieurs recherches démontrent clairement que l’ajustement des enfants suite au divorce est relié significativement à la qualité de la relation qu’ils entretiennent avec leurs parents.

Dans la famille demeurée intacte, le fait d’avoir une bonne relation avec au moins un (1) des deux (2) parents agit comme facteur de protection contre les effets néfastes liés à une mauvaise relation avec l’autre parent. Toutefois, quand les relations entre un parent et un enfant sont problématiques et/ou tendues ou que le parent ne démontre pas les habiletés nécessaires pour répondre aux besoins de l’enfant, le fait de se retrouver seul au quotidien pour s’occuper de l’enfant peut s’avérer très difficile. Les recherches démontrent que si un enfant n’entretient pas une bonne relation avec un de ses parents, il est préférable pour cet enfant de demeurer avec le parent avec qui il entretient une bonne relation avec des visites occasionnelles chez l’autre parent.

De même, les résultats de recherche visant à examiner l’effet du conflit parental sur l’ajustement des enfants en garde unique et en garde partagée démontrent que les enfants ont tendance, dans un tel contexte de conflit, à présenter plus de traits dépressifs, à se trouver plus en retrait, à être moins communicatifs et souvent plus agressifs. De plus, les enfants n’apprennent pas à résoudre les conflits de façon appropriée et risquent de développer des troubles de comportement, dont des conduites antisociales. Il semble que l’anxiété du parent et les faibles aptitudes parentales qui y sont reliées, de même que l’hostilité et l’agression parentale constituent des facteurs de risque ce qui entraîne que les enfants sont plus à risque de développer des dysfonctions.

À partir des données recueillies au cours de la présente évaluation et des observations que nous avons effectuées, nous soumettons donc les recommandations suivantes :

• Nous suggérons à la Cour de confier à Madame Lorette la garde principale de l’enfant. Nous suggérons aussi à Madame de recourir à de l’aide professionnelle, possiblement par le biais des services de son C.L.S.C. afin d’améliorer ses capacités parentales, régler le conflit existant avec son fils Roger et afin de fournir à Josette le support dont elle a besoin dans les circonstances particulières dans lesquelles elle se trouve actuellement;
• Des droits d’accès à raison d’une (1) fin de semaine sur deux (2) pour Monsieur, du vendredi soir 18h00 au dimanche soir 18h00, et ce, après que l’enfant et le père aient pu bénéficier de l’aide professionnelle requise pour instaurer un climat de sécurité chez l’enfant;
• Le partage du congé de la période des Fêtes de façon à ce que l’enfant puisse bénéficier de la présence de ses parents pour une période d’une (1) semaine, en alternance d’une année à l’autre pour la Fête de Noël et du Jour de l’An;
• Concernant les vacances estivales, une période d’une (1) à deux (2) semaines pourrait être envisagée;
• Que l’enfant puisse passé la Fête des Mères avec sa mère;
• Que l’enfant passe la Fête des Pères avec son père;
• Des contacts téléphoniques réguliers entre le parent et l’enfant devraient être privilégiés;
• Toute discussion entre les parties en présence de l’enfant devrait être évités en tout temps que ce soit lors des transitions ou lors des contacts téléphoniques;
• Il va sans dire que tout autre contact convenu entre les parties pourra être mis en place pour le bénéfice de Josette;
• Que les parents recourent à des services professionnels pour eux-mêmes et pour Josette.

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