dimanche 20 novembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 9e partie

Éléments d’évaluation des capacités parentales - 3ième cas (suite)
Au plan des capacités parentales, celles-ci ont été évaluées en fonction de plusieurs critères, soit : le lien d’attachement père-enfant, le profil psychologique, le mode de vie, la capacité de répondre aux besoins de l’enfant, la capacité de lui fournir l’encadrement dont il a besoin, la stabilité et la continuité de l’implication et la connaissance des étapes du développement d’un enfant.

En ce qui a trait à ses capacités parentales, Monsieur Renaud est un individu sans aucune limite intellectuelle susceptible d’avoir un impact sur sa capacité à exercer son rôle. Pour ce qui est de la réponse aux besoins affectifs, le profil obtenu au P.S.I. (Parental Stress Index) s’avère sans particularité indiquant l’absence de facteurs de stress clairement significatifs susceptibles de venir jouer un rôle déterminant dans la prise en charge mis à part une difficulté manifeste du père à se montrer à l’écoute des besoins de son enfant.

Au cours du processus d’évaluation, nous avons organisé une rencontre entre l’enfant, son père et son frère à nos bureaux. Josette a montré des résistances importantes face au fait de se trouver dans la même pièce que son père. Elle nous avait téléphoné à deux (2) reprises pour tenter de remettre la rencontre. Nous avions alors demandé à la mère de demeurer à l’extérieur de nos bureaux (et même de la salle d’attente) pour la durée de l’entrevue. Nous avons alors demandé à l’enfant d’exprimer ce qu’elle ressent face au fait de se rendre à la maison pour visiter son père et son frère. L’enfant a alors pleuré abondamment et a exprimé à son père toute la difficulté qu’elle vit et/ou a vécu face au fait qu’elle considère que celui-ci ne s’est jamais occupé d’elle, qu’il ne lui trouvait jamais de qualité, qu’il passait tout son temps avec son frère qu’il se chicanait tout le temps avec sa mère etc…. La rencontre a duré près d’une heure et l’enfant a pleuré pendant presque toute la session se trouvant visiblement aux prises avec des sentiments de peur face à son père. Celui-ci est demeuré calme et semblait très surpris des propos de sa fille. Quant au frère, celui-ci nous dira par la suite ne jamais avoir vu sa sœur exprimer tout cela.

Nous croyons tout de même que le lien d’attachement de Monsieur envers sa fille est indéniable. Par ailleurs, le lien d’attachement de l’enfant envers son père apparaît présent mais très fragile. Monsieur ne semble pas avoir suffisamment de notions pour répondre aux besoins d’encadrement d’un enfant.

Les interactions interpersonnelles ne semblent pas empreintes d’amour, d’affection, de respect et d’écoute des besoins de son enfant. Le mode de vie de Monsieur semble adéquat mais la qualité et la continuité de son implication auprès de l’enfant apparaissent de moindre qualité. Le profil psychologique actuel du sujet peut interférer avec sa capacité de répondre adéquatement aux besoins de l’enfant surtout en ce qui a trait à la compréhension des besoins affectifs de son enfant surtout en ce qui a trait à la compréhension des besoins affectifs de son enfant. Monsieur semble démontrer peu d’autocritique face à son comportement et face à ses attitudes. Il devra démontrer plus d’autocritique et une motivation à se réajuster le cas échéant. De plus, le degré de conflit avec Madame place cette enfant dans une position de vulnérabilité qui semble d’ores et déjà lui être préjudiciable.

HISTOIRE RELATIONNELLE ET DÉVELOPPEMENT PSYCHOLOGIQUE DE Madame Lorette
Données d’entrevue et impressions cliniques
Madame Lorette est âgée de quarante-six (46) ans. Les parents de Madame sont décédés à tour de rôle, au terme de trente-cinq (35) ans de vie commune. Madame a un frère aĝé de quarante-cinq (45) ans qui exerce le métier de mécanicien, ainsi qu’une sœur âgée de soixante-dix (70) ans, professeure à la retraite. Le frère et la sœur de Madame sont célibataires. Aux dires de Madame, ses parents semblaient avoir une relation harmonieuse.

Madame rapporte qu’elle s’entendait bien avec ses parents, mise à part la période de l’adolescence où Madame a voulu « voler de ses propres ailes ». Concernant la discipline imposée à la maison, Madame dira : « Il n’y avait pas beaucoup de dialogue, il fallait écouter et c’était OK ». Madame dira qu’avec du recul, la bonne façon serait de « faire comprendre pourquoi il faut faire telle chose au lieu d’une autre ».
Madame n’occupe pas d’emploi actuellement. Par le passé, elle avait occupé le poste d’empaqueteuse de biscuits, de gardienne, de journalière-caissière dans une boulangerie, ainsi que celui de cuisinière et préposée au service médical à la résidence-Joelle. Aujourd’hui, Madame dira avoir pour passe-temps la cuisine, la marche ainsi que la lecture. Elle aime les jeux de société, jouer aux cartes, et aller au parc assister à des parties de soccer. Elle a le désir de suivre des études en cuisine afin d’obtenir un diplôme de cuisine d’établissement. Elle désire aussi compléter ses études secondaires.

Madame dira avoir toujours aimé fréquenter l’école. Cependant, à l’étape des deuxième ou troisième secondaires, Madame dira avoir considéré l’école comme une perte de temps et avoir préféré intégrer le marché du travail. Elle mentionne avoir aussi toujours aimé travailler. Elle dira : « J’ai toujours eu envie d’aller travailler à chaque matin », ajoutant : « Quoique je fasse, je m’investis à fond et j’aime ça ». Madame se dira désireuse de suivre des cours de cuisine afin de se trouver un bon emploi dans ce domaine.
Sur ses fréquentations actuelles, Madame nous dira avoir des amies qui lui font un grand bien et qui la comprennent sans la juger.
Concernant ses relations affectives, Madame n’aurait pas eu d’autre union significative avant ses années de vie conjugale avec Monsieur Renaud. Elle nous dira avoir entretenu plutôt des relations ponctuelles.

Madame Lorette et Monsieur Renaud auraient débuté leur relation alors qu’ils étaient respectivement âgés de seize (16) et de dix-huit (18) ans. De leur union est né un premier enfant, aujourd’hui âgé de vingt et un ans (21). Une deuxième enfant naquit plusieurs années plus tard, aujourd’hui âgée de onze (11) ans. Madame nous dira que cette grossesse était non planifiée, et que Monsieur ne la désirait pas.

Il semble que dès les premières années de leur vie commune, Madame ait craint son conjoint qui se serait rapidement comporté, selon elle, comme « un homme violent, manipulateur, jaloux, qui l’accusait injustement, lui interdisait de sortir, la surveillait constamment, la suivait… ».

Par ailleurs, Madame nous dira que pendant seize (16) ans, elle apportait le petit-déjeuner au lit à son conjoint tous les matins. Elle dira : « J’étais dans ma bulle, j’étais heureuse comme ça… ».

Elle nous confie que son conjoint l’accusait souvent de le tromper avec son frère. Elle attribue cette interprétation de Monsieur au fait que la mère de celui-ci aurait par le passé commis les gestes qu’il lui reprochait, en spécifiant qu’il faisait là « un genre de projection ». Madame nous dira que durant toute leur vie commune, son ex-conjoint lui faisait des reproches, voire des menaces et du harcèlement parce qu’il lui reprochait qu’elle « couchait avec des garçons avant de le connaître ». elle ajoutera « ne pas comprendre pourquoi elle a enduré tout ça… ».

Madame explique les circonstances ayant mené à la séparation comme suit : une altercation serait survenue entre Madame et son fils Roger relativement à la consommation de marijuana de celui-ci. Madame nous dira que le père et le fils s’y adonnaient ensemble et qu’ils étaient très complices sur cette question. À ce propos, Madame raconte que son ex-conjoint se serait approprié de leur fils lors de la mort de son frère. À cette époque, il semble que Monsieur fumait de sept (7) à huit (8) joints par jour et avait pris Roger sous son aile. C’est à ce moment qu’ils auraient commencé à consommer ensemble.

Lors de l’incident du premier décembre, - Madame avait pris la décision de sortir les sacs de « pot » de la maison – Roger serait devenu très violent envers sa mère, ce qui l’aurait amenée à craindre pour sa sécurité. Madame nous dira : « il a pris son camion, m’a regardée avec des yeux de démon et a foncé sur moi…Il était devenu fou ». Madame aurait alors fait appel à la police, craignant que son fils ne mette à exécution les menaces qu’il venait de lui proférer, à savoir : « Souhaite que je crève avant toi, je vais t’en faire arracher toute ta vie… »

Le lendemain matin, il y aurait eu une autre altercation cette fois avec Monsieur Renaud qui aurait traité Madame de « putain » et de « salope ». C’est suite à cela que celle-ci aurait décidé de quitter le domicile familial pour se faire héberger dans un centre pour femmes en difficultés, avec sa fille Josette. Elle serait retournée à son domicile chercher leurs effets personnels accompagnée de la police.

Au cours du mois de mars, une entente serait intervenue entre elle et Monsieur Renaud afin que la mère et la fille puissent bénéficier du domicile familial les soirs et fins de semaine en l’absence de Monsieur. Madame raconte que son fils Roger demeurait à la maison, bien que les contacts aient été froids, ils demeureraient néanmoins corrects. Le jeune homme semblait passer beaucoup de temps au téléphone avec son père ou demeurait couché dans la chambre de Josette. Madame dira qu’elle avait depuis longtemps constaté que le père et le fils étaient « de connivence ». Elle mentionne que son fils lui aurait dit un jour : « Papa m’a tout conté sur sa vie…C’est normal que je prenne pour papa ». Elle ajoute : « Mon fils est violent physiquement et verbalement….Il a une colère contre moi…Il partait avec son père physiquement et verbalement…Il a une colère contre moi….Il partait avec son père et revenait enragé… ». Elle raconte qu’il lui aurait déjà « mis le poing sur le cou ».

Madame raconte que l’année avant son départ de la maison elle aurait suivi une thérapie au C.L.S.C. « pour savoir si elle était correcte ». Il semble qu’à cette époque son conjoint lui disait fréquemment : « Qu’est-ce que tu attends pour foutre le camp? ». Concernant leur enfant Josette, Madame explique qu’elle ne s’oppose pas à ce que Monsieur reprenne les contacts avec sa fille mais que celle-ci est terrorisée à l’idée de revoir son père. Madame se dit inquiète de l’attitude de sa file à l’endroit de son père. Il arrive à l’enfant d’être malade (vomissement, maux de tête, forte anxiété) lorsqu’il est question d’éventuelles rencontres avec son père. En entrevue, Madame nous dira que Josette avait toujours été malade, qui vomissait facilement.
Depuis la séparation, Madame dira qu’il est arrivé à Josette de se cacher dans le fond de la voiture pour éviter de voir son père. Madame avait constaté pour sa part que Monsieur avait toujours été un peu froid à l’égard de l’enfant et qu’il ne s’avançait pas beaucoup vers elle. Madame nous mentionne. « C’était la première fois, qu’il s’avançait pour embrasser Josette ». Madame nous relate que quelque temps après la séparation, le père et le fils se seraient rendus à l’école pour rencontrer Josette. Selon le récit de Madame, Monsieur aurait alors tiré l’enfant par le bras pour qu’elle entre de force dans le camion. Elle relate aussi une autre occasion où l’enfant avait été voir son frère au domicile familial et se serait « dépêchée » de revenir avant le retour du père à la maison, de peur d’avoir à le rencontrer.

Sur sa situation actuelle, Madame dira passer aujourd’hui beaucoup de temps avec sa fille qu’elle « adore », et fréquenter son frère, sa sœur et des amis qui lui apportent beaucoup de réconfort, de compréhension et d’entraide.

Madame décrit Josette comme une enfant « fine et très responsable, respectueuse et honnête, qui n’a besoin d’aucun soin particulier sinon de recevoir de l’amour sincère. L’enfant aime s’amuser aux jeux de Nintendo, aux jeux de société en général, elle aime la lecture, et aime se poster devant la télévision. Elle aime aussi pratiquer les sports tels que le soccer, le badminton, et aime jouer au ballon.

Josette n’aurait aucun problème de comportement particulier. Madame perçoit sa fille comme une enfant « qui a une bonne assurance et qui a confiance en elle, « côtés de sa personnalité que l’enfant développe davantage » depuis que Madame et son ex-conjoint sont séparés, dira-t-elle. Elle ajoute qu’il s’agit d’une enfant « fière, gentille, généreuse, joyeuse. Elle dénote chez elle une grande sensibilité et se dit convaincue que sa propre relation avec son ex-conjoint a une influence néfaste sur sa fille, « elle aussi ayant vécu ce pattern », faisant référence au conflit familial.

Concernant la discipline que Madame exerce sur l’enfant, Madame nous dira : « Je n’ai pas besoin d’imposer une discipline à Josette; elle est facile. Sauf pour ses leçons et ses devoirs, il faut que je pousse sans arrêt pour qu’elle finisse ses travaux à temps ».

Interrogée sur ce qu’elle croit posséder comme forces en tant que parent, Madame nous répond qu’elle a confiance en elle-même, et qu’elle enseigne à l’enfant à reconnaître ses propres capacités. Concernant ses faiblesses en tant que parent, Madame se décrira comme étant « couveuse », car, dit-elle, elle souhaite qu’il n’arrive rien de mal à ses enfants. Elle dit tenter de plus en plus laisser à l’enfant « ce qui lui appartient parce que cela la responsabilise ». Questionnée sur les forces et les faiblesses de l’autre parent, Madame dira simplement qu’elle ne veut pas répondre à cette question. À notre question à savoir ce qu’elle croit que son ex-conjoint pourrait dire à son sujet qui pourrait nuire à son image de parent, Madame dira être persuadée que Monsieur veut démontrer qu’elle n’est pas « une bonne mère et ce, par n’importe quel moyen ».

Les activités habituelles de Madame avec sa fille ont trait principalement aux leçons et aux devoirs auxquels Madame dit participer activement. Madame considère qu’il est bon que les parents aident leurs enfants dans leurs travaux scolaires. Ainsi, lorsque par exemple Josette a une recherche à faire et a besoin de documentation, elle l’accompagne à la bibliothèque ou se rend chez une amie qui a accès à l’internet. Si l’enfant ne comprend pas quelque chose, ou encore que celle-ci a des mots à mémoriser, elle l’accompagne dans ce processus.

Madame entrevoit très bien son avenir avec sa fille, et, dans l’éventualité où elle obtiendrait la garde exclusive de celle-ci, la vie ne serait pas différente d’aujourd’hui, dit-elle. Elle assumerait la responsabilité de sa fille durant la journée, ou si Madame travaille, elle la confierait alors à une amie ou une gardienne. Le soir, c’est Madame qui s’en occuperait.

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