lundi 19 décembre 2011

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 18e partie

DÉTRESSE DES HOMMES - RÊVES POST-TRAUMATIQUES

Monsieur X, plus âgé, vivant en France depuis plus de dix ans, consultait régulièrement pour une tristesse profonde, associée à une grande fatigue. Il était depuis un an en arrêt de travail, et n’envisageait plus de reprendre une quelconque acitvité professionnelle, tant il se sentait faible. Au Vietnam, il habitait Hanoi et enseignait le français dans un lycée : marié et père de six enfants dont trois filles et trois garçons, il vécût heureux jusqu’à l’arrivée des Viet Cong. Dès les premiers mois du nouveau régime, la famille fût séparée et déportée, et Monsieur X, ne devait plus jamais revoir ses fils et sa femme. Il ne doit d’avoir survécu qu’à sa force personnelle, et grâce à l’aide de certains villageois qui, à plusieurs reprises le protègerent contre la barbarie des Viet Cong. Depuis son arrivée au Canada, il reste hanté par ses souvenirs, et rêve régulièrement de ses enfants, et il revit intensément les moments d’une déchirante séparation. D’autres cauchemars l’agitent souvent - c’est le terme qu’il emploie - au cours desquels il “revit” les scènes de violences auxquelles il assista comme témoin impuissant. Jamais, dit-il, il n’a rêvé de sa femme, et pourtant, “elle est revenue” plusieurs fois pendant qu’il dormait, cherchant à l’étranger pour l’emmener avec lui. Il décrivît ces expériences avec une intense émotion, allant même jusqu’à nous mimer l’étranglement qu’il avait ressenti et maglré sa parfaite connaissance du français, il ne trouvait pas les mots pour désigner ce phénomène. Cependant, il distinguait fort bien cette expérience des cauchemars précédents; en effet, il s’agissait pour lui d’une tout autre expérience, car il ne dormait pas, ni rêvait, mais participait à une réalité dont le vocabulaire français était inapte à rendre compte. Certes, un clinicien pourrait y voir l’effet d’une hallucination, ou d’un cauchemar, et compatible avec le diagnostic de névrose traumatique : mais il nous semble que la compréhension d’un tel phénomène ne se réduit pas à sa seule traduction et langage psychiatrique. En effet, il lui arrivait de voir ses fils lors de ses rêves, parfois même il recherchera le concours d’un devin pour les interpréter, mais jamais il ne considéra qu’il puisse s’agir de la visites des esprits de ses défunts enfants: il est vrai qu’il refusait d’admettre qu’ils puissent être morts, supposant qu’un d’entre eux au moins était toujours vivant. Par contre, il était convaincu de la mort de sa femme, et cela lui avait été encore confirmé récemment. Il ne s’agit pas, à ce stade de l’étude, de conclure que seuls les esprits de parents ou de proches, dont on est certain de la mort, reviennent chez les traumatisés, mais il conviendrait plutôt de s’interroger sur les raisons et les conditions qui aboutissent au fait que dans certains cas on puisse parler de mauvais rêves, et que dans l’autres, apparemment similaires pour le clinicien, il soit question d’une rencontre avec un esprit de malemort.

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