mardi 17 janvier 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 30e partie


LE MALAISE DE L'HOMME EN DÉTRESSE


Un individu normalement équilibré  ne se laissera pas dominé et diminué par un problème psychologique.
Il en prendra un parti raisonnable et bien décidé à vivre avec sans malaise.  Sa vanité,  qui n'est pas du narcissisme,  fera l'effort nécessaire de dominer toute réaction pénible  pour apporter une compensation et transformera ce désavantage en avantage.  
                  
L’homme en détresse se découvrira précisément dans cette même circonstance: le sujet loin de dissimuler sa déficience, l'exhibera comme un trophée, tirant de cette humiliation publique, une jouissance morbide et secrète.  Il essaiera de tirer des avantages de cette déficience,  avantages matériels ou sociaux, mais de toute façon, les bénéfices seront toujours accompagnés de l'humiliation de n'être pas  comme les autres et de le montrer sans cesse.
                  
C'est un moyen de provoquer les autres,  de leur démontrer inconsciemment l'injustice dont il est l'objet et dont il sera l'objet continuellement.  Il est cependant réel que ces mêmes sujets, à qui on offre parfois la possibilité de faire disparaitre leur inconfort, le refuse par sentiment d’humiliation.
                   
L'orgueil de l’homme en détresse n'est pas un vilain mot. Il existe, il est réel.  Quand l’homme en détresse refuse par exemple de se présenter devant un groupe, c'est bien parce qu'il a peur de ce groupe, peur de ne pas être à la hauteur des circonstances, même si les capacités réelles prouvent  qu'il peut souvent être bien au dessus, de la moyenne. Donc, il refuse tout net, par crainte.  Si on lui explique qu'il n'a aucune raison de craindre, il le prendra très bien  mais continuera de refuser. Et cette fois-ci par orgueil. Orgueil de ne pas se sentir pleinement en possession de ses moyens  devant les autres. Orgueil de ne pas être en mesure de démontrer la valeur réelle de sa personnalité.
                    
Cette réaction du névrosé  n'a pas toujours été prise en considération; on voyait surtout le côté négatif des conflits névrotiques et peu ce sentiment de réhabilitation personnelle que beaucoup de névrosés essayent de s'imposer pour ne pas sombrer davantage.    
                    
Or, l’homme en détresse n'échappe pas à cette règle  car on constate souvent, à coté de son attitude d'humilié, une certaine arrogance qu'il ne dissimule pas toujours.  Quand il recherche un plaisir  dans l'insuccès, c'est non seulement un plaisir morbide mais une espèce de compensation à ses propres yeux.  Au point que lorsqu'il exhibe une déficience physique  jusqu'à s'en faire une supériorité,  il peut devenir très arrogant pour son entourage.  Il est celui qui a souffert,  qui s'est sacrifié à l'extrème, il est donc celui pour qui on doit avoir la plus grande considération.
                    
L’homme en détresse n'échappe pas à l'attrait de l'idéal du Moi inaccessible.  C'est à dire que, comme beaucoup de névrosés,   il s'impose de telles exigences morales, sociales, culturelles.....  qu'il est impossible de les satisfaire vraiment. D'une part il s'impose un idéal disproportionné aux réalités, précisément parce qu'il vit presque que continuellement  hors des réalités; d'autre part, il rend cet idéal quasi  inaccessible pour avoir le plaisir d'échouer, sans en avoir eu extérieurement le désir et pour se complaire dans des sentiments d'infériorité.  Cette attitude n'est pas unique  elle est névrotique et se retrouve chez d'autres sujets  dont les sentiments d'infériorité et de culpabilité sont probants.
                    
Le névrosé voit alors, après maintes expériences  que son ambition n'est jamais contenté.  Aux yeux de son entourage, il est celui qui multiplie les efforts  mais qui n'est pas récompensé.  A ses propres yeux, il compare son Moi réel et intime avec l'idéal qu'il a échafaudé depuis toujours sans jamais l'atteindre.  Il voit ses faiblesses, ses défauts, sa stagnation. Il se déçoit et tire un plaisir de cette déception  puisqu'il a essayé, aux yeux de tous y compris lui même, de s'élever vers un idéal très noble.  Si un tiers avait quelque perspicacité, il lui rendrait le plus grand service en lui expliquant la situation véritable; il a choisi un idéal trop grand pour le commun des mortels  et surtout pour de premières ambitions. Il l'a choisi précisément avec le désir inconscient de ne jamais être en mesure de l'atteindre vraiment.

0 Comments: