vendredi 27 janvier 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 35e partie


SOUFFRANCE

L’homme en détresse peut s’irriter se troubler d’une boutade faite à son voisin comme si c’était à lui qu’on s’adressait.  Tout incident, dès qu’il affecte sa santé ou ses habitudes, qu’il menace son confort ou son droit à l’estime, prend les proportions d’une catastrophe, contre laquelle toutes les forces vives doivent être mobilisées d’urgence. Mais plus un incident est futile, plus grand est son pouvoir de déchaîner l’irritation.  Un retard concernant l’heure du repas, un léger manquement d’égard, suffisent à déterminer de violentes manifestations de colère.
Au contraire, des épreuves rudes, la mort d’un parent ou d’un ami, une perte d’argent.....ne le laissent pas désemparé, il réussit à rester stoïque, ferme.  C’est ici qu’un besoin inconscient de punition trouve l’occasion d’être satisfait.  On ne verra jamais un névrosé parfaitement à son aise dans la joie et l’abondance, tandis qu’il sera capable de guérir rapidement d’une maladie si un malheur réel entre dans sa maison. Le sujet en détresse dont l’émotivité est intense ne réagira pas toujours sur le champ.  Sa sensibilité est une masse trop lourde pour s’ébranler en un éclair, mais, une fois lancée, elle développe une puissance irrésistible et ne s’arrête plus quand elle est excitée. Dans les profondeurs de la conscience et de l’inconscient, un retour de souvenirs qui s’associent, une cascade de résonnances multiples et diverses, qui parfois réclament une certaine vengeance.
Puisque le sujet en détresse retarde parfois à répondre à un incident qui le touche, on peut dire qu’il est vraiment un refoulé.  L’homme en détresse tient à exhiber ses ennuis et sa souffrance morale ou physique, mais il se fait un mérite de cette souffrance.  Elle est un moyen pour lui, non seulement de capter l’attention d’autrui mais de s’opposer à son milieu, à tout ce qui ne convient pas à sa personnalité névrosée.  Sans la présence et l’attention et le dévouement des autres, ce phénomène “souffrance” perd beaucouop de son intérêt et de son plaisir.  Si ceux qui ont l’habitude d’entourer l’homme en détresse ne semble plus aussi captivés et émus par ses plaintes et ses malchances, celui-là s’irrite facilement et facilement discrimine toute la société, qui ne connaît même plus de pitié envers les déshérités.  Ceux chez qui le facteur santé a toujours été un objectif de premier ordre depuis l’enfance, s’acharneront à tirer le maximum de plaisir d’une santé pseudo débilitante qui tiendra toujours à son chevet plusieurs spectateurs.  Le jour où ce spectacle devient lassant, parce que trop souvent répété, l’homme en détresse trop intelligent pour ne pas s’en rendre compte, donnera une forme nouvelle à sa fantaisie et attirera de nouveau son monde.  La démonstration de sa souffrance fait partie de la vie quotidienne de l’homme en détresse, c’est sa façon d’être présent au monde, sa raison d’exister, ce lien qui le retient avec autrui, un sens social déformé, dénaturé puisqu’il met en valeur sa seule petite personne.  Quand l’éducation familiale a mis un certain accent sur le comportement du résigné, même à un âge où la résignation est contraire ou développement psychologique de l’enfant, on retrouve chez ce même sujet devenu adulte, un mélange du désir de cacher et de montrer manifestement qu’il peut souffrir en silence.  Il s’arrange pour que cette souffrance arrive à se faire une publicité.

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