mardi 31 janvier 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 37e partie


PERTURBATIONS
L’homme en détresse, à côté de ses grandes perturbations morales des traumatismes, des intoxications, etc. il y lieu de place, la misère, la misère avec toutes ses duretés, toutes ses cruautés.
En face des situations désagréables qu’il a d’ailleurs savamment tissées, depuis toujours, sa joie de souffrir, de subir la dureté de son destin est très concrète et très caractéristique.  Il savoure sa mauvaise fortune comme d’autres leur réussite et leur bonheur.
Il a même, en sa faveur, l’art de se faire...des ennemis. Il provoque autrui, et savamment, en excitant l’envie, la jalousie, la colère, l’agressivité, la honte.  Il a l’art de créer les discordances, de provoquer un malaise avec ses proches, au point qu’on ne désire qu’un chose: espacer de plus en plus les contacts avec lui et même les rompre.  L’amateur de souffrance et d’insuccès qu’est l’homme en détresse provoque sans cesse son entourage pour vivre dans une atmosphère punitive, pour vivre par la punition et pour la punition.  La provocation fait partie de la technique de l’homme en détresse; son but est bien de provoquer une certaine conduite, une certaine réaction de la part d’autrui.  Il n’attend pas que le hasard lui apporte un destin douteux, comme tous ceux qui ont vraiment trop de malchances.  Ce moyen provocateur a un caractère actif bien spécial, le sujet y met une bonne partie de son agressivité.  Cette provocation est d’une grande importance dans toute la vie quotidienne et affective de l’homme en détresse.
Tout être humain normal a tendance à chercher un plaisir dans sa vie quotidienne et à éviter le malaise et la souffrance.  L’homme en détresse semble avoir la tendance contraire, du moins selon les apparences extérieures, et même à éviter le plaisir pour rechercher la souffrance .  La vérité n’est pas aussi simple puisqu’il recherche la souffrance pour extraire un plaisir de cette souffrance.  Il a donc la tendance au plaisir, comme n’importe quel  autre sujet, mais il veut une satisfaction par des moyens détournés.
L’homme en détresse est dominé par son imagination qui nourrit une fantaisie capable durant de longues années de provoquer une forte excitation masochiste.  Excitation de la souffrance provoquant ou se substituant à une excitation sexuelle.  Ce n’est plus le plaisir qui s’accompagne d’une angoisse, c’est l’angoisse qui provoque le plaisir.
Une osmose de plaisir et de l’angoisse qu’on retrouve dans beaucoup de cas de névrotiques.  La névrose ne se reconnaît le droit au plaisir que s’il le paie auparavant d’une certaine somme de souffrance engendre elle-même le plaisir.  La fantaisie de l’homme en détresse qui provoque son psychisme peut revêtir différents modes d’expression.  Il y a des hommes en détresse qui s’imaginent être la cible quotidienne des moqueries, qui ont besoin de cette obsession pour éprouver une jouissance de la souffrance, dont ils ne peuvent se passer.
Il y a même des mots-clés, comme des couleurs ou des faits bien déterminés qui provoquent l’homme en détresse, et cela pendant des années.  Car la même fantaisie masochiste peut posséder des années durant la même qualité stimulante.  Le matériel imaginé est capable d’être détaillé et amplifié. Il peut être une histoire et amener sur la scène imaginaire des personnages obligatoirement destinés à souffrir. Il peut être nourri par des lectures, conversations, expériences, souvenirs filtrés de pièces théâtrales, films, peintures.
Face à la séparation conjugale, l’homme en détresse est dépossédé de sa parentalité.  Il n’a plus le contrôle, il ne domine plus, alors il fuit.  Or, la parentalité est faite de partage, d’engagement, de coopération et d’empathie.
Le premier choc, celui qui déclenche le processus de rupture, surviendrait à l’annonce de la séparation, demandée deux fois sur trois par la femme.  “une claque en pleine face” qui occasionne presque toujours une dépression nerveuse chez d’aucuns.  Ce qui leur fait le plus mal, ce n’est pas d’avoir perdu la mère, mais la fille, et toute la vie de famille qui vient avec elle.
La décision de la femme de rompre s’inscrit dans un processus très long, douloureux. Mais une fois qu’elle est prise, il n’y a pas de retour possible.  Souvent l’homme tombe des nues, car il n’a pas perçu les signes de détresse, de désespoir.  Il n’a pas écouté.  Il savait que les choses allaient mal, mais il n’envisageait pas la rupture comme une issue.  Quand elle survient, il se perçoit comme une victime.

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