jeudi 2 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 38e partie


SUICIDE
L’homme en détresse peut-être n’importe qui, l’on s’en souvient du thérapeute et humaniste Bruno Bettelheim qui s’est suicidé en ingurgitant des barbituriques et en recouvrant sa tête d’un sac de plastique retenu par des élastiques (c’était le 13 mars 1990).
Auteur de livres célèbres sur l’éducation et directeur de l’École orthogénique de Chicago, il avait passé la majeure partie de sa vie à aider les enfants perturbés et autistiques tout en luttant contre sa nature dépressive et des images du passé qui le taraudaient constamment.
Quelques mois après sa mort, certains de ses collègues ainsi que d’anciens pensionnaires de l’École remettaient en cause ses méthodes de travail dites “brutales” ainsi que la validité de ses diplômes et de ses écrits.
Celui qui avait un jour confié à un intime : “il y a dans mon passé un obscur secret qui, s’il venait à être connu, détruirait l’École”, n’a certainement pas quitté ce monde la conscience tranquille.
Pourquoi et comment ce juif Viennois devenu un homme d’affaires prospère avant d’être enfermé dans les camps Dachau et de Buchenwald arriva-t-il à immigrer aux États-Unis et à devenir une figure de proue de la psychiatrie infantile et un pionnier de la psychanalyse?
Après une minutieuse enquête qui dura plus de cinq ans, la journaliste Nina Sutton révèle les motivations et les aspects cachés de la vie de Bettelheim à travers une excellente biographie qui relate son incroyable destinée.
Fourmillant de détails et d’informations sur l’homme et son siècle, cet imposant travail de recherche s’articule autour des “deux vies” de Bruno Bettelheim : son enfance et ses années de formation à Vienne, puis son exil américain et son travail de psychanalyste.
Un prologue met en scène “l’affaire”, soit les accusations portées contre lui après sa mort et un long épilogue fait le point sur ses relations avec sa deuxième femme et ses trois enfants ainsi que sur les années sombres de sa retraite.
Sa biographie replace également dans leur contexte les livres et les articles (sur l’Holocauste, notamment) rédigés par le Docteur Bettelheim tout au long de sa vie.
Au-delà du travail et des écrits de l’intellectuel charmeur et cruel qui en imposait à tous, le lecteur découvre un être complexe aux multiples failles.  Il aurait été ainsi profondément perturbé par la mort indigne et longtemps attendue de son père syphilitique et par l’affliction de sa mère devant sa laideur physique. “Dieu merci, c’est un garçon!” aurait-elle dit en le voyant.
C’est durant son séjour d’un an dans les camps de concentration qu’il a décelé “la valeur de la vie psychique”  la force de l’inconscient qui peut aider un individu à survivre dans les pires conditions.
“Maintenant que tout cela et heureusement derrière moi depuis quinze ans, je peux l’avouer: l’année que j’ai passée en camps de concentration m’a fait du bien”, écrivait-il à une amie.
Disons plutôt que ses observations sur les prisonniers, les nazis et sur lui-même - “la peur, l’angoisse et l’humiliation permanentes” ont transformé le commerçant et docteur en philosophie Bruno Bettelheim, psychanalyste.




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