mercredi 22 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 45e partie


TOUT ME TORTURE

L’homme en détresse doit saisir l’aspect nécessairement conflictuel de l’être humain
avec l’environnement. Il doit y apercevoir une interaction dialectique. L’homme se
développe grâce aux contradictions qui surgissent en lui, et entre lui et l’environnement.
Les rythmes des mouvements qui surviennent entre les différentes dimensions de l’être
et son environnement sont rarement synchronisés; ce manque de concordance
provoque un déséquilibre que nous appelons crise, conflit ou maladie. On doit s’efforcer
de découvrir de nouvelles stratégies, de fournir des réponses créatives qui apportent
l’équilibre désiré. Mais ce plateau d’équilibre, sitôt acquis, appelle de nouvelles
questions qui provoquent un nouveau conflit. Nous retrouvons dans cette vue
dialectique du changement ce même mouvement cyclique qui, de pire en pire, nous
mène et nous ramène de phases de conflit en phases de repos, phases semblables et
cependant toujours neuves puisque ayant bénéficié de la croissance des phases
précédentes. Pour parodier l’autre “ce qui est contraire est utile et c’est de ce qui est en
lutte que naît la plus belle harmonie; tout se fait par discordance.”
Il insistait sur le mouvement dialectique des forces contraires qui s’exercent dans
l’univers et à l’intérieur de l’ëtre. Les forces opposées s’éloignent et se rapprochent tour
à tour pour finalement s’unir car on peut percevoir les opposés comme compatibles. Le
changement s’effectue avec ses répétitions qui oscillent régulièrement de chaos en
harmonie.

Nous avons au cours des siècles, perdu cette vision cyclique du changement pour
acquérir une vision linéaire, causale et fragmentaire du mouvement de la vie. Certains
auteurs perçoivent donc comme fondamentalement indispensable toute forme de conflit
sans lequel aucun changement ne pourrait s’effectuer. Jung refuse la dichotomie que
nous avons l’habitude d’établir entre bien et mal, entre tous les pôles contraires. Il base
en grande partie son oeuvre sur l’intégration du mal dans son aspect paradoxal. Par
mal, il voit tout ce qui nous torture, tout ce que avec quoi nous nous torturons, c’est-à-
dire nos conflits, nos maladies, nos contradictions, notre part de folie. Il affirme que si
nous ne succombons pas au moins en partie, à la tentation du mal, “il ne peut y avoir ni
renouvellement, ni guérison” Il nous invite donc à intégrer ce mal pour découvrir son
côté salutaire.

Les tendances contraires s’affrontent lorsqu’on nie leur complémentarité. Leur synthèse
s’accomplit quand nous accueillons les événements en étant attentifs à leur
synchronicité. Rien n’est l’effet du hasard, écrit Jung (1930). Tous les événements de
notre vie sont intérdépendants (Riegel 1976) considère que le manque de
synchronisation dans les différentes zones d’activité d’un être humain avec son
environnement génère le conflit, par là même, permet d’introduire des réarrangements
constructifs.

Jung (1930) va plus loin : si nous cessons, écrit-il, de lutter contre les événements qui
surviennent, si nous cessons de nous interroger sur leur causalité, si nous les
accueillons nous percevons soudain que les faits s’articulent selon nos besoins
profonds. Ils deviennent des messages et sont significatifs pour notre évolution. Nos

découvrons que notre vie a un sens, et alors, des solutions créatives se pressent
soudain à notre conscience.

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