lundi 27 février 2012

LA DÉTRESSE DES HOMMES - 48e partie


RELATION THÉRAPEUTIQUE
Grondin souligne le fait que dans tout processus thérapeutique quel qu’il soit, un changement s’opère presque toujours dans le contexte d’une relation personnelle et chaleureuse lorsque la personne médite seule sur ses expériences, affirme Grondin, il ne survient que rarement des changements majeurs.
La présence d’un témoin attentif nous rend confiants dans l’environnement et donc ouvert à la communication.  Hillman (!972) élargit cette perspective en soutenant que la thérapie est un acte d’amour.  Si le thérapeute consent à devenir partenaire dans l’échange, la relation s’établit sur une base de complicité dans laquelle chacun trouve matière à transformation.  Dans cette dimension, Hillman rejoint l’extrapolation de Lock Land lorsque ce dernier transpose  l’étape supérieure de croissance au domaine de la thérapie : le client, écrit Lock Land (1973), ne s’ouvra à l’influence du thérapeute que si celui-ci se laisse lui-même atteindre.  Si le climat perçoit que le thérapeute se refuse à toute ouverture, il vit la preuve de son incapacité à grandir dans des voies de mutualité et risque de régresser vers des formes d’interaction élémentaires.  Il apparaît alors que la neutralité prônée par les techniques traditionnelles est en contradiction totale avec l’objectif visé : la transformation du client vers des formes de relations élaborées.
Le fait de partager déboulonne obligatoirement le thérapeute de son piédestal (Hillman 1972) minimise le transfert, procure au client un sain recul.  Ce dernier attend de l’autre accueil, amour, partage, mais ne le perçoit plus comme démiurge.  C’est lui (Lopez-Pedreza, 1977) au contraire, qui devient le démiurge de sa propre métamorphose. Il est conscient que, en prenant et donnant tour à tour, il agit comme agent de transformation et il trouve un sens à sa vie.
Ainsi, la vie est perpétuel changement, mouvement irrésistible vers la croissance de l’être.  Notre itinéraire de vie, loin d’être linéaire, évolue en spirale, d’interrogation en conflit, de conflit en résolution, de résolution en nouvelles interrogations.  La spirale est d’ailleurs symbole de ces cycles dans de nombreuses traditions.
Parce qu’elle possède la remarquable propriété de croître en gardant la permanence de sa forme (Durand, 1969) elle constitue l’image de l’équilibre dans le chaos.  Elle exprime la continuité de notre être à travers les rythmes perpétuels du changement intérieur, alors que la multiplicité de nos tendances contraires devient unité (Jung 1934).
Le langage Jungien décrit fidèlement cette progression spiralée: surviennent les premières interrogations, les premiers malaises dus au travail de l’inconscient; commence l’aveugle périple dans “l’ombre”, période dionysiaque, noire, chaotique, dans laquelle notre moi conscient est aux prises avec des forces qu’il ne peut définir et qui ne sont autres que lui-même.  Cette phase dépressive est cependant essentiellement féconde.  Car elle est gestation.
Parvenu au bas de la boucle spiralée, le cycle s’inverse, nous découvrons la complémentarité de nos forces contraires.  Dans la lumière et l’harmonie, nous vivons une période extatique et créative pendant laquelle nos conflits trouvent leur résolution.
Nous ordonnons notre vie avec le nouvel acquis de notre expérience.  Chargés de forces neuves, nous sommes alors prêts à affronter une autre plongée dans l’ombre; qui appellera une autre période de lumière.  À travers le périple, nous nous dépouillons peu à peu de fardeaux inutiles et nous approchons du centre de notre être.
Nous serons d’autant plus agents de changement que nous accueillerons de plein gré nos propres périodes d’ombre; nous saurons alors aider nos clients à percevoir l’aspect positif de leur maladie.  Nous pourrons leur communiquer, pour l’avoir vécu, que leur handicap, quel qu’il soit, peut être intégré et facteur de développement de richesses intérieures actuellement en friche.
À travers cette synthèse, nous pouvons affirmer que la maladie a une signification profonde dans tout itinéraire de vie.  Cette optique n’a rien à voir avec la sublimation ou une quelconque mystique; elle est tout simplement naturelle.  Le point de vue actuel sur la nocivité de la maladie peut être envisagé comme une perversion si l’on considère que la maladie est une tentative pour contrer la stagnation et par conséquent la mort “Bien et mal sont tout un” disait Héraclite.  Cette fonction insolite de la maladie fait partie du plan du vivant.
Selon le physicien Charon (1974) le vivant a deux projets; d’une part accroître l’ordre autour de lui.  Si nous acceptons le paradoxe que la maladie est une tentative d’ordre, par opposition à la stagnation qui est désordre, et que cette tentative d’ordre est propension à la mutualité, nous nous englobons dans une optique dynamique de l’être et de son environnement, où “la vie est mouvement, la vie est choix, la vie est conquête de la liberté.”

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