samedi 10 novembre 2012

LITTÉRATURE HAÏTIENNE - 29e partie


EDMOND LAFOREST (1876-1915)

SA VIE
E. Laforest est né à Jérémie le 20 juin 1876.  Il fait ses études sous la direction de son père, et devient dans la suite professeur des différentes écoles secondaires de sa ville natale.

Rentré à Port-au-Prince, il fut tour à tour Chef du Bureau à l’Administration des Finances, Chef de Division au Ministère de l’Intérieur, Inspecteur de l’Instruction Publique.

En 1915, après avoir vivement protesté contre la convention haïtiano-américaine dans le journal LA PATRIE, il collabore aux journaux et revues de l’époque particulièrement à la Ronde et à Haïti littéraire et Scientifique.  Il fonde et dirige avec le concours de Dantès Bellegarde Abel Léger, Haïti Littéraire et Scientifique. Il se donna la mort, en 1915 pour protester contre la signature haïtiano-américaine.

SON OEUVRE (prose) : À propos de culture Allemande Alibée Féry : sa vie, son oeuvre : l’oeuvre poétique d’Etzer Vilaire; l’oeuvre des poètes; la Dernière des Fées.

(poésie) : l’évolution (1901); poèmes mélancoliques (1901); Sonnets-Médaillons du XIX siècles (1909); Cendres et flammes (1912).

POÈME MÉLANCOLIQUES
Ce recueil est d’un poète qui veut ignorer les appels de son coeur. Edmond Laforest semble prendre une part très mince aux activités de notre monde.  Il s’enferme dans sa tour d’ivoire pour contempler le monde, il se veut alors stoïque et fier :

Oh! qu’il faut que souvent l’homme meurt en pleurant
Stoïque comme un chêne effeuillé triste et grand :

Ce qui ne l’empêche pas de composer de longues dissertations sur l’amour maternelle:

À la grise clairière, une silhouette fine
De lente jeune fille apparaît, se dessine
Légère comme sur sa tige un frêle épis
Sur le fond clair-obscur du grand bois assoupi

SONNETS MÉDAILLONS (1909)
“L’ambition du poète, inspirée en cela par les jiambes d’Auguste de Barbier est de traduire la pensée du 19ième siècle et d’en rendre la physionomie par les portraits des hommes illustres qui l’ont consacrée” (G.G)

Deux Haïtiens, Toussaint Louverture et Alexandre Pétion ont trouvé place dans cette galerie de portrait.  Le dernier sonnet est cependant consacré à Jésus.

SONNETS MÉDAILLONS est un parnassien qui cherche à exercer sa domination absolue et constante sur l’expression des idées et des sentiments”.

Le recueil aussi d’un chrétien qui croit plus en Dieu qu’en la science.

CENDRES ET FLAMMES (1912)
C’est le meilleur recueil d’Edmond Lafôrest.  Il s’y mêle poèmes parnassiens et symbolistes.  L’auteur a lu Verlaine et s’en souvient dans RÊVE GRIS.

Il pleut sur mon coeur, il pleut
Sur les parois gris sombre
Sur mon coeur sombre il pleut
Mes rêves vont dans l’ombre
Follement et sans feu....

Dans ce recueil, des poèmes comme RÊVE GRIS, RÊVE BLANC, BERCEUSE, LA ROSE BLANCHE sont des réussites.

L’ART DE LAFOREST
Il a été beaucoup plus parnassien que symboliste.  La forme de ses poèmes ne sont pas aussi bien travaillé que celle de Seymour Pradel.

Il a écrit des poèmes fins et délicats “Toutefois, il est rare de trouver chez lui un de ces vers charmants qui pénètrent l’âme et la font rêver.”

SEYMOUR PRADEL (1875-1943)

SA VIE
Seymour Pradel est né à Jacmel le 10 juillet 1875. Il fait ses études au Lycée Pétion et devint répétiteur à ce même établissement.

Il se lance dans la politique et faillit devenir Président de la République en 1930, après avoir été successivement Ministre de l’Intérieur et Sénateur. Il meurt en 1943.

SON OEUVRE
Son oeuvre comprend : a) des articles critiques b) des fantaisies, c) de nombreux vers; le tout publié dans les principaux revues et journaux de l’époque. Il signait souvent du pseudonyme de Jean Riprat ou Jean Ribien.

SON ART
Il est le poète parnassien par excellence.  Il applique la théorie de l’art pour l’art préconisé par Leconte de Lisle.  Il rejette “le coeur comme siège de l’inspiration poétique”:

Non ne cherche jamais, poète, à vouloir lire
Dans ce mystérieux livre du coeur humain....

Nulle part, on ne le surprend à confesser ses doutes, ses tristesse et sa passion.  D’ailleurs, il a horreur des “sanglots et des cris”.

“Pradel aime mieux se pencher sur tel poème, le ciseler, le polir, en faire un chef d’oeuvre de pareté et de style”:

Elles m’ont paru dans leur grâce pamée
Et dans l’alba splendeur de leurs corps sculptureux....
Leurs yeux, bijoux sertis dans le vivant Paros,
Avaient l’étrange éclat d’une antique camée....

Rien n’est plus beau à écouter que le ronron charmant de ces poèmes travaillés”.  On relit avec plaisir ses vers qui ne sont pas ceux d’un témoin, mais d’un artiste” (G. Gouraige)

Seymour a écrit pour le plaisir d’écrire. Il a travaillé, poli, cisélé ses poèmes et a atteint le beau, certes, mais une beauté qui participe aux recherches des écrivains décadents, coupés de leur milieu social.

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