lundi 19 novembre 2012

LITTÉRATURE HAÏTIENNE - 32e partie


MOUVEMENT INDIGÉNISTE

Pour Anthony G. Pierre, comme les grands théoriciens politiques haïtiens du XIXe siècle, le Dr Jean Chrysostome Dorsainvil s’est répandu en essais, articles, discours et dissertations pour défendre les valeurs haïtiennes et pour éviter à la nation les périls menaçant sa souveraineté.  Le Dr. J. C. Dorsainvil appartient à la brillante constellation des penseurs et écrivains haïtiens confirmés dans leur talent par le verdict des générations successives.  L’auteur des Bases Biologiques de la Pédagogie et de Vodou et Névrosé était un géant de l’intellectualité haïtienne, un maître à penser, préoccupé par la valorisation de la culture nationale et par l’intégration de celle-ci à la place qui lui convient.

Historien conscient des limites de la connaissance humaine et des richesses de l’histoire nationale, il a approfondi, à l’intention des clercs de sa génération et pour les chercheurs de l’avenir, les questions que pose au dialectitien la déontologie à l’usage de ceux qui font de la vérité et de l’objectivité les paramètres par excellence de l’objet historique.

Sociologue et ethnographe, il s’est penché sur la société haïtienne pour en dégager les tares, les préjugés et les complexes, afin d’arracher l’homme haïtien à l’abâtardissement et à l’engourdissement dans lesquels le maintenait un bovaysme écoeurant, fruit d’un éclectisme de pacotille et de la sotte pédanterie de nos élites asservies.

Philosophe et penseur, le Dr Dorsainville a entrepris une tentative réussie pour dégager les règles pratiques permettant à la communauté haïtienne, menacée de sombrer dans la décadence et la sclérose, de s’engager dans la voie de la civilisation, en prenant conscience des comportements et des fatalités inhérents au malaise dans lequel elle s’enlisait.

Là ne s’arrêtaient pas les brillantes qualités intellectuelles du penseur et la profonde technique du savant, dont l’effort de réflexion sur les problèmes de son milieu et sur les solutions à offrir à ses concitoyens constituait un ensemble de démarches utiles, susceptibles de conférer au peuple haïtien ce que Auguste Comte, dans une perspective positiviste, appelait “la présidence mentale de l’avenir”.

Comment s’étonner que la pensée large et profonde du Dr. J.C. Dorsainvil, diffusée à travers les pages d’ouvrages aussi divers que Vodou et Névrose, Vulgarisations Scientifiques, Problèmes de l’Enseignement et Bases Biologiques de la Pédagogie ait influencé des générations sucessives d’intellectuels au point que personne n’ait osé en contester ni la légitimité ni la fécondité?  Inutile de faire remarquer avec quel enthousiasme et empressement les clercs de la génération de l’Occupation, plus particulièrement ces indigénistes, philsophique et littéraire, avaient accueilli les leçons du maître dont la logique renforçait les méthodes les plus exigeantes dans le champ de la pensée haïtienne.

Dans les écrits sociologiques et historiques du Dr Dorsainvil, particulièrement Mémoire sur la Mentalité Haïtienne, La Civilisation Haïtienne et Notre Mentalité est-elle africaine ou gallo-latine?, le Dr François Duvalier avait trouvé une source si éloquente et si riche d’idées qu’il présenta ce travail d’historien comme une réfutation historique haïtienne au rang d’expérimentation.

C’est que l’enseignement du Dr Dorsainvil, par la noblesse qu’il apportait à la recherche scientifique haïtienne et par les voies qu’il traçait aux puînés, servait de guide et de conseil prodigués par le sociologue et par le philosophe concernés par la crise de l’objectivité dans le milieu intellectuel haïtien.  Volontiers, le Dr François Duvalier, s’était mis à l’école de cet artisan de la culture pour séparer l’Histoire de la propagande et pour faire de la connaissance du passé un répertoire de faits et d’événements dont l’analyse objective assurerait le triomphe de la raison sur l’utopie.

Il avait appris à la lumière des enseignements du Dr Dorsainvil à recenser dans leur diversité les civilisations humaines et à reconnaître la valeur réelle ainsi que la relativité attachées à la culture haÏtienne.  On ne peut donc s’étonner du résultat obtenu par le coauteur de problème des Classes à travers l’Histoire d’Haïti et par l’attention marquée du futur Président d’Haïti aux idées et concepts empruntés au géant de l’intellectualité haïtienne, idées qui avaient éminemment présidé à l’élaboration de la pensée du leader noiriste.  Comportement si naturel qu’il a permis au Dr François Duvalier d’enrichir sa connaissance idéologique de matières qui avaient profondément pénétré la mentalité intellectuelle de sa génération et largement contribué à poser les jalons de la grande commotion sociale de 1946.

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