mardi 25 décembre 2012

SUPERSTITIONS


Habiter au 13e étage, croiser un chat noir, passer sous une échelle, verser accidentellement du sel, trouver un fer à cheval, partir du pied gauche… Croyances d’hier et d’aujourd’hui, certaines superstitions ont la vie dure.

« Elles ne connaissent pas de limites, pas de frontières; elles s’imposent ou elles s’estompent selon les circonstances », nous précise l’écrivain et journaliste Bernard Beaudoin qui a signé chez De Vecchi la magie des superstitions, comprenant un lexique des superstitions les plus connues, leurs origines et leurs significations.
Ainsi, au chapitre des superstitions les plus connues, l’auteur nous démontre que certaines d’entre elles varient parfois d’un pays à l’autre alors que certaines autres auront par l’imagerie populaire été détournées de leur sens primitif, voyons voir!

Les esprits à tête de crocodile
Ce sont des initiés qui élaborèrent, plus 2000 ans avant Jésus Christ, une technique qui, croyait-on, permettait au défunt de diriger son existence posthume. Les textes reproduits ici sont donc de ces «  incantations », qu’on devait utiliser dans des buts précis, notamment pour : unir l’âme au corps, conduire une barque dans l’Au-delà, Être transformé en Prince des Dieux, ne pas subir le châtiment, repousser les esprits à tête de crocodile, etc. Intéressant, fascinant même, quoique…
Quoiqu’avant de m’aventurer dans ce genre d’incantations, j’aimerais bien auparavant m’enquérir un peu plus sur les grands principes mystiques de l’Égypte antique de l’époque des Pharaons.

Comment? Simplement en me tapant les quelques 300 pages de cette « brique », Magie et initiation en Égypte pharaonique (Dangles) de René Lachaud.
Ce spécialiste reconnu de cette riche période de l’histoire humaine ouvre ici toute grande la porte sur plein de mystères. De la géographie mystique aux neuf constituants de l’être du bien encore mystérieux entre magie et médecine égyptienne, de la poudre de momie à la symbolique du Temple aux trois grands corpus funéraires et, enfin, de l’envol du scarabée à la description initiatique dans la grande pyramide.

La « poudre de momie »
Oui, oui, je sais! Comme moi, vous êtes restés accrochés au terme poudre de momie. Eh bien, pour satisfaire notre curiosité (et la mienne) voici ce que vous en dévoile l’ouvrage :
Il s’agit d’un remède, formé à partir de corps de momies arrachés à leurs demeures d’éternité, qui fit fureur en Europe entre le XIe et le XVIIe siècle. On rapporte même que François 1er se soignait essentiellement avec cette poudre.

Car elle fut longtemps considérée comme une panacée. Voici d’ailleurs quelques unes des vertus qu’on lui attribuait : soulager les ecchymoses et les ulcères de la vessie, ouvrir l’appétit et combattre les fièvres les plus malignes.

On disait aussi de cette fameuse poudre de momie qu’elle était excellente pour les hommes défaillants et qu’elle pouvait même conférer à l’éternité. C’était en somme, l’eau de jouvence des alchimistes.

Voilà qui démontre bien la fascination qu’ont exercés, de tous temps, les fameux mystères d’Égypte. Desquels  René Lachaud a bien voulu nous livrer quelques uns des secrets :

Chat noir : contrairement à la croyance populaire, depuis toujours le fait de voir un chat noir aurait été un bon présage. Il est synonyme de chance, notamment si l’on fait immédiatement en le voyant un vœu.
Échelle : Il faut éviter de passer sous une échelle, cela porterait malheur. Exact! Quoique la majorité d’entre nous ignorons sûrement que cette superstition est basée sur le fait qu’une échelle, posée contre un mur, créerait un triangle magique. Et le pénétrer serait ni plus ni moins qu’une profanation

Trouver le fer et non le chercher

Fer à cheval : le fer à cheval est sensé attirer la chance « à condition qu’on le trouve et non pas qu’on cherche délibérément à s’en procurer un ».

L’auteur indique par ailleurs que la personne qui fait cette trouvaille doit jeter le fer dans son dos  tout en formulant un souhait. Mais l’histoire ne dit pas si l’on récupère ensuite le fer ou si on le laisse là… afin qu’il puisse porter chance à d’autres.

Miroir : En briser un équivaudrait à sept ans de malheur. Cette superstition prend sa source dans la croyance voulant que l’âme d’une personne pouvait se refléter dans un miroir. Casser le miroir pouvait donc signifier « faire voler l’âme en éclats, donc à engendrer le malheur pour des années ».

Pour tenter d’éviter le pire on conseille de ramasser les morceaux du miroir brisé puis d’aller les jeter dans la rivière. Afin que les flots emportent avec eux le malheur.
Parapluie : Ne jamais l’ouvrir dans un endroit couvert; ni à l’extérieur lorsqu’il fait beau. Superstition qui prend à sa source en Orient où l’ombrelle était jadis associée au soleil et à la royauté « et que nul ne pouvait impunément influer sur le devenir de l’un ou l’autre ».

Pied gauche : On sait que se lever du pied gauche est, depuis longtemps, considéré comme un présage négatif. Mais il y aurait un antidote nous indique Bernard Beaudoin : «Si cela arrive par inadvertance, il faut rapidement se signer trois fois, puis se recoucher immédiatement, avant de se relever, cette fois en posant le pied droit le premier sur le sol».

Deux grands classiques : le sel et le treize

Sel : Voici sans doute l’une des superstitions les plus répandues, qui consisterait à s’attirer le mauvais présage après avoir renversé le sel d’une salière. Mais là aussi, il y aurait une cure, bien connue celle-là : on conjure en effet le mauvais sort en jetant par-dessus son épaule quelques pincées du sel renversé!

Treize : Le plus tenace de tous, sans aucun doute. À tel point que de nombreux hôtels n’affichent pas de treizième étage tout comme la plupart des compagnies aériennes vont éviter ce chiffre pour désigner des vols.

Cette croyance remontrerait au dernier repas des apôtres et du Christ. « Cela explique qu’on évite toujours d’avoir treize convives à table… le premier des treize à se lever risquant de mourir avant la fin de l’année ».

Voici pour les « classiques »,  mais il y eu bien d’autres : les superstitions et la religion, les superstitions et les métiers, les superstitions et les rythmes du temps, les superstitions et les animaux. Décidemment, l’auteur a fait le tour complet. Ce qui l’aurait d’ailleurs amené à ce constat, à l’effet que l’existence des superstitions résulte d’un manque à combler, d’un besoin à remplir, des peurs que le monde génère en nous.

« Ne serait-il pas alors temps de ralentir, conclut-il, de nous arrêter de poser notre sac de voyageur impénitent pour prendre seulement le temps de regarder, d’écouter les autres, de produire des échanges réellement enrichissants avec nos semblables… ».

Socrate, Jésus, Bouddha que sait-on de leur existence, de leur personnalité, de leur pensée? Qu’est-ce qui les réunit? En quoi sont-ils actuels? S’interroge Frédéric Lenoir?
Parce qu’il a vécu en un temps lointain et dans une société où l’écriture était peu répandue, c’est du Bouddha que nous disposons le moins de traces historiques proches et fiables. (…) Les premières traces écrites datent d’à peu près deux siècles et demi après sa mort. Il ne s’agit pas de textes, mais de stèles royales : celles du roi Ashoka, qui a régné sur une grande partie du sous-continent indien entre environ 269 et 232 avant notre vie. D’abord souverain tyrannique, Ashoka s’est converti à la loi bouddhiste (dharma) alors qu’il avait à peine une vingtaine d’années. Dès lors, il a fait graver sur des stèles, des parois de caverne, des colonnes et des blocs de granit des sentences proclamant son aversion pour la violence et son adhésion aux enseignements du dharma (…). Les premiers écrits bouddhistes datent seulement du 1er siècle avant notre ère.
Rédigés en Pali, la langue parlée dans le nord de l’Inde, assez proche du Magadhi qui était en usage à l’époque du Bouddha. (…) La source la plus ancienne concernant Socrate est d’autant plus fiable qu’elle lui est contemporaine… et hostile! Nous sommes à Athènes, en Grèce, au Ve siècle avant notre ère. Socrate approche de la cinquantaine, quand paraît la première œuvre à faire explicitement référence à lui. Elle est loin d’être laudative! En effet, dans les « nuées », une comédie écrite vers 425 avant notre ère, le poète comique Aristophane pourfend  avec mordant le philosophe en ce qu’il voit la personnification de tous les Sophistes, ces maîtres de la rhétorique qui parcouraient la Grèce, enseignant l’art de découvrir en public et de défendre avec subtilité toutes les thèses, même les plus contradictoires.

Dans sa pièce, Aristophane accuse Socrate de « charlatanisme », le qualifie de « va-nu-pieds », caricature ses enseignements, dénonce leur vacuité. (…) Mais l’essentiel de ce que nous savons de Socrate provient de ceux qui furent ses disciples, au premier rang desquels figure Platon. (…) La deuxième source abondante dont nous disposons est Xénophon (…) auteur des « Mémorables ». Cette œuvre se présente à la fois comme une traité philosophique et comme un récit historique de la vie de Socrate. Xénophon y présente Socrate en honnête homme, respectueux des rites et des dieux, tout comme dans son « Apologie de Socrate », consacré à la mort du maître. (…)

L’essentiel des références écrites concernant Jésus provient de ses disciples, mais il existe aussi des indices extérieurs à ce cercle. Le plus important est celui de l’historien juif Flavius Josèphe, qui a consacré quelques lignes au personnage dans son principal ouvrage. « Antiquités juives », rédigé vers la fin du I e siècle (…). Pour ce qui est des autres sources non chrétiennes, citons les « Annales »  de l’historien romain Tacite (…). Mais l’essentiel de ce que nous savons de Jésus et de son message provient de sources chrétiennes rédigées vingt ans au moins après sa mort. Les premiers textes sont les lettres (ou épîtres) de Paul, un lettré juif qui a persécuté les disciples de Jésus avant de se convertir et de devenir un fervent propagateur de la foi chrétienne (…). Viennent ensuite d’autres lettres d’apôtres, comme Pierre ou Jacques, qui dirigeaient la première Église de Jérusalem. Mais ce n’est qu’après leur mort, survenue une trentaine d’années, après la crucification de Jésus, que les Chrétiens ressentirent le besoin de mettre par écrit le témoignage oral de ces témoins oculaires. C’est ainsi que sont écrits les quatres Évangiles de Marc, Mathieu, Luc et Jean, qui entendent raconter la vie et rapporter les paroles de Jésus.

Vie privée
Socrate appartient à une famille de la petite bourgeoisie; il est marié, comme le veut la coutume (…). Des récits, de ses disciples, on comprend que Socrate avait peu de commerce avec la gent féminine, fréquentant plus volontiers les jeunes gens, comme nombre de ses concitoyens (…). Socrate le reconnaît dans le « Giorgias » quand il avoue à Calliclès être « épris de deux objets : Alcibiade, fils de Clinias, et la philosophie », Socrate aimait assurément les jeunes garçons. Mais il n’est dit nulle part explicitement qu’il soit physiquement allé jusqu’au bout de sa passion : au fil des dialogues apparaît plutôt, en dépit des démonstrations d’affection, la volonté de philosophe de refuser l’amour du corps en profit du seul amour de l’âme.

Dans son palais, le jeune prince Siddhârta jouissait de tous les plaisirs de la vie, y compris de la présence de courtisanes qui, selon ses biographes, lui dispensaient toutes sortes de soins corporels, des bains parfumés, des massages sophistiqués auxquels il prenait grand plaisir. Il a tout juste 17 ans quand il se choisit une épouse, sa cousine la princesse Yasodara, et se dote d’un gynécée, comme le veut la coutume. Le jeune homme ne rejette ni les bonheurs charnels ni l’opulence; durant treize ans, il vit pleinement les plaisirs raffinés qui lui sont prodigués, il ne dénigre pas non plus les orgies. C’est d’ailleurs après une nuit de fête que le prince décide de tout abandonner pour se mettre en quête de la  voie. Une nuit qui fut animée par les musiciennes, les danseuses et les courtisanes, nuit au cours de laquelle il jouit jusqu’à plus soif de tous les plaisirs, au point de s’endormir au milieu des femmes à moitié dénudées. Quand il se réveille, alors que tout le Palais dort encore, il est brutalement révulsé par la vision de ces corps en quoi il perçoit plus qu’un amoncellement de cadavres (…).

Jésus a toujours été très entouré de femmes, y compris dans le groupe de disciples qui le suivaient(…). Les femmes qui suivaient Jésus étaient parfois sulfureuses : des marginales, des veuves, des prostituées, des « femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies; Marie, appelée la Magdalénienne, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et plusieurs autres, qui les assistaient de leurs biens » (Luc, 8, 2-3).

Les rapports qu’il entretient avec elles ne sont pas toujours bien perçus par certains observateurs de l’époque. Dans la demeure d’un pharisien qui l’invite à sa table, Jésus laisse ainsi une « pécheresse » arroser ses pieds de parfums et de larmes, avant de les essuyer (geste au combien sensuel) avec ses cheveux, puis de les couvrir de baisers, à la stupéfaction de son hôte (Luc, 7, 36, 39). (…).

Jésus a-t-il été marié? Selon ses propres dires, le mariage est un état naturel et noble. Pour autant, il est quasi certain que Jésus ne s’est pas marié (…).

Caractères bien trempés 
(Au sujet de Socrate) la tradition rapporte un curieux mélange de maîtrise de soi et de violents accès de colère. Diogène Laërce, dans ses « vies et doctrines des philosophes illustres », décrivant les discussions de Socrate « dans les boutiques et sur place publique », rapporte, citant un dénommé  Démétrios : « Souvent au cours de ses recherches, il discutait avec véhémence, lançait les poings en avant, ou s’arrachait les cheveux, ne se souciant aucunement de rires qu’il soulevait, le supportant au contraire avec calme » (…). Les écrits de Platon laissent entendre que le maître aurait été souvent prémuni contre les mouvements d’humeur par son ironie, qui avait le pouvoir de mettre les autres en couleur, y compris  ses juges : excédés de ses traits d’esprit, ils finiront par le condamner à mort (…).

Ayant atteint la paix et dépassé ses passions, Bouddha ne peut plus selon la définition bouddhiste de l’Éveil, être sujet à des emballements ou atteint par les souffrances de la vie. Ainsi, (…) on ne connaît pas des larmes ni d’éclats de rire du Bouddha, on ne sait rien de ses plaisirs ni de ses répugnances, aucune anecdote ne rapporte ses joies ni ses impatiences. On le sait compassionnel, bienveillant, mais ses gestes de compassion n’interviennent pas en réaction à un sentiment  ou une émotion. Le Bouddha s’observe en pleine conscience et insiste sur le caractère transitoire de toute chose, ce qui explique certainement son détachement (…).

Les évangiles ne cherchent pas à donner de Jésus une image surhumaine. Il apparaît bien au contraire comme pleinement humain, avec sa sensibilité, ses luttes, ses émotions, ses sentiments. On découvre par exemple un homme capable d’être « bouleversé » d’une émotion profonde » quand il voit Marthe pleurer la mort de son frère Lazare. Lui-même, face à cette femme en pleurs, « frémit », « pleurs » puis frémit à nouveau (Jean, 12, 32, 43) (…). Mais ses colères aussi sont fréquentes. On connaît surtout son coup de sang au Temple à la vue des marchands, quand il s’en prend physiquement à eux.

Lutte de la vérité
Quand Socrate soumet ses interlocuteurs au feu de ses questions pour atteindre la vérité, il les entraîne à philosopher, c'est-à-dire à exercer leur discernement, car telle est, selon lui, la seule voie d’accès à la connaissance. Et quand il interroge l’homme de la rue, l’artisan, le général ou l’orateur, il exerce avec eux la maïeutique.   De quoi les accouche-t-il? D’eux-mêmes. Et, au-delà d’eux-mêmes, de leur nature profonde, de leur essence par-delà l’individualité. À travers l’homme singulier, c’est à l’humanité de l’homme qu’il entend accéder, à ce qui fait la spécificité de la nature humaine. (…) Car si le vrai est universel, c’est d’abord parce que la nature humaine, en ce qu’elle recèle une parcelle de divin, est elle-même universelle. Or, prisonniers du visible, les hommes ne sont pas capables de voir d’emblée la vérité. Ils n’en perçoivent d’abord qu’un reflet énorme (…). 
Là où Socrate met surtout en avant l’outil de la raison tout en s’appuyant sur l’introspection, le Bouddha préfère la seule expérience intérieure (…). Siddhârta part de sa propre nature pour explorer en lui-même les mécanismes de la souffrance, les démontrer, les comprendre. Il va observer ses passions, ses émotions, passer de longues heures en méditation, probablement à s’autoanalyser. Même si les textes ne le disent pas ainsi. Se désintéressant de la métaphysique, de ses questions insolubles pour un esprit humain, il consacre tous ses efforts à la recherche de ce qu’on pourrait appeler une « méthode » de libération dont il décrit ainsi l’action : «  De même que la pluie pénètre dans une maison au toit mal entretenu, de même le désir pénètre dans un esprit mal entraîné. De même que la pluie ne pénètre pas dans une maison au toit bien entretenu, de même le désir ne pénètre pas dans un esprit bien entraîné » (Dhammapada 1, 13, 14).
De même que Bouddha et Socrate, Jésus est convaincu de l’existence d’une vérité ultime par opposition à un monde d’illusions, une vérité qui peut être reçue par chaque individu pour peu qu’il prenne la peine d’aller vers elle (…). Son approche de la vérité est en ce sens d’un tout autre ordre. Il vient révéler la vérité ultime  -  Dieu – parce qu’il vient de Dieu et qu’il a été envoyé par lui dans le monde. Jésus n’apporte pas une connaissance rationnelle de Dieu ou des preuves philosophiques de son existence. Il le « révèle », il en témoigne par sa propre présence (…). Quelle est la vérité ultime que Jésus entend révéler?  Elle tient en trois mots : Dieu est amour.

Idéal de l’amour
Pour Socrate, l’amour est désir de quelque chose qui nous manque. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’amour ne peut être divin : les dieux n’éprouvent aucun manque! Partant de ce constat, le philosophe va parler de l’amour en évoquant le mythe d’Éros. (…) Toujours insatisfait, toujours en mouvement, toujours en quête de son objet, toujours mendiant, Éros conduit les hommes à désirer des choses aussi diverses que la richesse, la santé, les honneurs, les plaisirs des sens, etc. Mais, de manière ultime, ce qu’ils désirent par-dessus tout, c’est l’immortalité. C’est la raison pour laquelle ils font les enfants et créent des œuvres, qu’elles soient d’art ou de l’esprit.

Malgré tout cela, chacun sait au fond de lui-même que la mort demeure une réalité incontournable, et que ni l’amour de nos enfants ni celui de nos œuvres ne nous conduira jamais vers un bonheur durable (…). S’élevant par degrés ; c’est par l’amour de la beauté que l’âme accède au Beau et au Bien suprême qui sont les deux faces d’une même réalité. L’âme s’attache d’abord à un beau corps en particulier, puis à la beauté des corps en général. S’élevant toujours plus, elle s’attache ensuite à la beauté des âmes, puis à la beauté de la vertu, des lois et des sciences, avant d’accéder enfin, au terme de ce long parcours initiatique, à la beauté en soi, qui est divine. (…)

Jésus ne renierait pas cette définition de l’Éros, mais il donne ainsi un tout autre sens au mot « amour », et, ce faisant, il en fait, contrairement à Socrate, la vertu suprême. (…) Pour Jésus, l’amour est le nom même de Dieu. L’amour dont il est ici question n’est pas un manque, c’est au contraire une plénitude d’être. Jésus affirma que Dieu aime tous les hommes d’un amour totalement désintéressé et inconditionnel. (…) Pour Jésus, Dieu ne fait pas de différence entre les êtres humains. Il est un « père » juste et bon, qui aime équitablement tous ses enfants, qu’ils soient bons ou mauvais, juste ou ingrats. C’est la raison pour laquelle Jésus franchit un pas de plus et affirme que l’amour doit s’étendre jusqu’aux ennemis, ce qui constitue un choix profond pour son auditoire. (…)

Le Bouddha
Condamne sans équivoque l’amour-désir. Son enseignement vise même à l’éradiquer puisque le désir-soif est cause de la souffrance, il convient d’y renoncer de manière radicale. L’ascèse est la pratique de la méditation bouddhiste visant à supprimer tout désir, toute soif, tout manque et tout attachement. (…) Dans ces conditions, peut-il exister encore une forme d’amour dans le bouddhisme? (…) Bouddha a enseigné le respect absolu de tout être vivant, qui implique le refus de tuer tout être sensible. Ce respect envers toute vie, qui se manifeste par une non-violence radicale, est en principe même du message bouddhiste, puisque la violence reste liée au désir et à l’attachement. On peut donc parler dans le message original du Bouddha d’un amour de bienveillance, maître en Sanskrit. Pour se libérer de Samsara et épuiser son Karma négatif, l’individu ne doit avoir aucune pensée négative, ne commettre aucun acte malveillant. Il doit vouloir le bien de tout être vivant et agir en conséquence.



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