dimanche 27 octobre 2013

LES ÉCRANS D'(AUTO) CONSERVATION

Les écrans D'(Auto) conservation

Schmidt-Hellerau (2006) a introduit une autre notion utile à notre propos, celle d'écrans d'(auto) conservation. L'action léthique d'intensité faible et moyenne a un effet calmant, apaisant et d'enracinement, qui survient suite à l'expérience de présence à l'objet libidinal, accompagnée d'un certain degré de satisfaction. Ces expériences donnent lieu à des traces qui formeront des écrans, qui se différencient et se présentent sous plusieurs formes (écran de digestion, d'excrétion, de confort, de sommeil).
Ils se constituent dans le développement normal, par la superposition d'expérience variées, chacune correspondant à un double mouvement relativement à l'objet satisfaisant: en direction de l'objet et en repli face à l'objet. Ces mouvement, ou passages de libido à léthé surviennent lorsqu'une satisfaction minimale est atteinte et qu'elle occupe alors le sujet, lequel en est à assimiler le vécu qui se développe dans des registres divers. Les expériences mnésiques qui ¨s'affichent¨ simultanément à la superficie de la psyché assurent la création des structures psychiques et du sujet en devenir: ce sont les écrans autoconservateurs. Ils font par là office de bouclier protecteur face à la charge mortifère de destruction du lieu causée par l'action de la pulsion léthique.  
En d'autres termes, ils assurent l'intrication de la pulsion léthique à la pulsion libidinale, ce qui assure une distance optimale d'avec l'objet. D'où ce paradoxe salutaire qui tient dans le fait que le repli par rapport à l'objet est cause de rupture du lien à soi et à l'autre, mais qu'il préserve de la destruction complète de l'objet et de soi: J'ai connu telle ou telle satisfaction , je suis ainsi relativement protégé contre la menace du rien absolu; lorsque l'absence se fait trop sentir, je peux faire appel à ces expériences écrans. Ces structures d'auto-conservation (formés à partir des constellations d'expériences-écrans) contribuent, en se diversifiant, à contenir les tendances léthiques qui cherchent à combler les besoins, exprimés aussi sous forme de buts. L'absence relative de ces écrans, comme conséquence des carences, ces traumatismes, etc. ouvre au contraire le ¨champ libre¨ au retrait léthique: Je ne connais avec cet objet surtout que l'absence, le rien, frustrant et douloureux; cette absence se fait trop sentir; Je disparais et avec moi mon objet primaire prometteur de satisfaction mais en fait vacillant. Cette compréhension se distingue de la description faite par Marty (1991) d'une simple carence des représentations au niveau du préconscient, en ce qu'elle ajoute, notamment, une notion de motivation: la poussée due à l'action de la pulsion léthique, qui relève du ça. Nous reconnaissons cependant que le débat reste ouvert à savoir dans quelle mesure les représentations sont simplement absentes, ou présentes. Mais mises en retrait, séparées du reste, comme conséquence de l'action léthique.
LES PHÉNOMÈNES DU NÉGATIF ET LA PULSION LÉTHIQUE

Lorsque la charge investie de pulsion léthique est faible, moyenne ou intermédiaire, elle est plus facilement observable comme étant au service de l'autoconservation. Cependant, lorsque la charge de pulsion léthique est forte ou extrême, on se retrouve avec une ¨surexcitation léthique¨ qui relève du traumatisme, ou qui donne lieu à la ¨sphère classique¨ de la pulsion de mort. De sorte qui au delà des représentations d'un soi et de son objet, endommagés ou malades, se cache souvent le soi (ou partie de soi) mort, et l'objet mort, en route vers une apparente destruction de l'existence, du temps et de l'espace (Schmidt-Hellerau, 2006, P.1083). Ces phénomènes sont une conséquence directe de l'excès d'énergie léthique, tout en illustrant un effort paradoxal de survie.
Le concept de fonction désobjectalisante de Green (1993) a aussi alimenté la réflexion développée ici. Ce qui nous permet de soutenir que la pulsion léthique, poussée à l'extrême, rejoint le narcissisme de mort. De manière apparentée à la fonction désobjectalisante, elle empêche l'investissement de représentations subjectales et relationnelles vivantes et s'attache plutôt à des objets vides ou non vivants (concrets). Enfin, il est permis d'avancer que la pulsion léthique exerce son influence à des degrés variables dans les troubles alimentaires, les dépendances, certaines négligences physiques, l'hypocondrie, les somatisations, la pensée opératoire, la dépression, le mutisme, la catatonie, la stupeur, et en général tous les phénomènes du négatif décrits par Green (1993).

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