mercredi 14 septembre 2011

VIOLENCE FAMILIALE 46e partie

La technique du cœur
Cette technique permet d’aborder avec la cliente, les questions suivantes : ses blessures émotives, ses pertes personnelles, son estime de soi, la notion de territoire et ses sentiments actuels. Cela peut faire l’objet de plusieurs entrevues et servir de point de référence pour explorer les sentiments reliés à de nouvelles situations de vie. Selon les besoins de la cliente, cette technique peut être employée à différentes étapes de l’intervention.

Voici les quelques consignes pour la réalisation du dessin du cœur. Vous proposez à la femme battue de faire un exercice qui permettra d’échanger sur ce qu’elle vit. La directive consiste uniquement à lui demander de dessiner son cœur et de nommer ceux qui l’habitent. Pour cela, elle divise son cœur en plusieurs parties et cela, en fonction de la place que les personnes ou les choses occupent dans sa vie.

De façon générale, les femmes divisent donc leur cœur en y plaçant les personnes importantes de leur vie. L’agresseur y occupe une grande place, comme habitant du cœur ou comme blessure, à la suite d’une rupture. Il est très courant de constater que les victimes ne se donnent aucune place dans leur cœur. Cette constante se retrouve également chez un grand nombre de femmes, même si elles n’ont pas été violentées.

Le premier niveau d’échange avec la femme battue se fait à partir de la place qu’elle s’est donnée, ou pas, dans le dessin qu’elle a fait. Il est alors possible de l’inciter à verbaliser les sentiments qu’elle éprouve devant l’absence ou le peu d’espace qu’elle s’est octroyée. Vous pouvez vérifier, avec elle, si elle se trouve vraiment dans cette situation et lui demander ce qu’elle ressent devant le fait de ne pouvoir prendre la place qui lui revient dans son couple, dans sa famille et dans son milieu. Il est alors possible d’explorer les peurs qui la maintiennent dans cette position et ce qu’elle redoute en revendiquant un territoire, une zone personnelle. L’échange se poursuit sur les moyens qu’utilisent les gens qui l’entourent pour la maintenir dans un espace aussi restreint. Elle est alors amenée à identifier quels sont ses sentiments face aux revendications incessantes et envahissantes des autres.

La femme battue réfléchie alors sur cette place qu’elle n’a pas ou sur celle, minime, qu’elle occupe. Elle tentera de nommer les souffrances auxquelles elle est exposée, lorsqu’elle s’insurge contre cet espace vital réduit qui est le sien. Certaines femmes constatent alors qu’elles n’ont pas le droit d’exister pour elles-mêmes et qu’elles ont cessé de penser à elles. Cette prise de conscience douloureuse fait surgir des émotions. Vous donnez alors du support à la cliente afin de l’aider à se centrer, le plus possible, sur ce qu’elle vit et à poursuivre son cheminement.

Après ces premières rencontres qui abordent essentiellement la situation sous l’angle de l’émotivité, la prise de conscience de la dimension sociale du problème (la conscientisation) devient un élément important qui soutiendra la démarche de la femme battue. En établissant des alliances et en donnant des informations concrètes, vous pouvez sensibiliser la cliente à la situation des femmes dans notre société et au fait qu’elles apprennent peu à revendiquer leur territoire. De plus, la règle de l’agresseur, qui consiste à contrôler l’espace vital de sa victime pour maintenir son pouvoir et sa force, est abordée avec la cliente. Resituer le problème dans son contexte social et dans sa dynamique. Ces informations évitent qu’elle se dévalorise, du fait de ne pas revendiquer sa place.

Par la suite, la femme violentée analysera le territoire qu’elle a accordé à chacun dans son « cœur ». Ces espaces, sont-ils fixes? Y-a-t-il des guerres de territoire entre ces « habitants de son cœur »? Lorsque surgissent des conflits, quels sont les perdants? Il est aussi important de regarder, avec elle, ses réactions aux demandes excessives des autres. Essaie-t-elle de répondre à tous en réduisant son peu d’espace? Évite-t-elle de s’opposer aux demandes en tentant d’agrandir de façon impossible son cœur? Elle se reconnaît souvent comme la perdante dans ces agressions et parvient à identifier ses pertes personnelles. Cette étape aide la victime à se centrer sur elle-même et à nommer certains de ses sentiments.

mardi 13 septembre 2011

VIOLENCE FAMILIALE 45e partie

Récupérer ses émotions
Pour survivre, la femme violentée a bien souvent inhibé ses sentiments et censuré certaines situations empreintes d’émotions. Elle a également appris à ne pas laisser surgir les émotions qui risquent de rompre l’équilibre précaire de sa relation de couple, comme la colère et le sentiment de frustration. Elle sait que l’expression de tels sentiments risque d’irriter l’agresseur et de provoquer chez lui une crise de violence. Elle a donc parfois la sensation de ne plus éprouver certaines émotions. Une femme battue disait ainsi : « Si je devais ressentir toute la tristesse que j’ai cachée en moi, je pleurerais plusieurs jours sans arrêt. J’ai donc cessé d’éprouver de la peine. »

Favoriser l’entière expression des émotions permet à la victime de faire un premier pas vers la découverte d’elle-même. Pour réapprendre à s’estimer, la victime a besoin de se « réapproprier » ses émotions, de les affronter, de la raviver et de les exprimer. Cette démarche sur ses états émotifs favorise sa reprise de contact avec elle-même, ainsi que la découverte de sa sensibilité et de sa richesse intérieure. L’accès à ses sentiments permet à la femme victime de violence de se voir comme un individu à part entière, avec ses douleurs, ses pertes et ses capacités de survie. Elle parvient alors à rompre le silence, ce qui réduit déjà son sentiment d’impuissance.

Libérez la surcharge émotive favorise la mobilisation de la victime vers des actions concrètes qui mettront fin à sa situation de victime.

Les praticiennes craignent souvent, au début de leur intervention auprès de cette cliente, d’augmenter la souffrance des femmes battues en favorisant l’émergence de leurs sentiments. Cette crainte est celle du sauveteur et témoigne du pouvoir qui est associé à ce rôle. Une attitude de surprotection ne peut que confirmer à la cliente son impuissance et son incapacité. Cette dernière se voit privée des capacités dont elle a fait preuve pour survivre. Dans ce mode d’intervention, la praticienne occulte les sentiments présents chez la cliente. Le fait que cette dernière ne les identifie pas ne réduit en rien sa souffrance. L’énergie qui maintient ses mécanismes de défense ne peut être libérée. Il est donc important d’explorer le vécu émotif et de favoriser l’émergence des sentiments.

Avant de passer aux techniques permettant de favoriser l’expression des émotions chez la cliente, rappelons que les femmes battues éprouvent en général un grand sentiment d’ambivalence. Ce sentiment les habite pendant longtemps. Il est maintenu par leur tolérance à la violence, leur désir de faire quelque chose pour la faire cesser et leur peur de subir de nouvelles agressions. L’ambivalence reflète également le dilemme que vivent les femme battues, partagées qu’elles sont entre les rôles traditionnels (mère-épouse) et leurs besoins personnels. Les femmes battues ont de la difficulté à se situer émotivement par rapport à l’agresseur. La situation de victime intensifie ce sentiment. Quel que soit leur changement d’attitude envers l’agresseur, cela se retourne toujours contre elles et donne lieu à de nouvelles scènes de brutalité. Elles apprennent donc à hésiter et craignent toute modification de leur comportement envers leur partenaire. Ces expériences nourrissent l’ambivalence des femmes violentées, dans la moindre de leurs décisions. Finalement, l’ambivalence surgit surtout lorsque la femme battue est confrontée à sa survie et aux règles sociales de sa condition de victime. D’une part, elle sait qu’elle risque de mourir, d’autre part, elle est constamment acculée socialement à son rôle de mère, d’épouse et de victime.

Soutenir la femme battue dans son droit aux émotions
Lorsque la femme violentée peut enfin s’exprimer sur la violence qu’elle a vécue et que, pour la première fois, elle rompt le silence et se sent acceptée dans son discours de victime, beaucoup de ses sentiments perdus ressurgissent. Si elle réussit à les voir et à les identifier, elle se considérera comme une personne et non plus comme un objet d’agression.

La cliente a besoin de verbaliser les émotions que les agressions lui ont fait ressentir et qu’elle a annulées jusqu’alors. En la soutenant et en l’encourageant à libérer ses émotions, elle parvient spontanément à extérioriser ses sentiments les plus vifs : la peur, la honte, la culpabilité, l’échec. La colère et la révolte viendront par la suite. Vous créez un climat de confiance afin de rassurer la cliente dans sa démarche émotive. Pour ce faire, vous l’aiderez à se donner la permission de parler d’elle-même : « C’est important ce que tu dis, prends tout ton temps, accepte de prendre, pour toi, ce moment de rencontre. »

Progressivement, elle commencera à nommer ses blessures physiques, sexuelles et psychologiques. Il n’y a qu’un pas alors pour qu’elle verbalise les sentiments qui s’y rattachent. Vous maintenez l’échange au niveau émotif en aidant la cliente à demeurer centrée sur ces émotions par des interventions d’universalisation, identifiant les sentiments communs aux victimes, aux femmes, aux mères, par des interventions communs aux victimes, aux femmes, aux mères, par des interventions de support, validant les émotions exprimées, nommant les sentiments qui surgissent de façon non-verbale, reconnaissant la difficulté de vivre certaines émotions, par des interventions d’alliance, vous impliquant personnellement et dénonçant la violence, et par l’expression d’une solidarité, rappelant les normes de victimisation imposées aux femmes et les valeurs sociales qui les enferment dans le silence. Par ces interventions, vous répondez au besoin qu’à la cliente, dans l’exploration de ses émotions, d’être écoutée et acceptée comme une personne à part entière. Voici quelques actions clés qui favorisent l’expression des émotions. Vous reconnaissez que certaines émotions sont difficiles à vivre : « C’est vrai que ce n’est pas facile de laisser surgir toute cette tristesse….elle est tellement grande que, parfois, on redoute l’instant où elle se manifestera. » Vous devez parfois l’autoriser à vivre ce qu’elle ressent : « Essaie de ne pas contrôler l’émotion qui se manifeste. » L’aider à faire un constat : « Tu as peur de ce que tu vas découvrir en acceptant de penser à toi. » Il faut parfois « valider » certaines émotions : « Après un acte d’agression, il est normal de se sentir perdue et décontenancée. »

Pour alimenter ce qui a été amorcé sur le plan émotif, il peut être pertinent de résumer un événement auquel s’associe un sentiment déjà nommé par la cliente : « Tu devais te sentir blessée lorsqu’il te ridiculisait devant ses amis. » Dans le même ordre d’idée, « la reformulation de mots clés », qui sont porteurs d’émotions et reprennent les paroles de la cliente, peut inciter cette dernière à poursuivre ses verbalisations : « La peur de se retrouver seule en dehors de la famille fait partie de tes angoisses. »

Certaines interventions visent à centrer la cliente sur elle et à la ramener à ses émotions lorsqu’elle tente de les fuir : « Tu gardes le silence lorsque nous abordons la perte de tes amies. » Ces quelques techniques traditionnelles demeurent efficaces, si elles sont employées dans le contexte d’une intervention de type affirmatif et d’un climat de solidarité où n’existe aucune volonté inquisitrice.

dimanche 11 septembre 2011

VIOLENCE FAMILIALE 44e partie

Des exercices pour soutenir l’intervention

Afin que la cliente puisse voir plus clairement sa position de victime, regardons quelques informations qui peuvent soutenir sa réflexion


L’enseignement de l’escalade de la violence.
En comprenant le déroulement du cycle de la violence, la femme violentée réussit à mieux comprendre sa relation avec l’agresseur. Elle parvient à mieux analyser les événements et à se distancier de la situation. En réduisant sa culpabilité, la cliente réalise que la violence existe depuis un certain temps et qu’elle se sent responsable de son évolution. Cette information rend son analyse plus objective. La femme violentée peut également constater le cercle vicieux dans lequel elle évolue.

Pour compléter l’information, vous dessinerez l’escalade de la violence avec, à chaque palier, les différentes formes de violence. De plus, vous lui confirmerez la forte probabilité d’un accroissement des brutalités et le danger qu’elle court. La femme violentée pourra alors évaluer le degré de violence qu’elle subit, reconnaître l’urgence de sa situation et se mobiliser.

Finalement, elle tentera d’établir les pertes psychologiques et émotives qu’elle a subies jusqu’alors. Elle réalisera que sa vie dans un tel contexte a affecté l’estime qu’elle a d’elle-même.

Le Fonctionnement d’un agresseur
Puisque la victime se sent responsable des pertes de contrôle de son agresseur et qu’elle a intégré les justifications de ce dernier, vous résumerez le fonctionnement d’un agresseur, afin qu’elle modifie son regard sur la situation. À partir de ces informations, la réalité du danger qu’elle court deviendra plus nette.

Vous l’informerez qu’un agresseur n’est pas nécessairement un homme à l’allure menaçante, ni un malade mental. Il a toutefois de la difficulté à contrôler son agressivité et exprime peu son émotion. Il exige beaucoup de la part de sa partenaire. Celle-ci doit répondre à ses moindres attentes, il surveille ses fréquentations et ses sorties. Il a souvent tendance à isoler sa victime et exige, pour cela, qu’elle passe le maximum de temps au domicile familial.

Il démontre beaucoup d’impatience et tolère peu les erreurs de sa conjointe ou de ses enfants. Il manque de respect envers sa partenaire, la considère comme sa servante, ridiculise ce qu’elle fait et ne valorise aucune de ses réussites. Il se montre excessivement jaloux et va même jusqu’à douter constamment d’elle.

Parfois, il souffre d’un problème de consommation d’alcool. Toutefois, les comportements violents ne disparaissent pas quand il est sobre. Prendre un verre lui sert souvent d’excuse pour justifier sa perte de contrôle. Il tient sa victime responsable de ses gestes violents. Elle l’a toujours provoqué, elle a toujours eu une attitude qu’il ne pouvait tolérer, etc.

Il a très peur de perdre sa victime, il tentera donc de la récupérer rapidement après l’agression, fera des promesses, s’excusera, promettra de ne plus recommencer, etc.

Vous confirmerez à la cliente que les facteurs déclenchants – retard du souper, stress, conflit avec les enfants, etc, - n’ont pas véritablement de lien avec le fait qu’elle soit maltraitée. Les pertes de contrôle sont plutôt reliées au vécu de l’agresseur – il est triste, en colère, déçu, etc – et non aux événements comme tels. Ceux-ci ne représentent que la goutte qui fait déborder le vase.

Identifier les différents fonctionnements des agresseurs permet à la cliente de démystifier sa situation, de relativiser les justifications de son agresseur et de découvrir qu’elle a intégré un bon nombre de ces justifications. Ces informations l’aident à se questionner sur les raisons qu’elle donne pour expliquer les pertes de contrôle de son conjoint.

Le Tableau des conséquences de la position de victime

Maintenant qu’elle se reconnaît comme une victime, la cliente dressera un tableau des conséquences du maintien de son attitude de passivité. Elle essaiera également de nommer les pertes liées à son comportement de retrait. Ces pertes sont souvent interprétées, par la victime, comme des gains à court terme puisqu’elles entraînent une réduction des affrontements dans le couple (elle garde le silence, ne revendique aucun besoin), une diminution des agressions (Cela ne contredit pas les énoncés de l’agresseur et répond à ses demandes) et une baisse des tensions (elle assume seule l’éducation des enfants, elle se retire lorsqu’il consomme de l’alcool). Elle assure la survie, sans plus. La femme battue ne réalise pas qu’elle n’a que peu ou pas de gains réels. Ce tableau procure à la cliente un moyen de réviser son évaluation : les tensions ont diminué, mais son inconfort personnel s’est accru.

La cliente est maintenant invitée à regarder comment l’agresseur interprète son attitude de passivité. Comment reçoit-il ses comportements de retrait? Vous accompagnerez sa réflexion en identifiant quels sont les avantages que son attitude accorde à l’agresseur. Il se voit confirmé dans ses exigences, la victime répond dans sa position de domination de même que dans le droit qu’il accorde d’imposer ses règles et ses normes de fonctionnement. Elle découvre que, dans cette position, l’agresseur obtient d’elle le rendement qu’il impose. Elle réalise également qu’il se sent justifié de ne pas la respecter.

La passivité maintient la position de dominée et renforce l’agresseur dans son rôle d’oppresseur. Certaines violences peuvent être évitées à court terme. Mais cette inaction assure le maintien des règles de violence et une perte de terrain certaine de la femme battue. De plus en plus, elle devra réduire ses besoins, se faire petite, voire inexistante pour éviter les agressions. Vous informez la cliente qu’elle ne pourra mettre fin à la violence de cette façon. Le pouvoir appartient à l’agresseur. La puissance de celui-ci augmentera en fonction de la perte de pouvoir de la victime. Aucune limite ne peut être fixée puisque la victime réduit progressivement son espace personnel. De son côté, l’agresseur ne s’imposera de limites que lorsqu’il rencontrera une résistance ou qu’il fera face à la perte imminente de sa partenaire. Vous confirmez alors à la cliente qu’elle n’a pas le pouvoir de changer les comportements de l’agresseur. Cette démarche n’appartient qu’à lui seul. Toutefois, elle peut refuser sa position de victime et ne plus la maintenir. L’agresseur décidera de son côté, s’il désire modifier ses attitudes pour ne pas perdre sa partenaire.

Cette analyse de la passivité de la victime doit être resituée dans l’ensemble de la dynamique de la violence. Bien souvent, la cliente connaît cette réalité. Elle a parfois besoin d’obtenir une confirmation des doutes qu’elle a et n’ose s’avouer.

La femme battue connaît très bien le prix de ses pertes personnelles. Elle sait qu’elle perd constamment de la confiance en elle, qu’elle craint pour sa sécurité mentale et physique. Elle reconnaît rapidement les difficultés somatiques qu’elle éprouve. Elle nomme aussi les problèmes que cela crée chez les enfants. Prendre le temps de faire l’addition de ces pertes permet à la cliente de voir le cul-de-sac dans lequel elle se trouve. Elle peut mieux se représenter ce qu’implique sa position de victime.

La perte d’estime de soi est associée aux vécus de violence. C’est pourquoi il est pertinent de parler, avec les femmes battues, de la position de victime. Ces dernières peuvent alors se déculpabiliser de leur perte de confiance en elle et recommencer à se « privilégier » pour restaurer leur estime de soi.

S’il est important que la femme battue reconnaisse sa position de victime, il est aussi nécessaire qu’elle se réapproprie ses émotions afin d’augmenter son estime de soi.

jeudi 8 septembre 2011

VIOLENCE FAMILIALE 43e partie

Les Différentes formes de violence
En racontant les événements qu’elle a connus et les motifs qui l’amènent à demander de l’aide, la cliente nommera les diverses formes de brutalité qu’elle a subies. Sans distinguer clairement les catégories de violence (verbale, psychologique, physique), elle exprimera son vécu de victime. Le fait de retracer ses expériences d’agression aide la femme battue à dresser un tableau plus clair de sa situation. En effet, elle peut reconnaître l’ensemble des agressions et mieux voir l’escalade de la violence. Sa perception morcelée des événements s’atténue. Ce regard favorise en elle une prise de conscience l’aidant à identifier sa position de victime.

Votre dénonciation de la violence « renforce » le cheminement de la cliente vers l’acceptation de la réalité que représente la violence dans sa vie. Vous nommerez les différentes formes de brutalité qu’un agresseur manifeste envers sa victime, afin que la cliente puisse identifier celles qu’elle a connues. De plus, vos « réassurerez » la victime sur l’unique responsabilité de l’agresseur face à ses pertes de victime sur l’unique responsabilité de l’agresseur face à ses pertes de contrôle. Comme individu, la victime a aussi des difficultés personnelles et des comportements qui peuvent être répréhensibles. Toutefois, il n’y a rien qui justifie la violence. Le geste d’agression appartient à la personne qui commet l’acte de brutalité. Il faut donc bien différencier le conflit conjugal du geste de violence. Il est évident que la relation de couple est conflictuelle, mais la violence est un problème supplémentaire qui n’est ni acceptable, ni justifié. La victime n’est donc aucunement responsable de la perte de contrôle de l’agresseur, peu importe les circonstances qui ont précédé la scène de violence.

Pour que la cliente se sente soutenue dans l’identification de sa situation de victime, vous répertoriez avec elle les diverses formes de violence. Vous soulèverez l’aspect destructeur de la violence psychologique minant l’estime et la confiance en soi. Vous reprendrez certaines paroles qui illustrent la violence psychologique, citerez des exemples qu’elle a elle-même apportés et qui rejoignent cette forme de violence. Elle associera à ces exemples ce qu’elle a ressenti lors de ces agressions.

Vous échangerez aussi sur les gestes utilisés par l’agresseur pour la maltraiter – et resituerez ces gestes comme étant l’amorce des violences physiques qui s’installent, s’intensifient et se rapprochent de plus en plus dans le temps. Les incidents de violence peuvent être éloignés les uns des autres, mais cela fait partie d’un continuum. Il est donc de ne pas isoler chaque événement et de l’expliquer par un facteur déclenchant. Sans dramatiser, il est essentiel de bien décrire la progression de la violence et son effet d’entraînement. Vous situerez les autres agressions physiques : gifler, frapper à main ouverte, avec les poings, les pieds. Par la suite, vous montrerez la progression de la violence qui s’est manifestée par l’utilisation d’objets : bâton, couteau, allumettes, fusil. La violence sexuelle sera également dénoncée comme moyen ultime pour abaisser et soumettre la victime : les relations sexuelles sous la contrainte, par exemple, les relations sexuelles exigées de la victime après de mauvais traitement, la présence d’une arme sous l’oreiller ou le lit, les échanges de partenaire, la sodomie, la pénétration avec des objets, etc.

Finalement les risques d’homicide seront reconnus. La peur que ressent la victime d’être tuée n’est pas le résultat de ses fantaisies. Vous confirmerez à la cliente l’importance de faire confiance à ses « signaux d’alarme ». Vous l’inciterez à parler des moyens de protection qu’elle a adoptés pour assurer sa sécurité, et vous essayerez d’évaluer ensemble la possibilité de les renforcer.

Dès que la cliente reconnaît sa position de victime, elle peut se mobiliser et prendre des moyens pour se protéger. Se faire confirmer qu’elle est victime de violence l’aide parfois à penser à elle-même et à veiller à sa protection. Dans certains cas, elle devient consciente du danger qu’elle court et de l’urgence d’agir. En effet, une femme battue, qui est submergée par son sentiment d’impuissance, ne se mobilise même plus pour sa survie et perd la notion du danger. Qu’une personne dénonce ce danger peut la remobiliser et même générer une situation de crise où la victime retrouvera ses énergies.

Cette démarche d’identification du vécu de violence aide la femme battue à changer sa perception des conflits familiaux.

Les Discours sociaux culpabilisants
Le silence de la victime est souvent associé à la peur qu’elle a des jugements sociaux. La femme battue craint d’être perçue comme étant responsable de sa situation. Il est également humiliant et violent pour elle de se faire questionner sur sa responsabilité dans la perte de contrôle de l’agresseur. Ces jugements sociaux, encore nombreux, pénalisent les femmes victimes de violence.

Ces pressions contribuent à accroître leur tolérance à la violence et à augmenter leur perte d’estime de soi. Il peut donc être important pour la cliente d’entendre un discours qui va à l’encontre des discours et des propos négatifs tenus sur les femmes battues. « Aucune femme n’aime être violentée. La perte de contrôle appartient à l’agresseur. Il n’y a rien qui justifie la violence. Les difficultés économiques et sociales d’une séparation contribuent à ce que les femmes retournent ou tolèrent davantage la violence. La victime ne sait plus trop quoi penser de son conjoint, l’agresseur est tellement gentil après les scènes de violence. Aimer un individu et tolérer la violence, ce sont deux choses différentes. »

Dénoncer les jugements sociaux permet à la cliente, de reconnaître sa position de victime, sans se sentir coupable ou honteuse de ce qui lui arrive. « Les femmes victimes de violence font l’objet de beaucoup d’injustices dans notre société. C’est facile de taire la violence conjugale en responsabilisant les victimes. Ce n’est pas un hasard si les femmes sont les victimes dans notre société, cela reflète la domination à laquelle elles sont soumises dans le mariage, où elles vivent en fonction du bonheur des autres, dans la peur du viol et dans la certitude de ne pouvoir se protéger elles-mêmes. » Ces positions dénoncent l’aspect socio-politique de la violence et déculpabilisent les femmes d’avoir été victimes de brutalités.

Ces paroles permettent à la femme battue de ne pas se mépriser parce qu’elle est une victime. Elle se culpabilise déjà suffisamment de ses expériences de violence et de la perte de son estime de soi.

mardi 6 septembre 2011

VIOLENCE FAMILIALE 42e partie

Des techniques d’intervention
Nous retiendrons trois techniques d’intervention permettant à la cliente de reconnaître sa situation de victime. Tout d’abord, une certaine restructuration de ses connaissances « cognitives » peut s’amorcer avec l’utilisation de l’analyse transactionnelle. Par la suite, un échange se fera sur les différentes formes de violence et, finalement, la place de victime sera située dans le contexte de l’oppression des femmes. Regardons dans un premier temps les différents moyens que vous pouvez utiliser pour favoriser une restructuration cognitive.

L’Analyse transactionnelle
Cette approche analyse le fonctionnement d’un individu à partir de l’interaction de trois sphères : la zone du parent, la zone de l’adulte et celle de l’enfant. Harris décrit ainsi chacune de ces trois parties. Le parent représente les règles, les lois, les principes, les normes et les obligations qu’a intégrés une personne. La partie parent s’exprime souvent par des phrases qui commencent par « il faut; tu devrais; ce n’est pas permis de… ». Le parent établit donc les règles de fonctionnement et il est le détenteur des valeurs intégrées. L’enfant origine de la partie émotive de l’individu et correspond aux sentiments qu’il éprouve et aux demandes exprimant ses besoins. Les phrases de la partie enfant commencent souvent par : « je me sens; je vis une certaine émotion; je veux, je désire; j’ai vécu un événement…. ». L’adulte représente la partie neutre qui analyse les besoins de l’enfant et les règles du parent, et qui tranche entre les deux. Il prend une décision en considérant ce qui est le plus valable et le plus pertinent dans une situation donnée. L’adulte joue, en quelque sorte, le rôle de l’avocat. Il est un arbitre.

En reprenant ces principes de base, l’analyse de la relation de violence peut se faire ainsi : L’agresseur joue le rôle du parent, il détermine les règles, les normes et donne les punitions. La victime joue le rôle de l’enfant. Elle doit être en position de dépendance vis-à-vis du parent; elle doit répondre aux exigences de celui-ci, assurer son soutien affectif et être à l’écoute de ses besoins. Elle doit même soulager les tensions émotives du parent. La victime se définit à partir des règles de l’agresseur et dépend de lui pour établir ses comportements. Ces deux fonctions fusionnent la victime et l’agresseur. La partie adulte n’est pas représentée dans la relation de violence. En effet, il n’y a pas de négociation et la loi de l’agresseur domine. L’existence d’un comportement « adulte » nécessiterait des comportements affirmatifs de la part de l’agresseur et de la victime. Toutefois l’agresseur et la victime n’ont pas un mode de comportement affirmatif.

Une autre analyse nous paraît importante. Dans la société, les femmes doivent aussi occuper la fonction enfant. En effet, douceur, émotivité, fragilité sont des traits qu’elles doivent avoir. Elles font peu l’apprentissage de l’autonomie dans les enseignements qu’elles reçoivent. Elles n’ont pas accès à des comportements affirmatifs. D’autre part, les hommes reçoivent le pouvoir associé à la fonction parent. Ce sont eux qui déterminent les règles sociales et économiques de la société, dominent les femmes et basent leurs réalisations économiques sur l’exploitation de ces dernières. Ils intègrent donc la fonction de parent. Les rapports entre les hommes et les femmes sont donc teintés de ces apprentissages et la relation conjugale risque de reproduire ce modèle : dominant-dominée.

Ces apprentissages réduisent l’habilité des hommes à exprimer leurs émotions. De leur côté, les femmes apprennent peu à imposer leurs valeurs et leurs lois. Le manque de fonctionnement affirmatif (l’adulte) maintient l’absence de la zone de négociation. La zone parent de la victime reprend les règles, lois et normes de l’agresseur. Son parent est donc le reflet du parent de l’agresseur.

En partant de ce cadre d’analyse, vous expliquez à la cliente les notions de base du « P-A-E » (Parent-Enfant-Adulte). À partir de ces concepts, elle dessine l’espace correspondant à chacune de ses parties. De façon générale, les femmes battues dessinent une partie parent qui occupe une place majeure. La zone enfant se fait petite et l’adulte est peu représentée. Cette description illustre l’obligation qu’elles se donnent de jouer les rôles de mère et d’épouse. Leur partie parent gère les normes avec lesquelles elles doivent composer pour assurer leur sécurité. Leur partie enfant est sous-représentée. Pour survivre, elles censurent leurs besoins, ne s’occupant que de ceux de l’agresseur, et contrôlent leurs émotions pour éviter de subir de nouvelles agressions. Leur partie adulte ne fixe pas les limites nécessaires au maintien de son espace personnel; elle n’évalue pas le prix de la violence et n’affirme pas ses propres règles.

Après le dessin « P-A-E », vous demandez à la cliente de nommer les lois de son parent et d’identifier celles qui reprennent les normes de l’agresseur : tu dois t’occuper des enfants et demeurer à la maison, tu dois répondre aux besoins sexuels de ton partenaire, tu ne dois pas travailler à l’extérieur du foyer, etc. Elle peut alors découvrir que les règles qu’elle s’est fixées sont bien souvent celles de son agresseur. Elles les a faites siennes pour assurer sa protection et ne discerne plus celles qui assureraient l’épanouissement de son enfant.

À partir de ce constat, vous partagez avec la cliente l’analyse de sa position de victime ne lui montrant clairement que l’agresseur lui a inculqué ses propres critères. Il la victimise par ce procédé. En effet, la sphère enfant de la femme battue réagit non pas à ce qu’elle désire dans sa propre vie, mais à ce que l’agresseur lui impose comme règle de fonctionnement. Elle est dépourvue de son autonomie, de son droit d’exprimer ses besoins et de ressentir ses émotions. Son enfant étouffe.

Cette démarche permet à la cliente de reconnaître son rôle de victime et de réaliser la précarité de sa position. Pour modifier cela, elle aura besoin de développer sa partie adulte – par l’entraînement à l’affirmation de soi – et de reconnaître les normes de son agresseur qu’elle a fait siennes. Se voir victime amène la femme battue à prendre conscience de ses comportements de retrait et de sa perte d’estime en elle et en lui. Cela assure une base de réflexion pour modifier la situation.

Après cette période d’échange sur son état de victime, vous favoriserez des discussions pouvant conscientiser la femme battue. Vous mettrez en parallèle les stéréotypes féminins et le rôle de victime. Il est facile, en tant que femme, de s’oublier, de répondre aux rôles féminins, d’abandonner ainsi ses besoins personnels et son droit à la sécurité psychologique et physique

dimanche 4 septembre 2011

VIOLENCE FAMILIALE 41e partie

Se voir comme victime

Il est essentiel que la cliente se reconnaisse comme une victime pour être en mesure de rebâtir son estime de soi. Parce que, tant qu’elle ne verra pas l’engrenage où elle se trouve, elle intégrera les paroles dénigrantes et la perception dévalorisante de l’agresseur à son égard.

Il faut un certain temps à un bon nombre de femmes battues pour se voir comme victime de violence. Elles décrivent des situations conflictuelles dans le couple sans évaluer les comportements violents de leur conjoint, les scènes de brutalité n’étant pour elles que les symptômes d’une relation conjugale problématique. Lorsque vous leur demandez si leur partenaire est violent, elles répondent par la négative. Mais elles relatent des situations où leur conjoint les pousse contre le mur, les bouscule et leur serre les bras. Parfois elles mentionnent avoir été giflées. Évidemment, lorsqu’elles reprennent les termes mêmes de leur partenaire, vous y retrouvez des expressions de dénigrement, de mépris et de menace. Cependant, la cliente n’identifie pas le climat conjugal comme étant violent. Ce regard sur la relation de couple ne signifie pas que la cliente soit masochiste, il révèle plutôt la tolérance des femmes, leur intégration de la norme de domination dans le couple, et illustre la règle de violence conjugale, implicitement acceptée dans la société.

Il ne faut pas oublier que la violence entre conjoints a longtemps été considérée comme normale, le viol y était même toléré. Le lien du mariage conférait à l’homme le droit de propriété sur sa partenaire et sur ses enfants. Les mentalités portent encore un relent de ces droits attribués aux hommes. La refonte du Code civil québécois ne date que de 1983. Pour bien des hommes, le mariage est encore un silence qui leur accorde autorité et pouvoir sur leur conjointe. Entre les châtiments corporels et le droit de domination, il n’y a qu’un pas.

Pour la femme violentée, l’identification de la violence se fait souvent par l’intermédiaire d’un tiers – amis, voisins, intervenantes. Se voir comme une victime modifie l’évaluation que se fait la cliente d’elle-même. La perte d’estime de soi n’est pas uniquement due à son appréciation personnelle, elle découle du contexte de violence. Pour augmenter son estime de soi, la victime a besoin de relier sa perte de confiance en soi à la réalité de la violence. Regardons maintenant quelques techniques qui peuvent aider la cliente à reconnaître sa position de victime.

vendredi 2 septembre 2011

VIOLENCE FAMILIALE 40e partie



La restauration de l’estime de soi

L’estime de soi, c'est-à-dire, l’appréciation personnelle de sa propre valeur et compétence diminue suite à un vécu de violence. La femme battue développe la certitude qu’elle ne peut être aimée pour elle-même et qu’elle ne possède pas les capacités nécessaires pour rompre sa relation avec l’agresseur. Tant qu’elle se verra comme cette personne sans valeur, elle se trouvera piégée dans la violence et maintiendra son comportement de retrait et de passivité, par crainte de perdre le peu qu’elle a, couple et famille. Il lui faudra, pour réagir aux agressions, un certain degré d’estime d’elle-même car, tant qu’elle ne s’accordera pas de valeur, elle ne pourra prendre aucune décision qui place son confort avant celui de l’oppresseur. C’est pourquoi une démarche de restauration de l’estime de soi doit toujours accompagner les différentes formes d’aide qu’elle reçoit : économique, juridique et sociale. Cette démarche représente même sur des premiers objectifs de l’intervention auprès de la femme battue. Toutefois il ne peut s’actualiser de façon isolée. En effet, différents facteurs cités plus haut contribuent au développement de l’estime de soi. Ainsi pour parvenir à rompre la violence et lutter contre ses effets dévastateurs, la femme battue doit réapprendre à s’aimer, à se faire confiance, et à croire en ses capacités personnelles. Toutefois, ce processus va à « contre-courant » des valeurs enseignées aux femmes et qui sont : l’oubli de soi, le rôle de support de la femme, l’interdiction de l’affirmation de soi etc. De plus, la redécouverte, par la femme, de sa valeur personnelle déjoue les tactiques dénigrantes de l’agresseur qui minent l’estime de soi de sa victime. Il invalide ses émotions, dévalorise ses réalisations ou ses comportements, la ridiculise en privé ou en public, l’intimide etc.

La reconstruction de l’estime de soi et, dans certains cas, l’instauration, représente une étape fondamentale dans la lutte contre la victimisation. Au cours de cette démarche, la cliente partira à la découverte d’elle-même et cessera peu à peu de se voir avec les yeux des autres (agresseur, famille immédiate). Elle tentera, progressivement de ne plus se définir à partir des évaluations de mépris de l’agresseur, de reprendre pouvoir sur sa vie. Évidemment, ce cheminement ne peut s’accomplir rapidement, mais il est essentiel qu’il s’amorce tôt dans la démarche entreprise avec la femme violentée. La moindre augmentation de l’estime de soi représente un pas vers la mobilisation contre sa position de victime. D’ailleurs, au début et à la fin d’un suivi auprès des femmes battues, il est intéressant d’utiliser le test d’estime de soi de Janis Field qui a été traduit par Forest. Il donne des informations pertinentes et suscite certaines réflexions qui peuvent permettre d’aborder directement l’image que la victime se fait d’elle-même.

À titre indicatif, regardons les résultats de ce test, qui fut administré à 55 femmes battues s’étant présentées au Centre de services sociaux du Montréal métropolitain. La moyenne obtenue fut de 33,6 l’écart-type étant de 13,3, alors que le même test administré à des étudiantes québécoises donne une moyenne de groupe de 41,6 avec un écart-type de 11,35. D’autre part, des femmes chefs de famille obtiennent une moyenne de 48,6. Bien que les groupes soient différents, cet écart démontre l’évidence d’une perte d’estime de soi chez les femmes battues. Après une démarche de groupe, les femmes améliorent leurs résultats à ce test et leur côte, mesurant l’estime de soi, se rapproche alors davantage de celle des deux autres groupes. Il y a donc une perte importante de l’estime de soi reliée au vécu de violence.

La restauration de l’estime de soi débute immédiatement après « l’entrevue de situation de crise », ou après celle suivant l’entrevue de dépistage. Bien que la notion d’estime de soi demeure toujours présente dans un processus d’aide auprès des victimes de violence conjugale, elle est prioritaire lors de l’intervention de court terme. En se redonnant une valeur comme individu, la femme battue aura plus de chance de réagir à la prochaine agression de son partenaire. Elle sera en mesure d’agir en considérant qu’elle ne mérite pas d’être traitée de cette façon. Il lui faut un certain degré de considération pour elle-même pour se mobiliser, ne plus intégrer les explications culpabilisantes de l’agresseur et accepter de se « prioriser » lors des agressions. De façon complémentaire, une aide concrète lui apportera les appuis nécessaires pour rompre avec sa position de victime.

Réapprendre à s’estimer ne se fait pas de façon parcellaire. Cela va de pair avec l’utilisation de ressources, humaines et matérielles, de soutien et est relié à l’affirmation de soi. Toutefois, pour mieux saisir l’importance d’une intervention directe pour stimuler l’augmentation de l’estime de soi chez la cliente cette notion sera traitée de façon distincte dans ce chapitre.

Cinq points à travailler, avec des techniques s’y rapportant, ainsi que des exercices et des tâches pour soutenir cette démarche, seront décrits dans les paragraphes suivants. L’importance pour la cliente, de reconnaître sa position de victime sera abordée et les émotions deviendront un élément essentiel à travailler. Par la suite, nous verrons comment aider la cliente pour qu’elle s’octroie une valeur personnelle et un droit à l’individualité. Finalement, l’identification de ses besoins fera partie intégrante de la démarche de restauration de l’estime de soi.

mercredi 31 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 39e partie

Une attitude directive
Un grand nombre de personnes assimilent une attitude directive à un comportement négatif. Elles confondent « directivité » et autorité. Ce type d’attitude fait souvent référence à une position de domination et d’agression. En effet, dans notre société, la « directivité » est, dans bien des cas, associée à des situations négatives et à des rapports hiérarchiques. Toutefois, avoir une attitude directive dans un contexte positif, aide, soutient et sécurise. Dans cette perspective, elle ne revêt pas un aspect dominateur et sert de moyen pour créer des « alliances ».

Elle vise essentiellement à permettre à la victime de consentir à agir pour elle-même, dans son intérêt et pour sa sécurité. Elle sert de repère dans la démarche angoissante de la femme battue. Elle lui permet de recevoir des messages qui soutiennent son refus de la violence et qui l’incite à abandonner une position de retrait et de passivité.

Par écrit on ne peut rendre compte du timbre de voix, mais voici néanmoins quelques exemples d’intervention directive :

Normaliser le vécu émotif
« Tu as parfaitement raison de te sentir en colère, tu n’as pas à te culpabiliser de penser à toi, c’est tout à fait normal. C’est impossible que tu n’aies rien de brisé en toi après cette douloureuse expérience de violence, donne-toi la permission de ressentir ce qui est cassé en toi. »

Sécuriser
« Il n’y a rien qui justifie la violence. Tu ne peux toi-même régler le problème d’alcoolisme de ton partenaire, la solution à cette difficulté lui appartient. Tu dois prendre du temps pour toi. »

Créer l’espoir
« Les avocat-e-s avec lesquel-le-s nous travaillons font régulièrement ces demandes de saisie de biens, explique-leur ce que tu veux. Tu as survécu à toutes ces violences, compte sur ses capacités personnelles pour affronter un nouveau départ. Tu peux apprivoiser la solitude et apprendre à t’aimer. »

Susciter la confiance en elle
« Fais confiance à ton jugement personnel. Si tu ne t’étais pas sauvée, il aurait employé ce couteau contre toi. Tu as fait preuve de beaucoup de force pour arriver à survivre dans ce contexte de violence, reconnais-toi ces capacités. Tu sais très bien comment il tente de te récupérer après ses pertes de contrôle, essaie maintenant de trouver des moyens pour te protéger contre ses manipulations. »

Inciter à agir
« Il faut que tu penses à te protéger, tu es sérieusement en danger. Tous les changements que tu pourrais faire ne suffiront jamais à mettre fin à la violence. S’il ne veut pas lui-même être aidé pour ses pertes de contrôle. Tu as le pouvoir de modifier la situation. »

Éviter la dépendance
« Les décisions t’appartiennent et c’est toi qui auras à vivre leurs conséquences. C’est effectivement tentant de chercher un protecteur, mais la protection la plus efficace passe par toi. Ta place en tant que personne est aussi importante que tes responsabilités parentales. »

Contre-discours
« La violence est un prix dangereux et trop élevé à payer pour maintenir la cellule familiale. Tout devient provocation pour l’agresseur qui a besoin de se « déresponsabiliser » de l’agression qu’il a commise. Essaie, pour toi, de savoir ce que tu vas vérifier en retournant avec lui. »

Mobiliser
« J’attends ton appel demain pour me faire savoir comment tu vas. Quand tu auras réalisé cette tâche, note bien par écrit comment tu as réussi cette action. Consens à n’accomplir qu’une étape à la fois et accepte de voir tes réussites. »

La « directivité » crée donc un climat propice à la mobilisation de la cliente. Elle respecte les choix de l’autre et, en aucun cas, elle ne vous amène à prendre de décision à la place de la femme violentée, ce qui relèverait alors de la domination et de l’autoritarisme. Face à une attitude positive et affirmative, la cliente se rend compte qu’elle est un individu à part entière, que vous croyez en ses capacités et respectez ses choix. Ce mode d’intervention augmente l’impact de l’entrevue de crise et assure l’efficacité de l’intervention.

La « directivité » est donc nécessaire en entrevue de situation de crise, dans ce contexte où les victimes fonctionnent de manière passive. Elles ne sont ni habituées à prendre des décisions, ni à faire des choix pour elles-mêmes. La « directivité » a pour but de les y encourager. Elles se sentent des plus démunies lorsqu’elles doivent réagir rapidement, elles cherchent les approbations et se placent bien souvent en position de prise en charge. Que vous ayez une attitude directive aide la victime à se mobiliser et à accepter de donner la priorité à sa survie personnelle. La « directivité » permet de prendre des positions claires contre la violence et de rejeter les motifs qui poussent la victime à se sentir responsable de la violence.

Rappelez-vous que les femmes battues construisent leur univers en fonction de l’agresseur. Elles restreignent leurs besoins personnels selon les règles qu’il établit. Elles ont douloureusement appris à ne prendre aucune initiative sans son autorisation. Leur marge de manœuvre se trouve donc des plus limitées; ce sont les agresseurs qui contrôlent tout, qui vérifient ce qu’elles font et qui donnent ou non une valeur aux actes qu’elles posent. Elles agissent ou réagissent en fonction de l’autre. Dans une certaine mesure, elles vivent par procuration. C’est pourquoi la « directivité » devient une stratégie essentielle lors de l’entrevue qui suit le choc de l’agression, et pourra même être maintenue dans une démarche à court terme. Elle permet de mobiliser la cliente en l’incitant clairement à se donner des permissions : parler de ce qu’elle vit, penser à elle, assurer sa protection, ressentir certaines émotions interdites jusqu’alors. Elle est une source d’énergie et d’espoir. Elle permet à l’intervenante et à la cliente de découvrir comment réagir à la violence et rentabilise l’énergie dont a fait preuve la femme battue en demandant de l’aide. Elle permet aussi de connaître réellement le degré du danger dans lequel se trouve la cliente.

Vous aurez donc un attitude directive afin d’aider la cliente à se centrer sur elle-même (ses émotions, ses besoins, sa sécurité). Vous vous en servirez également pour valider son vécu émotif, pour la sécuriser et créer l’espoir de mettre fin à la violence. De plus, vos contre-discours face à la violence lui permettront de nourrir la confiance en la « personne ressource » que vous représentez. Vous l’enjoindrez aussi de tout faire pour éviter une possible dépendance.

Ainsi la « directivité » va-t-elle permettre à la cliente de lutter contre son sentiment d’impuissance, et l’inciter à se privilégier dans ses choix. N’oubliez pas que votre attitude directive ira en diminuant au cours des entrevues – si vous continuez un contrat d’aide avec la cliente – et disparaîtra à court terme.

lundi 29 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 38e partie

«L’Universalisation »

La technique d’ «universalisation » permet à la cliente de constater qu’elle vit des émotions semblables aux personnes confrontées à un problème similaire : « Les femmes qui connaissent une expérience de violence conjugale éprouvent, dans la majorité des cas, un sentiment d’injustice et de colère. » Cette technique permet de briser l’isolement et assure à la cliente que sa situation ne relève pas de sa responsabilité personnelle. « La violence envers les femmes est très répandue, près d’une femme sur dix, au Canada, est victime des agressions de son conjoint. » Le problème est donc situé dans son contexte social. « La violence envers les femmes renforce le pouvoir des hommes dans notre société. C’est pourquoi le silence est si fréquent. »

Les techniques d’ « universalisation » doivent être employées à bon escient pour éviter de minimiser la situation vécue par la cliente et ne pas devancer la réflexion personnelle de celle-ci. Elles suivent généralement une verbalisation et en renforcent sa valeur.

Les techniques basées sur une analyse féministe et celles empruntées à « l’approche de court terme » appuient efficacement l’intervention. Ces moyens assurent une aide qui tient compte de la situation émotive de la cliente en crise et de ses besoins d’aide concrète. Ils appuient les différents rôles que vous devez assumer au cours de l’entrevue de crise.

Les diverses techniques décrites s’inscrivent dans un cadre précis d’intervenir et créent un contexte privilégié pour la femme violentée. En plus de ces connaissances spécifiques, vous avez des rôles précis à assumer comme thérapeute, comme intervenante et comme femme. Ces rôles permettent d’établir une relation de confiance dans un climat de solidarité.

La relation
La cliente est souvent méfiante envers les services d’aide. Elle craint d’être tenue responsable de sa situation de violence. Elle a peut-être déjà reçu une aide inadéquate de certains professionnels et redoute que vous lui disiez de quitter son conjoint. Il faut donc établir rapidement la relation et définir le type de service qu’elle est en droit de recevoir.

Elle doit sentir immédiatement que vous la respectez en tant qu’individu et que vous respectez la situation qu’elle vit. La façon dont vous la traiterez lui confirmera qu’elle n’est pas, à vos yeux, une personne sans valeur, une « non-personne », comme elle est habituée à se le faire entendre dire par l’agresseur. Votre attitude n’est en rien surprotectrice. Rappelez-vous que la surprotection confirme à l’autre son incapacité et vous confère le pouvoir du savoir et des décisions. Elle peut également signifier qu’entendre toute l’histoire des violences subies, avec ce qu’elle comporte d’horreur, vous met mal à l’aise.

Cet élément est important et il vaut la peine de s’y attarder quelque peu. En effet, au début de leur pratique auprès de cette clientèle, les intervenantes parlent beaucoup de leurs difficultés à recevoir le contenu émotif et factuel du vécu de violence des victimes. Certaines praticiennes ont exprimé la crainte qu’elles avaient d’ajouter à la douleur que vit déjà la cliente, en favorisant l’expression du vécu émotif. Au cours de divers enseignements dans le milieu de services sociaux et des services communautaires, nous avons constaté que cette réaction est associée à une sous-évaluation des capacités personnelles des femmes battues. De plus, la réception d’un tel contenu met en relief la vulnérabilité de l’intervenante comme femme et victime potentielle. Certains moyens sont alors employés par l’intervenante pour se protéger contre ce genre de contenu : elle parle beaucoup, amène les échanges sur le plan rationnel et factuel, maintient la victime dans ses rôles de mère et d’épouse, propose rapidement des solutions concrètes, intervient sur un mode interrogatif qui incite à des réponses courtes et rassemble un nombre considérable d’informations. Dans ce cas, lorsque les émotions de la cliente surgissent, il suffit alors, pour réduire leur expression, de les expliquer et de les analyser.

Mais, les femmes battues ressentent déjà tous ces malaises et vivent quotidiennement avec ces émotions. Le fait d’en parler ne les augmente pas, mais les rend simplement plus présentes, et les clientes peuvent enfin se permettre de les ressentir et de se réapproprier leurs pertes émotives. En facilitant l’expression des sentiments et en éclaircissant leur contenu, vous offrez à ces femmes la possibilité de vivre un certain apaisement de leur surcharge émotive. Elles peuvent également commencer à y voir plus clair et à faire des liens entre leurs diverses émotions. Avec l’appui qu’elles reçoivent, elles redonnent une juste valeur à ces sentiments, elles en atténuent certains, découvrant qu’ils sont générés et nourris par l’agresseur. Ce déblayage émotif doit être fait pour que la victime parvienne à se mobiliser dans des actions concrètes. Il ne faut pas oublier que la cliente est la mieux placée pour élaborer ses réactions à la violence.

La relation avec la victime se veut sans surprotection. Ce contexte lui permet d’exprimer ses douleurs – pour certaines femmes, ce sera la première fois. Ce climat facilite également la fin du silence sur certains types de violence : sexuelles, avec armes, etc. De plus, il n’est pas essentiel de lui demander des détails sur les formes de violence qu’elle a subies, elle le fera d’elle-même dès qu’elle se permettra d’exprimer son vécu émotif.

Vous l’inviterez donc à envisager un nouveau rapport. Vous êtes une « personne ressource », mais vous êtes aussi une femme qui a connu les mêmes apprentissages. Vous représentez un modèle. Pour cette raison, votre relation s’établit sur un mode affirmatif. Vous intervenez donc lorsqu’elle tient des propos dénigrants sur elle-même. Votre action met également fin à ses attitudes de victimisation et son propre comportement lui est révélé pour qu’elle y mette fin consciemment.

La relation se fait dans un climat qui aide la femme battue. La victime doit y retrouver un contexte de sécurité émotive et physique. Vous l’assurez que sa visite est confidentielle.

Finalement, la relation de dialogue sert de garantie à la démarche d’aide. La victime reçoit, dans un langage accessible, l’information basée sur un nouveau rapport, tendant à réduire l’inégalité et les zones de pouvoir.

samedi 27 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 37e partie

Le Partage des connaissances

Une des façons de lui donner du pouvoir est naturellement de lui faire partager vos connaissances. Sans bâtir l’entrevue uniquement sur une démarche rationnelle, il peut être sécurisant pour la cliente de comprendre certains aspects de la dynamique de la violence. Par exemple, il peut être positif d’examiner avec elle ce que sont le cycle et l’escalade de la violence, pour qu’elle puisse alors étudier ses réactions dans de telles circonstances et se déculpabiliser ainsi de sa manière de conduire le processus évolutif des ruptures.

Une femme battue disait : « Je suis contente de savoir comment se produit le cycle de la violence, je croyais que j’étais folle de ressentir de l’affection pour lui. » Une autre réagissait ainsi à l’explication des ruptures évolutives : « Je ne suis pas certaine de résister à un retour avec lui, mais, cette fois-ci, je sais ce que je veux et ce départ n’est pas inutile. »

Ce genre d’information soutient la cliente dans ses réactions. Vous pouvez en plus lui faire connaître vos hypothèses. Cette démarche permet à la femme battue de prendre une part active dans la relation d’aide et de vivre une expérience où le pouvoir, que donne le savoir, est partagé. La relation n’est pas celle où l’expert établit un diagnostic et fait un traitement. La cliente est ici partie prenante du processus; elle n’est pas considérée comme un malade, mais comme une personne qui a les capacités et le pouvoir de changer : « Ce que je crois, c’est que ta peur de la solitude est tellement grande que tu refuses d’examiner la relation de couple que tu vis actuellement, qu’en penses-tu? Peux-tu me dire ce que tu penses de cette idée qui me vient actuellement : pour te protéger de la douleur que tu as vécue au cours de ces différentes scènes de violence, tu enfermes tes émotions dans une boîte. »

Les Contre-discours
Afin de soutenir la cliente, il faut combattre les discours sur la victimisation. Elle a constamment reçu le message qu’elle était faible et sans valeur. L’intervenante féministe croit aux capacités des femmes. Les difficultés de la victime ne sont pas reliées à une pathologie, mais à un manque d’habileté à s’affirmer. De plus, en tant que femme et victime, elle ne s’accorde pas le droit de se donner la priorité. Les contre-discours vont donc renforcer les capacités de survie de la cliente face aux violences. Vous lui ferez constater qu’elle n’a pas appris à s’affirmer, mais que cela se développe et s’apprend. De plus, elle découvrira que cette difficulté n’est pas associée à un manque de capacités personnelles. « Si tu éprouves de la difficulté à dire non, ce n’est pas parce que tu en es incapable. Mais, en tant qu’ex-enfant battue et en tant que femme, tu n’as pas eu l’occasion de l’apprendre. Tu as tout à fait raison de vouloir penser à toi et d’exiger qu’on te respecte. »

Les contre-discours lui permettront de réduire ses propres préjugés contre la violence. Ils valideront ses besoins et les renforceront en lui donnant accès à une analyse différente de violence. Les contre-discours peuvent faire partie des « alliances », de l’ »universalisation » ou être utilisés dans diverses techniques de soutien. Ainsi confrontée à de nouveaux schèmes de référence, la cliente peut trouver les appuis indispensables pour rompre le cycle des agressions et l’aider à se mobiliser.

La femme violentée avance en se questionnant rationnellement. Elle ne peut engager aucune action concrète si elle ne modifie pas ses anciennes certitudes. Ces dernières maintiennent sa passivité et sa position de retrait. Elle devra développer d’autres valeurs pour consentir à s’accepter. En entrevue de crise, il est évident que ce processus d’évolution ne fait que s’amorcer. Il peut toutefois devenir, pour la cliente, un facteur décisif de changement.

Techniques associées à l’approche de « court terme »
En plus des techniques basées sur une analyse féministe, il peut être intéressant d’employer des techniques associées à l’approche de « court terme ». Trois techniques s’avèrent particulièrement intéressantes dans l’intervention auprès des femmes battues en situation de crise, soit, la « réassurance », l’encouragement des comportements dirigés vers l’action et la technique d’ « universalisation ».

La «Réassurance »
Il faut « réassurer » la cliente de ses forces et capacités personnelles. L’intervenante met en évidence les aptitudes et les ressources personnelles de la femme violentée. Elle reçoit donc des paroles qui lui confirment la confiance que vous avez en elle. « Tu as fait preuve de beaucoup d’imagination pour arriver à vivre avec ton peu de ressources financières. Cette capacité d’organisation te servira à nouveau, pour réaménager tes nouvelles conditions de vie. » Cette attitude suscite l’espoir et l’entourage à persévérer dans sa tâche de reconstruction. « Ta richesse émotive te guidera pour construire de nouvelles relations avec des amis. »

Ce type d’attitude rappelle à la cliente que la situation peut se modifier, à partir des capacités personnelles qu’elle concrétisera dans un nouvel engagement. La situation n’est pas considérée comme immuable ni la victime comme « incapable ». La notion de changement fait partie de la démarche d’espoir. « Il est possible de mettre fin à cette situation de violence, même si la démarche est longue et ardue, tu peux retrouver la liberté à laquelle tu as droit. »

La « réassurance » permet également d’atténuer certaines inquiétudes reliées à la situation de crise. « En éclaircissant certaines émotions et besoins, la confusion que tu éprouves diminuera peu à peu. »

Encourager les comportements dirigés vers la tâche
La femme battue en situation de crise a besoin de se mobiliser. Les tâches l’incitant à l’action lui permettent de lutter contre ses comportements de passivité. Le renforcement des comportements axés sur des tâches (des devoirs ou des exercices à faire) prennent donc une importance très grande lors de l’entrevue de crise. Ce type d’appui réduit le sentiment d’impuissance et d’incapacité. La cliente se voit soutenue dans ses capacités à agir et à réagir dans la situation critique. L’intervenante assure la cliente qu’elle peut reprendre du pouvoir dans sa vie et qu’elle est en mesure de décider pour elle-même.

Pour ce faire, vous soutenez et encouragez les initiatives et les efforts de la cliente pour qu’elle s’implique activement dans la résolution de ses difficultés. « C’est une excellente initiative que de vouloir appeler un-e avocat-e pour vérifier ta protection financière. Je peux te suggérer quelqu’un. » Dans le même ordre d’idée, vous soulignez ses réussites antérieures. « C’est une bonne idée de reprendre tes cours de comptabilité. Tu y réussissais bien et, de plus, cela te garantit une future autonomie financière. »

La valorisation des initiatives que prend la cliente la pousse à découvrir son potentiel personnel et à se voir dans une position d’autonomie. « Ta décision de refuser toute nouvelle manifestation de violence est totalement justifiée et va te permettre de faire des choix en tenant compte de tes propres besoins. »

jeudi 25 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 36e partie

Position contre la violence

Comme il a été mentionné, précédemment, l’intervention ne se fait pas dans un contexte neutre. La sécurité de la victime prédomine dans l’entrevue. Votre position contre la violence doit être claire pour qu’elle sache que vous ne remettez pas en question son expérience de victime. Il ne suffit pas de prendre position une fois dans l’entrevue pour que la femme battue soit sécurisée. Chaque fois qu’elle se rend responsable ou reprend à son compte le discours culpabilisant de l’agresseur, vous lui répétez que la violence est un mode inacceptable de fonctionnement. Ce discours risque d’être nouveau pour elle. Elle va probablement tenter de vous mettre à l’épreuve, en vous donnant une série d’informations qui renforcent, selon elle, sa responsabilité dans les scènes de violence.

Le soutien reçu dans la dénonciation de violence permet à la victime de se déculpabiliser et de donner un sens différent aux événements. Elle peut aussi se détendre et abaisser ses défenses puisqu’elle n’a pas à donner de justifications à sa situation. Il faut toutefois se rappeler que vous devez dénoncer les actes de violence mais ne pas attaquer l’agresseur en tant qu’individu : « Il a le droit d’être en colère, mais cela ne justifie pas qu’il ait recours à la violence. Même s’il regrette sa perte de contrôle, il n’a aucune excuse de t’avoir frappée. »

Les femmes violentées agressent parfois leurs enfants. Cette réalité ne doit pas modifier la dénonciation de la violence. Toute violence demeure inacceptable et le contexte de victimisation de la femme ne peut justifier sa propre violence. Vos messages peuvent tenir compte de cette situation : « Aucun être humain ne mérite d’être agressé. La violence est inacceptable, qu’elle soit faite envers un enfant ou envers un adulte. » Ces verbalisations peuvent l’aider à exprimer ses propres pertes de contrôle et l’assurer qu’il existe des moyens pour l’aider à résoudre ses difficultés.

La cliente sait donc à quoi s’attendre et se sent respectée comme individu à part entière. Elle sait que vous n’approuvez pas ses agressions envers ses enfants.

Conscientisation
Les femmes battues ont souvent intégré les stéréotypes féminins. Leur fonctionnement se base sur les règles sociales établies selon des rapports de domination. De plus, elles se sentent responsables et coupables de certaines réactions. Elles ne voient pas que les pressions sociales influencent de façon déterminante leurs réalisations personnelles. Ainsi, prennent-elles pour un problème individuel ce qui n’est qu’une conséquence des normes sociales existantes. Être victime de violence les rend honteuses et coupables, mais en réalité ce sont les conventions sociales qui définissent, dans notre société, les femmes battues et violées comme des provocatrices et des masochistes. Ce discours est naturellement repris par l’agresseur qui se sent approuvé par la société.

Une partie importante de ses sentiments de culpabilité et de honte est directement reliée aux pressions sociales. Le travail de conscientisation permet à la victime d’évaluer différemment les origines de ses émotions : « Tu te sens égoïste dès que tu penses à toi, car la règle qu’on exige des femmes, c’est de « s’oublier ». La majorité des femmes sont paralysées lorsque leur conjoint les agresse. On ne nous a jamais dit que le protecteur et le prince charmant pouvaient se transformer en agresseurs, alors quand cela arrive, on est stupéfaites ».

La femme battue est prise dans une « toile d’araignée ». La « toile sociale » qui la garde prisonnière, la maintient dans une position de dépendance au conjoint. Si elle dénonce le piège, elle provoque le maître des lieux et voit la toile se refermer sur elle. Chaque échelon social, juridique, économique de la toile contribue à la maintenir dans sa situation de dominée. Évidemment, les institutions diront que ce n’est pas la toile qui l’emprisonne, mais que c’est la femme elle-même qui tisse ce nid qu’elle aime.

Le travail de conscientisation permet de voir la place qu’occupe la domination des hommes sur les femmes et particulièrement celle de l’agresseur sur sa victime. La femme violentée reçoit donc une nouvelle analyse – non culpabilisante – de son problème, analyse qui ne caractérise pas ses difficultés comme étant d’ordre purement psychologique.

mardi 23 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 35e partie

Les Techniques de soutien

Mobiliser une femme victime de violence et l’inciter à agir pour elle-même nécessite une intervention directive et active. Ce type d’action n’exclut en rien un contexte de soutien. Au contraire, les techniques d’aide doivent être nombreuses et variées. Une femme battue en situation de crise ne peut progresser que si elle se sent soutenue. Elle s’engagera dans des actions concrètes si elle reçoit de l’aide pour affronter l’angoisse de ses premiers changements.

Les techniques de soutien employées au cours de l’entrevue de crise sont de deux sortes : la première s’appuie sur une analyse féministe, la deuxième se situe dans le cadre de l’intervention planifiée à court terme.

Techniques s’appuyant sur une analyse féministe
Établir un contact dans une relation basée sur des principes féministes crée un climat de soutien particulièrement riche. La relation égalitaire permet un rapport nouveau pour la victime et tend à diminuer le contexte d’autorité dans lequel la femme battue fonctionne habituellement.

La Place du tutoiement
Au début de l’entrevue, vous utilisez le vouvoiement lorsque vous interpellez la cliente. Celle-ci doit se sentir respectée et accueillie comme une personne ayant une valeur personnelle. En employant trop tôt le tutoiement, vous créez un climat de familiarité dans lequel la cliente se sent réduite à un état d’infériorité. Vous renforcez alors sa position de victime.

Au cours de l’entrevue, lorsque le climat de confiance est établi, vous pouvez en augmenter l’intimité en demandant à la femme violentée, si elle accepte que l’une et l’autre, vous ayez recours au tutoiement. En passant au « tu », vous pouvez démystifier votre rôle et favoriser des alliances avec la cliente.

Toutefois, le tutoiement ne doit pas être systématique. En effet, certaines femmes battues se montrent méfiantes. Il est alors nécessaire de respecter le rythme de vos clientes en maintenant le vouvoiement.

L’emploi du tutoiement doit servir à créer un climat de solidarité et de confiance. Il vient renforcer votre intervention de soutien et consolider la relation qui débute avec la cliente.

Les Alliances
Il est très encourageant pour la femme violentée de sentir que vous pouvez comprendre de l’intérieur ce qu’elle vit ou ressent. Les alliances brisent la neutralité et crée une solidarité. La relation s’enrichit d’un échange basé sur une expérience commune et démystifie certains vécus. Elle se sent plus à l’aise. Les alliances ont pour but de valider le vécu de la cliente et de soutenir sa démarche. Cette technique rejoint un principe « d’universalisation ». Il ne s’agit pas de se citer en exemple et de reproduire les rapports de domination, mais de s’ajuster au rythme de la femme violentée et à son besoin de soutien. Une alliance qui anticiperait les verbalisations de la cliente minimiserait et atténuerait son vécu. Une alliance qui accompagne et renforce la valeur de l’expérience de la cliente lui procure un soutien pertinent.

Le premier type d’alliance se fait en fonction d’un vécu commun et tant qu’individu : « Moi, j’ai connu une situation de divorce, je sais à quel point c’est difficile. » « Comme toi, j’ai déjà pensé à un avortement, l’angoisse est grande et la décision est déchirante. » La personne ne se sent plus comme une exception, parce qu’elle a rencontré une autre femme qui a vécu une situation similaire dans toute son ampleur. Cette alliance faite au bon moment peut la sécuriser et l’inciter à poursuivre ses verbalisations. Elle lui confirme également la justesse de ses émotions qui peuvent être ressenties par d’autres personnes dans une même situation.

L’alliance se fait également en fonction des conditionnements communs reçus en tant que femme : « Comme à toi, on m’a enseigné qu’être une femme, c’était, avant tout être douce et ne pas faire de colère. » « Moi aussi j’ai appris qu’être une femme, c’est s’oublier et ne penser qu’aux autres. » Cette alliance situe les conditionnements. Elle permet à la cliente de reconnaître des réactions attribuables à ce qu’elle a intégré des stéréotypes féminins. Elle peut s’en distancier et identifier par la suite ce qui lui est propre.

L’intervenante et la cliente appartiennent au même groupe, elles font partie du même groupe d’opprimées dans la société. La violence rejoint une peur viscérale chez les femmes. Quelle femme n’a pas peur de sortir seule le soir ou de se retrouver seule dans un terrain de stationnement? La majorité des femmes ont intégré la menace collective du viol. Il y a donc des alliances possibles en fonction de l’appartenance à un même groupe : « Ce n’est pas un hasard si ce sont les femmes qui font l’objet des violences conjugales dans notre société. On nous demande de faire passer nos rôles de mère et d’épouse avant tout. »

Finalement, il y a l’alliance possible comme victime. Si vous avez connu différentes violences dans votre vie, le partage de ce vécu peut favoriser une alliance très efficace pour la cliente : « J’ai déjà été victime d’une agression dans la rue et cela m’a demandé des mois avant de dépasser cet événement, j’imagine à quel point la situation peut être encore plus pénible pour toi qui as connu cette violence dans le couple. » « J’ai déjà eu un partenaire violent, je sais très bien de quoi tu parles et ce que cela fait vivre. »

Les alliances peuvent donc faciliter la démarche pour la cliente et lui offrir une relation d’aide solidaire. Elles doivent toujours être employées dans le but de soutenir la cliente et de lui permettre d’avancer dans sa démarche. À aucun moment, cette position ne doit servir les intérêts de l’intervenante ni répondre à ses besoins personnels.

samedi 20 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 34e partie

Les lieux
Comment peut-elle se sentir plus en sécurité dans la maison? Y a-t-il une pièce fermant à clé où elle pourrait se réfugier en cas de danger? Peut-elle modifier l’aménagement de la pièce où la violence se produit le plus souvent (la cuisine et la chambre à coucher), pour éviter, par exemple, d’être coincée entre les meubles? Les sorties de secours de la maison sont-elles utilisables? Les fenêtres, les portes brisées, peuvent-elles être réparées sous prétexte d’améliorer l’appartement ou la maison? Certains objets dangereux peuvent-ils être cachés? Vous analysez avec elle toutes les possibilités qu’elle envisage pour essayer de se sentir davantage en sécurité dans ces lieux. Une simple modification peut permettre à la victime de s’échapper quand elle est agressée.

L’aspect matériel
Il peut être sécurisant de préparer un éventuel départ grâce à certaines dispositions matérielles : prévoir, par exemple, un sac déposé chez une personne de confiance, ou dans un endroit précis de la maison; il doit contenir assez d’argent pour payer un taxi ou une nuit à l’hôtel, des documents comme le contrat de mariage, les certificats de naissance ou des reçus importants, un vêtement de rechange pour elle et les enfants.

Les ressources humaines
Les enfants assistent souvent aux scènes de violence. Parfois la victime ne répond pas aux agressions du conjoint de crainte que les enfants ne soient blessés. Que peut-elle discuter avec eux qui, de toute manière, se trouvent mêlés à cette violence : qu’ils se sauvent dans une pièce dès que les conflits éclatent, qu’ils se réfugient chez des voisins ou encore qu’ils sortent du domicile pour appeler les policiers etc. Y a-t-il des personnes autour d’elle qui pourraient l’aider : appeler la police dès qu’ils entendent des bruits, lui offrir de venir se réfugier chez eux quand se produisent des agressions, recevoir les enfants quand ils se présentent? Connaît-elle une personne avec laquelle elle peut parler, pour être soutenue, si la violence reprend? Savoir qui pourra l’aider est important pour assurer sa protection.

La Indices de l’escalade
La victime sait généralement bien comment fonctionne l’agresseur. Cela lui permet de prévoir toute escalade de violence et d’essayer de se protéger le plus rapidement possible. Vous essayez d’énumérer avec elle, les signes précurseurs d’une perte de contrôle afin qu’elle se prépare à agir rapidement et à fuir. Citons par exemple : l’état d’ébriété, les soirées, les fins de semaine, les menaces verbales, etc.

Les Ressources
La cliente doit être informée de principales ressources qu’elle peut utiliser en situation de crise. Peut-elle noter le numéro de téléphone de la police dans un endroit facile d’accès ou le mémoriser? De plus, elle doit connaître les services offerts par la police et l’aide à laquelle elle a droit. Le numéro des services de l’urgence sociale peut être également donné ainsi que celui des maisons d’hébergement. Vous lui précisez qu’elle peut être hébergée en tout temps dans les refuges pour femmes en difficulté (soit en appelant directement, soit en le demandant à la police, aux services sociaux ou médicaux). De plus, vous faites avec elle la liste des ressources disponibles dans son milieu, pour briser l’isolement : centre de loisirs, groupes populaires, groupes de femmes, organismes bénévoles, etc. Rappelez-lui que son isolement réduit sa marge de manœuvre et augmente le pouvoir de l’agresseur.

Dans le cas où elle accepte de poursuivre sa démarche de demande d’aide, vous fixez tout de suite avec elle la date de la prochaine rencontre, et ce à une date assez proche. Un contrat de douze rencontres sera négocié et vous établirez avec elle des objectifs précis afin qu’elle sache clairement le type de processus dans lequel elle s’engage.

S’il y a rupture de la relation conjugale
La femme violentée qui décide de ne pas retourner vivre avec son conjoint doit affronter un grand nombre de situations nouvelles. Elle a besoin de connaître plusieurs ressources qui lui soutiendront dans sa décision. Elle se sentira ambivalente et l’agresseur tentera un rapprochement avec elle, afin qu’elle change de décision. Puis, après quelques temps il emploiera de nouveau les menaces.

Certaines femmes battues décident de quitter l’agresseur pour un court laps de temps, afin de faire pression sur lui dans l’espoir qu’il modifiera ses comportements violents. D’autres femmes quittent leur partenaire dans le but de rompre définitivement. Dans tous les cas, il est important qu’elles déterminent ce qui motive leur départ et ce qu’elles désirent personnellement en optant pour cette décision, afin de réduire les risques de se retrouver devant un sentiment d’échec. Une fois de plus, il faut rassurer la victime sur son droit de changer d’avis. Lui rappeler cette possibilité permet à la cliente de ne pas vivre de culpabilité si elle modifie son choix et de sentir que vous la soutenez inconditionnellement.

Les diverses informations que vous donnez à la cliente doivent être précises, claires et pertinentes. Elles seront sûrement à réviser au fur à mesure. Toutefois, pour affronter sa nouvelle situation, la victime a besoin de recevoir, un certain nombre d’informations qui répondent à ses inquiétudes immédiates et éclairent ses choix. Des informations précises permettront à la cliente de se sentir rassurée. Elle saura, par exemple, qu’elle peut se protéger financièrement et obtenir la garde des enfants, sans engager des procédures de divorce. Il ne faut pas oublier qu’un départ n’est pas nécessairement définitif et qu’il peut être le début ou la poursuite du processus évolutif des ruptures.

jeudi 18 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 33e partie

S’il y a retour avec le conjoint

La femme battue qui décide de retourner avec l’agresseur prend une décision qu’en tant qu’intervenante vous pouvez parfois accepter difficilement, puisque vous connaissez les fortes probabilités d’une nouvelle agression. Mais votre intervention doit respecter ce choix. L’expérience qu’elle vient de vivre peut lui servir de tremplin dans ce processus évolutif des ruptures.

Faire ressortir les acquis
Il faut donc consolider les acquis de cette demande d’aide pour mieux préparer une éventuelle rupture. C’est dans ce contexte que vous situerez son retour. Vous envisagerez avec elle cette possibilité afin qu’elle sache ce qu’elle a vérifié et intégré dans l’acte qu’elle vient de réaliser, donc que son retour n’est pas une reddition. Elle retourne avec son conjoint pour vérifier certains points importants dans sa vie ou pour se confirmer qu’elle a fait tout ce qu’elle pouvait. Vous l’aidez à identifier ce qu’elle veut prouver par son retour. En faisant le bilan de ses motifs, elle fait une démarche plus rationnelle, elle prépare et établit son nouveau seuil de tolérance. Ainsi, si une nouvelle rupture se produit, elle y a réagira avec un moins grand sentiment d’échec et de culpabilité.

Donner l’information légale
Tout d’abord, les poursuites s’établissent en fonction des différentes juridictions.

Les poursuites privées et publiques se font à la Cour supérieure et aux Sessions de la paix. Les mesures de protection des enfants s’inscrivent au Tribunal de la jeunesse (au Québec, loi de la Protection de la jeunesse).

Lors des poursuites en Cours supérieure, deux actions peuvent être engagées pour protéger les intérêts de la femme battue, sans qu’elle soit obligée de demander le divorce – les mesures provisoires et les demandes à la Chambre intérimaire.

Les mesures principales demeurent la demande de séparation ou de divorce. Toutefois, des mesures provisoires peuvent être demandées en attendant toute décision concernant la séparation ou le divorce. Les mesures provisoires concernent : la garde des enfants (il y a encore témoignage des enfants), la demande de pension, l’usage du domicile, l’usage des meubles.

En attendant les mesures provisoires, à la Chambre intérimaire, il n’y a pas d’enquête, même sur la garde des enfants. Le dossier est présenté sur affidavit. Cette procédure est rapide. En effet, le délai maximum pour signifier à l’autre avocat est de cinq jours.

La saisie avant jugement se fait par voie purement administrative. La femme n’a pas à se présenter devant la Cour. Toutefois, elle doit avoir engagé une procédure maîtresse, c’est-à-dire une demande en séparation ou en divorce.

En plus de ces poursuites, l’intervention du Tribunal de la jeunesse peut assurer une ordonnance interdisant au parent violent d’avoir tout contact avec ses enfants.

Vous lui donnerez toute l’information légale et matérielle dont elle a besoin dans sa situation. Ces informations seront suffisamment élaborées pour qu’elle puisse bien comprendre ce qui correspond à sa situation. Elle pourra immédiatement les utiliser si elle le désire.

Il est également important de lui montrer l’intérêt d’un examen médical des blessures qu’elle a subies afin d’éviter de futures complications. Souvenez-vous que les femmes battues et leurs enfants se trouvent souvent en mauvaise santé.

Offrir un suivi
L’entrevue que vous venez de vivre avec cette cliente est d’autant plus importante qu’il est possible qu’elle refuse un suivi. Elle doit donc avoir reçu suffisamment d’informations et d’aide dans la première rencontre pour considérer que sa demande d’aide valait les risques qu’elle a pris. Si cette expérience s’est avérée satisfaisante, elle saura où aller chercher des appuis lors d’une récidive. Vous pouvez lui demander si elle accepte de vous redonner de ses nouvelles dans un délai fixe. Cette suggestion lui prouve que vous avez un intérêt pour elle et que vous vous préoccupez de l’évolution de sa situation. Si elle refuse, il ne vous reste qu’à l’assurer de votre disponibilité en cas de besoin.

Vous proposez également à la cliente de la rencontrer de nouveau afin de poursuivre la démarche. Si elle accepte, des conditions de sécurité doivent être établies pour minimiser les risques d’agression. Si le conjoint apprend qu’elle vous voit régulièrement cela peut la placer en situation de danger. Examinez avec elle à quel rythme vous pouvez la rencontrer et comment elle justifiera ses absences. Vous lui garantissez le respect de ses stratégies de protection. Est-il possible d’établir des contacts téléphoniques – appeler chez une amie ou une voisine qui fera les messages, la contacter uniquement à son travail, prévoir des appels réguliers où elle-même vous contactera, etc.

Établir un scénario de protection
Vous discuterez avec la cliente des risques de récidive. Pour assurer davantage sa sécurité, vous lui proposez d’élaborer, avec elle, un scénario de protection. Vous lui précisez qu’il ne s’agit pas d’élaborer un plan pour contrôler les agressions, mais de voir comment augmenter sa protection personnelle. Il faut trouver les moyens que peut se donner la femme battue pour réagir rapidement à chaque signe d’escalade de violence. Cette précision est importante car les femmes battues se sentent responsables des agressions de leur conjoint. Pour éviter un sentiment d’échec, le scénario de protection est donc présenté comme une simple tactique pour réduire les risques de blessures. Toutefois, ces précautions ne font pas disparaître les risques de violence et en peuvent assurer une protection complète, mais elles peuvent diminuer les risques de paralysie de la victime qui saura davantage se défendre face à une agression.

Ce type de fonctionnement permet à la victime de demeurer en alerte de ne pas donner complètement le pouvoir à l’agresseur. Elle augmente donc ses capacités de défense. Chaque scénario de protection s’établit selon les ressources dont dispose la femme victime de violence. Voici quelques données à vérifier.

lundi 15 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 32e partie

Des moyens pour soutenir la démarche

Employer la relaxation
Il suffit parfois d’un exercice de relaxation pour que la femme violentée approfondisse son vécu émotif. Par exemple : elle éprouve une émotion qu’elle ne peut nommer et qui se manifeste par des larmes ou des tremblements, vous aurez alors recours à un exercice de relaxation pour l’aider à laisser surgir son émotion, pour la technique de relaxation. Une séance de cette technique suffit bien souvent pour en provoquer l’explosion. Dans certains cas, il faut compléter cet exercice par un support verbal. Vous résumez alors le contenu exprimé au cours de l’entrevue qui a provoqué cette émotion. Elle parvient ainsi à la ressentir davantage. Les techniques de « support » et de valorisation de ses émotions favorisent la poursuite de la démarche.

Se servir du jeu du miroir
Parfois les femmes battues éprouvent des difficultés à s’exprimer et se montrent peu loquaces. Certaines ne parviennent même pas à parler. Comme vous connaissez les émotions les plus fréquentes chez ces femmes en situation de crise, vous allez faire l’exercice du miroir. Vous expliquez à la cliente que vous allez être son « miroir » et vous parlez à la première personne. En disant « je », vous faites comme si vous viviez ses propres émotions, vous lui reflétez son image, mais empreinte de ses émotions. Puis, vous lui demandez de vous dire, par un signe de la tête, si elle se reconnaît dans ce que vous exprimez. Dans bien des cas, elle se laisse submerger par les émotions exprimées, et accède ainsi à ses blessures émotives.

Lorsqu’elle vous fait signe qu’elle ne se reconnaît pas dans une émotion exprimée, vous l’invitez à vous l’expliquer en détail. De cette façon, elle précise son contenu émotif et commence à exprimer ce qu’elle-même ressent. Elle entre donc tranquillement en contact avec son émotion, elle la nomme, l’identifie et la précise. L’amorce vient de se faire. Si cela s’avère nécessaire, vous maintenez le même processus pour aborder d’autres émotions qui peuvent se manifester chez elle par des messages non verbaux.

Respectez la zone personnelle
Toute personne a besoin d’un espace vital pour se sentir bien. La distance physique que chaque individu établit en présence d’un autre représente cette zone personnelle. La femme battue a connu une invasion violente de sa zone personnelle par l’agresseur qui, bien souvent, a attenté à son intégrité physique. Il est important de respecter la zone personnelle de la cliente lorsque vos établissez une relation d’aide avec elle pour qu’elle se sente à l’aise et respectée dans la situation difficile qu’elle vit.

Il faut être certaine qu’elle peut recevoir un geste de réconfort avant de le faire. Certaines femmes battues, comme bien d’autres personnes d’ailleurs, n’aiment pas être touchées. Parfois, un réconfort physique donné trop rapidement peut contribuer à créer une relation où la cliente se sent consolée, mais non accompagnée pour vivre ses anxiétés et trouver ses propres solutions. Ces règles élémentaires prennent toute leur importance lorsque la cliente ne possède rien en tant qu’individu, pas même un espace vital.

S’utiliser comme « baromètre »
En situation de crise, les émotions se vivent de façon intensive. Vous devez être très attentive aux manifestations verbales et non verbales de la cliente. Comme un « baromètre », vous devez être consciente des variations du rythme de prise de conscience de la cliente, pour faciliter l’expression de son vécu émotif. Vous devez donc respecter certains points essentiels, garder le silence aux moments opportuns pour permettre à la femme violentée de vivre ses difficultés et de les affronter, lui donner l’assurance de ses capacités personnelles – en tant qu’individu et non en tant que mère et épouse - , lui apporter une brève information pour atténuer son inquiétude et lui faire percevoir le climat émotif dans lequel elle vit.

Cette attention donnée aux différents stades par lesquels passe la femme battue renforce l’efficacité de l’entrevue de crise, puisque chaque acquisition, si minime soit-elle, peut être un facteur décisif à tout acte de reprise en charge de sa vie.

Tous ces moyens sont employés pour abaisser les tensions liées au vécu émotif. À partir du moment où ces tensions s’atténuent, vous observez divers changements : l’agitation de la client diminue, sa respiration est moins rapide ou moins saccadée, elle parle moins vite, l’expression de son visage se modifie, ses pleurs sont moins nombreux et le déroulement de la rencontre devient plus rationnel. Elle commence à évaluer ses possibilités de choix et leurs conséquences et à examiner comment elle pourrait concrétiser ses décisions. Elle est donc prête à aborder la deuxième étape de l’entrevue de crise, celle de l’action et de la décision.

Favoriser une crise de décision et offrir de l’aide concrète

Quand les tensions émotives sont réduites, la femme battue doit prendre une décision concernant le maintien ou non de la relation de couple. Il est essentiel de la prévenir qu’elle sera peut-être amenée à revenir sur ses premières décisions, afin de lui éviter, le cas échéant, de se sentir en situation d’échec. Il est préférable de l’informer qu’en période de crise, elle se sentira ambivalente et que toute modification de ses choix fait partie de la démarche de réflexion. Savoir cela permet à la cliente de réduire ses exigences envers elle-même et l’aide à accepter l’idée que le problème sera long à régler.

De façon générale, les femmes battues connaissent peu leurs droits et les ressources existantes. Elles ont donc besoin d’informations sur ces sujets. Pour prendre une première décision, la cliente doit évaluer les risques qu’elle court. Dans cette deuxième partie de l’entrevue, des stratégies de protection devront être établies, que la femme battue quitte ou non son conjoint. De toute manière, ce dernier tentera de récupérer sa victime et il risque de la menacer et/ou de l’agresser de nouveau.

samedi 13 août 2011

VIOLENCE FAMILIALE 31e partie

L’Aliénation
L’agresseur joue avec sa victime : il ridiculise et tourne tout ce qu’elle dit et fait en dérision. Par son pouvoir absolu, il établit des règles et des normes d’appréciation qu’il modifie à son gré. La femme maltraitée n’a plus de point de repère pour se situer. Elle ne reçoit jamais de jugement sincère de l’autre. Comme elle tente de s’ajuster aux règles de l’agresseur pour réduire les frustrations de ce dernier et éviter qu’elles ne dégénèrent en violence, elle se retrouve alors dans une position constante d’aliénation. Ball et Wyman notent que cette situation discrédite les émotions et crée chez les femmes une impression de folie. En ce sens, il est important de ne jamais minimiser les sentiments qu’expriment les femmes.

Quels que soient les sentiments qu’exprime la cliente, vous devez les valider et en permettre l’expression. Vous donnez du support à celle qui éprouve de la difficulté à verbaliser ses émotions, en lui mentionnant que certains sentiments se retrouvent souvent chez les femmes battues. Ce type d’intervention permet parfois à la cliente de croire en la justesse de ses émotions.

Vous faciliterez l’évolution de la femme en situation de crise en suscitant l’expression de ces six émotions dont l’enchevêtrement et la confusion augmentent son inconfort et son déséquilibre momentané. L’atténuation des tensions ne peut se faire sans un travail sur le vécu émotif. C’est uniquement après cette étape que la cliente peut engager des actions concrètes et prendre une décision. Au cours de l’entrevue elle doit d’ailleurs être informée de cette étape, afin d’être sécurisée dans sa recherche d’une solution. Elle sait alors que son état de déséquilibre n’est que passager et qu’elle parviendra à une perception plus rationnelle, lorsqu’elle aura eu le temps de partager et d’éclaircir ses émotions. L’accompagnement du vécu que le support soit essentiel, il ne faut pas hésiter à toucher directement les sentiments présents et à mettre en évidence ceux qui ne sont pas clairement identifiés.

En intervenant sur le vécu émotif, vous constatez que la femme violentée parle souvent de l’agresseur, des enfants, de la situation de violence, mais que, dans bien des cas, elle éprouve une certaine pudeur à parler d’elle-même. Régulièrement vous reprenez le contenu de ses verbalisations en l’amenant à se centrer sur elle-même. Vous lui dites par exemple : « tu parles beaucoup des peurs des enfants, toi aussi, tu dois en ressentir de très grandes. Peux-tu essayer de «te connecter » avec ces émotions? Tu racontes toute une gamme d’événements de violence, ils ont dû te faire vivre des sentiments pénibles, non? »

Vous ne niez pas ses préoccupations immédiates, mais vous vous servez de ces informations comme « portes d’entrée » pour faciliter son implication personnelle. Cela aide la victime à parler progressivement de ses propres émotions et à les explorer de plus en plus profondément. Vous permettez à la cliente de les préciser et de les démêler. Elle apprivoise ainsi certains sentiments qui lui font peur.

Elle a survécu aux différentes violences en se censurant sur le plan émotif. Elle exprime parfois cette réaction de la façon suivante : « Depuis le temps que la situation dure, cela ne me fait plus rien. » N’hésitez pas à lui faire prendre conscience de cette règle de survie. Lui donner la confirmation qu’elle se protège de cette manière et qu’elle craint la douleur si elle « se connecte » avec ses émotions, lui permet de reconnaître l’existence de ses sentiments et de s’autoriser à les découvrir.

L’insistance que vous mettez à approfondir son vécu émotif crée un climat qui incite la femme battue à diminuer ses tensions en parlant de ses sentiments et en les vivant. Elle sent que vous êtes à son écoute et préoccupée par ce qu’elle vit. Progressivement, elle éclaircit ses diverses émotions et se les réapproprie. Cette première démarche représente une étape importante pour la femme battue qui a évolué dans un contexte où ses sentiments étaient ridiculisés, niés et exploités par l’agresseur.

Nommer les pertes personnelles
Les émotions peuvent être également abordées par le biais des pertes personnelles. Dans cette expérience de violence, la victime a perdu une partie de son estime de soi et de son autonomie, son intégrité psychologique et physique, ses idéaux personnels et familiaux, etc. En nommant ces pertes, la femme violentée peut identifier le vécu émotif qui leur est associé. Quelquefois, la peur de devoir abandonner un rêve traduit la peur de l’échec d’une vie : « Il m’est plus difficile d’abandonner mon rêve du couple et de la famille que d’affronter la peur de la solitude. » Cette perte fait surgir des émotions. Exploiter ces sentiments permet alors de rendre la démarche plus tangible et, dans certains cas, crée un contexte moins défensif.

Rappelez-vous que les blessures physiques peuvent permettre d’aborder les blessures émotives : « Ce qui est cassé en toi, les cicatrices que ton cœur porte douloureusement, etc… » Ces images aident à reconnaître les pertes émotives à leur accorder toute l’importance qu’elles prennent dans la vie d’une personne victime de violence.

Refléter les mécanismes de défense
Après avoir répertorié certaines émotions, la cliente, comme tous les être humains, se protège contre ses peurs par des mécanismes de défense. Elle redoute certains constats et appréhende certaines prises de conscience. La peur de l’inconnu et la peur de perdre le peu qu’elle possède l’amènent à vouloir éviter ce qui la menace dans son équilibre précaire. Elle tente donc de fuir et/ou de nier certaines émotions ou réalités.

Le but de l’entrevue de crise n’est pas de l’aider à rétablir l’équilibre antérieur. Cela ne suffirait pas à atténuer les difficultés vécues. Une nouvelle crise est probablement à envisager à plus ou moins brève échéance, si la victime ne profite pas de cette occasion pour modifier sa stratégie de fonctionnement. Elle vit une mobilisation importante pendant la crise, et il est donc urgent qu’elle se serve de cette expérience pour découvrir de nouvelles possibilités et réaliser le prix qu’elle paie sur le plan émotif pour maintenir la situation habituelle.

Les mécanismes de défense peuvent servir de signal à la cliente pour identifier ce qui la menace. Vous la mettez face aux mécanismes de défense que vous observez chez elle, en la soutenant afin qu’elle découvre ce qui fait l’objet de telles mesures de protection. De cette façon, elle pourra mieux évaluer ses choix : « Tu as déjà mentionné avoir pensé au suicide mais tu dis ne jamais ressentir de peine après les agressions. Même si tu nies les sentiments que tu éprouves, tes idées suicidaires te rappellent que tes sentiments sont bien là. Peux-tu essayer de trouver contre quelle douleur te protège cette négation? »

Décomposer et analyser ses schémas de fonctionnement lui permet d’approfondir ses sentiments. La démarche de la cliente risque alors de s’enrichir davantage puisqu’elle a accès à ses propres émotions.

Valider les émotions
Identifier et vivre les émotions qui sont liées à une situation de violence représente une démarche angoissante pour la femme violentée. Cette expérience est d’autant plus difficile qu’un grand nombre de victimes les font taire depuis un certain temps. Elles ont conscience de leurs émotions, mais elles se demandent si elles sont normales et justifiées. Parfois, elles essaient même de les atténuer pour éviter le désarroi. Vous devez donc soutenir fortement la cliente.

Vous lui dites que les émotions qu’elle exprime sont valables, afin qu’elle admette qu’elle a le droit de les vivre et de les libérer. Ainsi va-t-elle à la fois les apprivoiser et les explorer. Lui donner l’assurance que ses sentiments sont justes donnera confiance à la victime et la poussera à s’exprimer. Il en est de même des opinions qu’elle émet. Les reconnaître comme justifiées et pertinentes redonne confiance à la femme battue. Elle avance avec plus d’assurance et prend davantage de risques.

Identifier les explications qui la maintiennent dans une position de victime

La femme battue a tendance à trouver des raisons qui expliqueraient la violence de son conjoint : il est alcoolique, il est stressé ou malade, etc. Elle donne des justifications pour expliquer ce qu’elle vit et pour tenter de maintenir son équilibre personnel et celui du couple. Ces justifications lui servent de moyen pour survivre. Il faut les identifier et aider la cliente à les reconnaître pour pouvoir les approfondir avec elle par la suite. Vous devez donc découvrir, avec elle, leurs significations, distinguer celles qui servent l’agresseur, reconnaître celles qui la protègent contre ses peurs de changements et, finalement, mettre le doigt sur celles qui la maintiennent dans les stéréotypes féminins de dépendance et de passivité.

Dès que vous connaissez la logique de ses explications, il devient plus facile de situer l’ensemble du fonctionnement de la cliente et d’évaluer les mécanismes qu’emploiera l’agresseur pour provoquer la période de rémission. Vous êtes alors capable d’accompagner concrètement cette femme dans sa démarche puisque vous pouvez intervenir directement sur les explications qu’elle donne pour survivre.

En conclusion, travailler les principaux points de la situation personnelle de la victime nécessite donc une intervention centrée sur la cliente. L’exploration de ses sentiments et de son fonctionnement permet à cette dernière d’abaisser ses tensions émotives. Différents moyens peuvent être employés pour soutenir ce type de démarche.

LIVRE - L'ANGOISSE DU DÉSIR DANS LA RELATION CONJUGALE




Ce livre propose d'aider la personne dans son travail de transformation, en direction de : d'exercer un contrôle sur son vécu, de vivre une sexualité épanouissante et de maintenir un bon équilibre entre intimité et autonomie.




Bonne lecture




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