mercredi 22 septembre 2010

Vieillissement et le moment présent - 10e partie

Atelier 6 : Exercice simplifié pour identifier quelqu’un de significatif pour soi et la fréquence des rapports

Il s’agissait au cours de cet atelier d’amener les participants à identifier quelqu’un de significatif pour eux, c’est-à-dire quelqu’un à qui ils accordaient une importance plus grande et une signification particulière. Selon Poush-Tedrow, il s’agit d’une personne aimée, respectée et valorisée qui procure à l’individu plus qu’à toute autre personne, amour, respect et valorisation.

Les participants disaient entretenir avec leurs enfants des relations efficaces de qualité plus qu’avec toute autre personne de leur réseau personnel : ils les identifiaient aussi en premier lieu comme personnes ressources. Ils étaient en relation régulière avec leurs enfants par des visites dont la fréquence variait entre deux à quatre visites une fois par semaine. Selon leurs dires, ils ont peu d’activités avec leurs enfants principalement à cause de leurs déficits physiques.

Deux des participants n’ont pas d’enfants et ont identifié comme personnes significatives pour eux des amis de longue date. Les contacts avec ceux-ci sont plutôt téléphoniques, les visites sont rares. Ces deux participants ont reconnu avoir reçu à l’occasion des services du réseau socio-familial de leurs amis.

Les différentes formes de support identifiées par les participants peuvent se regrouper selon trois dimensions : une dimension affective, une dimension matérielle et une dimension normative. Nous emprunterons à Lucien Bozzini et à Roger Tessier la définition qu’ils donnent à chacune de ces dimensions.
1. La dimension affective.
« On peut aider quelqu’un en l’aimant, en l’écoutant, en le réconfortant émotivement. »
2. La dimension matérielle.
« On peut aider quelqu’un en lui facilitant l’accès à certaines ressources matérielles, en agissant pour ou avec lui dans l’environnement pour le modifier favorablement. »
3. La dimension normative.
« On peut aider quelqu’un en validant son comportement de rôle, en lui suggérant des comportements adéquats eu égard à des modèles et à des normes de façon, entre autres, à maintenir élevée son estime de lui-même. »

En fait, toutes les rétroactions positives venant de personnes significatives contribuent à augmenter l’estime de soi… La rétroactivité des personnes significatives est incorporée à la vue de la personne sur elle-même. C’est pour renforcer les perceptions positives des participants que nous avons été chercher leurs sentiments face aux relations entretenues avec les personnes significatives pour eux. Ils ont pu constater qu’ils recevaient beaucoup de rétroaction positive des gens qui les entouraient et qu’ils étaient considérés comme très importants pour beaucoup d’entre eux.

Les participants de cet atelier se considéraient en général comme des êtres valables qui sont satisfaits de ce qu’ils ont réalisé dans la vie pour eux-mêmes, pour leurs enfants et pour leurs pays.


* à suivre *

mardi 21 septembre 2010

Vieillissement et le moment présent - 9e partie

Atelier 5 : Échange sur la façon dont se vivent les valeurs des années 1980 et rappels historiques de ses propres valeurs

Au stade de développement où il était rendu, le groupe connaissait une certaine intimité. Les participants s’exprimaient plus authentiquement sur leurs sentiments. Ils pouvaient aborder sans crainte excessive des sujets plus personnels, plus difficiles, tels que leurs peurs, leurs désirs, leurs banalités, leurs aspirations et leurs raisons de vivre.

Les participants à l’atelier appartenaient à cette génération qui avait des idées bien précises du bien et du mal et une éducation teintée de valeurs religieuses, du permis et de l’interdit, de ce qui se faisait et ce qui ne se faisait pas. Ils disaient avoir assisté à la mutation de leurs propres valeurs.

Les messages qu’ils recevaient des jeunes étaient qu’ils n’étaient plus dans la course. Leurs valeurs n’avaient plus cours. Ils n’appréciaient pas toujours l’éducation donnée à leurs petits-enfants et leur liberté excessive. Ils acceptaient mal la franchise de leurs propos ainsi que leurs comportements. Un participant a raconté qu’il tolérait mal que ses deux petits-enfants se servent dans son frigo sans sa permission. Il a avoué en même temps être plus irrité par l’attitude permissive des parents. Une autre dame a raconté avec humour son étonnement quand pour la première fois elle a croisé dans la rue des jeunes avec des cheveux colorés et des vêtements hétéroclites. Elle les a cru très instables et sans grande volonté de réussir dans la vie.

D’après les participants, le mode de vie actuel est dominé par une culture exclusivement orientée vers la jeunesse et ses valeurs.

Ils ont évoqué, pour étayer leurs affirmations, l’émergence d’un nouveau type de famille représenté par la jeune génération. Selon eux, ce type de famille est caractérisé par le travail de la femme à l’extérieur, et par le fait que celle-ci n’est plus identifiée à l’univers domestique. Les motivations de ces couples, d’après les participants, sont guidées par la recherche d’un plus grand bien-être matériel et l’accès à plus de loisirs. À l’opposé, les membres du groupe se sont félicités d’avoir pu élever de grosses familles dans des conditions plus difficiles que les couples d’aujourd’hui et sans aucune protection sociale. Nous avions renforcé chez eux le sentiment du devoir accompli et leur part énorme dans la construction de ce pays.

Ces changements qui sont survenus au niveau du couple s’accompagnent de problèmes sociaux que les participants disent n’avoir pas connu de leur temps. Il s’agit de la baisse généralisée de la durée des mariages, de l’augmentation du nombre d’enfants issus de ces foyers brisés et du taux élevé de délinquance juvénile qui en résulte.

Les participants avaient le sentiment que l’épanouissement individuel était à la mode et que le souci de la parenté était devenu secondaire. Ils avaient l’impression de gêner. Mais ils ont exprimé tout cela avec un sourire ou par une boutade.

La vie actuelle leur semblait bien compliquée; ils voyaient les jeunes sans emploi et parallèlement, le monde de la consommation qui les entourait. Comment s’en sortir? D’un côté, ils voulaient avoir tout tout de suite, mais de l’autre ils manquaient de moyens. Ils estimaient que les choses étaient plus claires de leur temps; ils devaient travailler dur, parfois dès l’âge de 14 ans, mais ils ne ménageaient pas leur peine alors que maintenant il leur semblait que la notion d’effort a disparu.

Les participants traduisaient par ces propos l’anomie de la société actuelle, son absence de normes.

La grande majorité des membres du groupe croyaient que le système de crédit diluait l’effort des jeunes, parce que s’endetter faisait partie des mœurs. Ils pensaient que la valeur sociale du travail n’est pas une préoccupation majeure pour les jeunes.

Les participants à l’atelier ont exprimé un certain désarroi et un sentiment d’insécurité face à l’agression venant de ces valeurs nouvelles auxquelles ils n’arrivaient pas à s’adapter et ne le voulaient pas non plus. Ils étaient sûrs de leurs convictions. Néanmoins, ils ne contestaient pas ouvertement ces valeurs, ils ne luttaient pas contre elles; ils les contournaient simplement ou pratiquaient l’évitement. C’est une attitude faite de distance intérieure, de résistance passive qui permet d’être étranger à ce qui paraît gênant.

Michel Maffessoli constate que cette attitude donne lieu à un « …rétrécissement sur le quotidien pour se protéger contre ce qui est extérieur ou surplombant ». En fait, le propre de cette attitude est de favoriser la préservation de soi.


* à suivre *

lundi 20 septembre 2010

Vieillissement et le moment présent - 8e partie

Atelier 4 : La signification du passé dans le présent vécu : le passé est invoqué comme support au présent

Il s’agissait dans cet atelier d’aider les participants à rassembler leurs forces pour pouvoir sauvegarder et protéger leur moi et mieux faire face au présent. C’est dans leur vie passée qu’ils ont trouvé cette base.

En effet, presque tous les participants vivaient le présent en référence à leur passé. Nous avons ressenti dans ce qu’ils ont exprimé que le passé était le lieu de leur identité sociale et individuelle.

Qu’ils proviennent d’un milieu rural ou de Montréal, les participants ont dit que leur identité était liée à leurs familles, à leur parenté et que la tradition leur dictait ce qu’ils devaient faire de leur vie.

Les histoires de vie des participants sont constituées de nœuds formés par les événements cruciaux comme l’âge d’entrée sur le marché du travail, le mariage, les décès et la grande dépression de 1929. Ils se sont exprimés sur ces faits qui ont ponctué leur vie comme ces vieilles dames dont nous a parlé Christian Combaz dans l’Éloge de l’âge : « …enfin toutes ces choses qui vous dévorent l’âme à trente ans et dont vous n’avez pas le cœur à rire, deviennent presque plaisanterie à soixante-dix. » (…) « Des fois, je me dis que c’est quelqu’un d’autre qui a vécu tout ça… ».

Une veuve de 75 ans a raconté qu’il était très courant dans son milieu que les jeunes soient impatients d’atteindre l’âge de 14 ans pour aller travailler, ceci dans l’unique but de participer à l’économie de la famille et à l’amélioration de son bien-être matériel. Elle dit s’être débrouillée toute sa vie avec peu de moyens.

Son expérience de vie lui a appris à aborder avec frugalité les problèmes existentiels et elle peut maintenant se contenter de joies simples. Peu de participants se sont plaints d’ailleurs d’insuffisance de revenus, bien que ceux-ci se limitent à une simple pension.

Les femmes du groupe ont échangé avec fierté sur leurs habiletés passées à refaire les vieux vêtements, les vieilles literies afin de reculer l’échéance de l’usure. Elles se sentaient complices; pouvoir faire de l’économie dans les choses courantes était une grande satisfaction dans leur vie. Le temps de ces femmes a toujours été captif des soucis familiaux et du travail.

Un homme de 75 ans, survivant d’une famille de cinq frères et sœurs, s’est exprimé ainsi en regardant les vieux albums de famille : « J’ai l’impression d’être le seul rescapé d’une catastrophe ». Il a ainsi souligné les effets néfastes du temps. Nous avons surtout exalté son courage et sa ténacité pour avoir su affronter toutes ces pertes. Suite à notre intervention, d’autres participants ont exprimé leurs sentiments dans le même sens, en se référant à leurs expériences personnelles. Ils se sont félicités d’avoir eu une bonne dose de courage pour affronter tous les événements de leur vie. En l’actualisant, ils pensaient pouvoir poursuivre avec la même détermination.

* à suivre *

vendredi 17 septembre 2010

Vieillissement et le moment présent - 7e partie

B. La répétition dans la quotidienneté

Nous vivons tous de la répétition dans notre vie de tous les jours. Notre univers spatio-temporel est structuré jusqu’à la retraite en fonction de l’objet du travail, l’heure du lever, du déjeuner, du transport, de la tâche à accomplir, des pauses et des départs. L’activité de travail est le structurant de notre vie quotidienne. Cependant, nous comprenons difficilement comment des personnes âgées qui jouissent de la possibilité d’occuper leur temps comme elles le désirent s’imposent une ponctualité même si personne ne les y oblige, une répétition dans les moindres gestes de leur vie que d’autres adultes actifs prendraient pour une contrainte.

C’est à ce type d’organisation quotidienne de leur vie que les participants aux ateliers sont confrontés. La routine commande presque tout : leurs gestes quotidiens, leurs courses, leur promenade, la récupération du courrier, le ménage, l’achat du journal, l’usage de la télé, etc., s’effectuent aux mêmes heures. Leurs journées sont stéréotypées et semblent se ressembler.

En effet, par leurs rituels de vie, ils ont tendance à immobiliser la vie autour d’eux. En d’autres termes, on peut dire qu’ils effectuent des mouvements en cercle pour ne pas s’éloigner de leur base. Ils semblent de prime abord vivre dans un présent statique, parce qu’ils ne remarquent plus les changements.

Au fur et à mesure que les participants s’impliquaient émotivement dans le déroulement de l’atelier, nous nous sommes aperçus que la routine ne leur était pas désagréable, que la répétition était une façon pour eux de ruser avec le temps, une façon de se protéger contre le temps qui passe et de gérer son angoisse face à l’accélération du temps. C’est une forme de résistance.

Michel Maffessoli nous suggère de « …comprendre la répétition comme la négation du temps » (…) « elle accentue le présent et son vouloir vivre. Répéter revient à nier le temps, c’est le signe d’un ‘non-temps’ qui caractérise le concret de la vie quotidienne, l’instant vécu ».

La répétition transforme le présent en une éternité, elle fait vivre les participants dans l’intemporel. « L’éternel retour permet à la vie sociale et individuelle de se rejouer toujours et nouveau. En ce sens, le passé et le présent maîtrisés comportent un présent éternel ».

Nous avons renforcé les sentiments exprimés voulant que la répétition apaise l’esprit des participants, les sécurise et peut être le lieu de la préservation de soi. Elle permet aussi de donner significations aux multiples situations et pratiques quotidiennes car « …dans la répétition s’exprime un relativisme créateur ». « La répétition archétypale ne signifie pas forcément stagnation, car il peut y avoir dans celle-ci réappropriation effective et originale de pratiques et de situations qui s’enracinent fortement dans une qualité de vie ».


* à suivre *

jeudi 16 septembre 2010

Vieillissement et le moment présent - 6e partie

Nous avons approfondi avec les participants cette dimension de la transcendance de soi évoquée par l’exemple précédent et nous les avons amenés à réfléchir sur une vision de la mort comme le prolongement de soi dans les autres.

Deux des participants ont pour leur part fait valoir des points de vue différents. Ils nous ont expliqué l’importance pour eux d’éviter de trop gesticuler dans leur vie de tous les jours. Ils ressentent le besoin de diminuer leurs activités, grandes consommatrices de temps, pour mettre l’accent sur les demandes qui leur sont faites sur leur temps et qui leur procurent des satisfactions existentielles, du plaisir ou une certaine utilité.

Prenons comme exemple le cas de cette dame célibataire de 78 ans. Elle habite seule un logement voisin de celui de sa nièce qui lui fournit de l’aide pour l’entretien ménager. Elle dit passer la majeure partie de ses journées à lire et avoue ‘bâcler’ les tâches ménagères qui ne l’intéressent pas. Elle a déjà subi une opération pour un glaucome qui a été un échec mais, malgré son handicap visuel, elle concentre ses efforts pour satisfaire son plaisir de lire en utilisant toutes sortes de matériel de compensation visuelle qu’elle achète ou qu’elle se fabrique. D’un autre côté, elle ne prend plus la peine de se préparer des repas élaborés, se limitant à l’essentiel.

Cette femme nous a donné l’impression de mener une vie réellement épanouissante malgré ses déficits. Au cours de cet atelier, nous avons fait remarquer aux participants que le fait pour eux de s’abandonner à des sentiments négatifs, comme la démission face aux difficultés de l’existence et les sentiments d’inutilité, les soumettait aux influences de ces sentiments. Nous les avons amenés à prendre conscience qu’ils pouvaient au contraire se laisser gagner par ce qui les entoure, qu’ils pouvaient rechercher les environnements et les circonstances qui donnent du plaisir à l’existence. Nous les avons encouragés à s’aménager en espace vital pour rendre le quotidien plus agréable et acceptable.

Pour accomplir cela, certains membres du groupe ont souligné qu’ils se butaient à leurs déficits fonctionnels. Nous avons émis l’idée qu’il ne fallait rien exiger de son corps qui ne fût à sa portée, qu’il fallait apprendre à vivre avec ses capacités d’autonomie restantes. « On peut continuer à aller au bingo en fauteuil roulant avec l’aide de bénévoles ou du transport adapté », comme l’a souligné un des participants.


* à suivre *

mercredi 15 septembre 2010

Vieillissement et le moment présent - 5e partie

A. le vécu quotidien

Quatre des six participants ont exprimé sur le vécu quotidien des réactions que l’on peut regrouper autour des trois idées suivantes :

L’appréhension face à la journée qui commence
Dès les premières heures de la matinée, les participants disent voir se dérouler leur journée avec ses problèmes et éventuellement ses crises. Ils se sentent habités par les menaces de circonstances plus âpres et plus impitoyables, comme la réactivation de malaises physiques, de difficultés de fonctionnement, de solitude, etc.

Les frustrations par rapport à l’accélération du temps.

Les participants se fatiguent de constater qu’ils n’avancent pas dans une journée et que le temps passe plus vite. Ils attribuent cela au fait qu’ils ont moins de capacités physiques pour effectuer les mêmes tâches qu’auparavant, qu’ils se fatiguent à les accomplir et prennent donc plus de temps pour y arriver. Ils s’énervent à penser qu’à la fin de la journée, ils n’auront pas eu le temps de faire ce qu’ils avaient prévu de faire. Effectivement, une partie du travail reste inachevée à cause de leur épuisement et, en le constatant, ils sont quelque peu pris de panique à l’idée de ne plus pouvoir maîtriser leurs activités quotidiennes.

Le sentiment que plus ils avancent en âge, plus le temps est limité.

Au cours de cet atelier, il s’est dégagé chez les participants le sentiment très net que leur propre durée est comptée et que chaque jour qui passe ampute ce qui en reste. « Le temps n’est plus pour eux un chemin que l’on suit mais un panier où l’on puise ».
Les récits des faits quotidiens par les participants ont traduit cette tension qui existe entre la conscience de leurs limites et le vouloir de vivre. Ils ont exprimé un scepticisme sans illusion sur ce qui leur reste encore à entreprendre. Pour certains, il est trop tard pour tout.

Les propos d’une dame de 70 ans sont révélateurs. Cette personne est veuve, vit seule et sans enfant. Elle souffre d’arthrose à un degré avancé et a connu un épisode d’accident cérébro-vasculaire; elle circule en fauteuil roulant. Elle nous dit que les seuls signes tangibles du passage du temps pour elle sont la prise de médicaments et les repas. Ses contacts avec l’extérieur se limitent à ses traitements à l’Hôpital une fois par semaine et aux visites de son frère. Son attente face à la vie est de voir son unique nièce terminer ses études universitaires et se marier. Elle se projette dans celle-ci, mais elle craint que ce projet qui s’inscrit dans le futur ne soit pas réalisable. Cette dame a trop conscience de ses limites pour prétendre agir sur les événements.


* à suivre *

mardi 14 septembre 2010

Vieillissement et le moment présent - 4e partie

Sélection des participants

Les futurs membres des ateliers de groupe ont été choisis parmi les clients du service social de l’Hôpital de jour. Leur sélection s’est fait en fonction des plaintes et des insatisfactions exprimées face à un vécu du temps présent non significatif par rapport à leur passé. Ces mêmes clients disaient avoir de la difficulté à maintenir les acquis obtenus à l’Hôpital de jour.

La plupart des bénéficiaires sélectionnés se connaissaient, ayant déjà eu l’occasion d’échanger à la salle d’attente de l’Hôpital de jour. Chaque participant a été informé des objectifs du projet au cours d’une rencontre individuelle et a été invité à faire un investissement affectif dans les ateliers. Nous lui avons précisé à cet égard qu’il devrait échanger sur les événements significatifs de son passé, sur les hauts et les bas de sa vie de tous les jours, sur sa perception des gens qui l’entourent et sur les valeurs qui se vivent actuellement.

Nous avons sélectionné six femmes et deux hommes ayant entre 70 et 78 ans. Deux des femmes sélectionnées se sont désistées, l’une pour des raisons de santé et l’autre ne se disant pas prête à faire une telle expérience de groupe.

Les animations ont eu lieu les vendredis de 13h30 à 15h00, le transport étant assuré par l’Hôpital de jour.

Analyse des ateliers

Nous avons eu sept rencontres d’animation avec le groupe. Cependant, nous ne nous proposons pas d’analyser dans cet article l’ensemble de ces rencontres. Notre attention se porte plus spécifiquement sur les ateliers 3, 4, 5 et 6 qui, selon nous, ont le plus favorisé l’expression du vécu émotionnel des participations face au passage du temps présent. L’atelier 7 était un atelier contrôle : il reprenait une activité de complétion d’un test qui s’est déroulée à l’atelier 1.


Atelier 3 : Les réactions affectives des participants envers le vécu quotidien, les gestes quotidiens, l’organisation et la planification de la vie quotidienne.

Cet atelier avait pour but, d’une part de favoriser l’expression des affects sous-jacents au mode de vie actuel des participants et de renforcer leur satisfaction à ce sujet. Il visait, d’autre part, à éveiller les participants aux possibilités de satisfaction dans la vie quotidienne.

Les membres du groupe ont fait un bref retour sur le deuxième atelier pour dire que ceux de leur génération qui se bercent à longueur de journée en répétant : « Je suis malade » connaissaient déjà la mort psychologique parce qu’ils n’avaient aucune motivation à entreprendre quoi que ce soit.

Les échanges entre les participants dans cet atelier ont été principalement tournés autour de deux axes majeurs de discussion : le vécu quotidien et la répétition dans la quotidienneté.


* à suivre *

lundi 13 septembre 2010

Vieillissement et le moment présent - 3e partie

Objectifs

Dans cette expérience de groupe, nous avons poursuivi les objectifs suivants :
1. Faciliter une meilleure adaptation sociale et psychologique des participants au passage du temps présent :
2. Les aider à donner plus de consistance et d’orientation à leur vécu quotidien;
3. Les amener à valoriser les éléments favorables de leur environnement et de leur autonomie physique.

Sous-objectifs

Les trois sous-objectifs suivants devaient nous permettre d’atteindre les objectifs que nous venons d’énumérer :
• Aider les participants à assumer le deuil de ce qu’ils ne sont plus pour qu’ils puissent davantage investir dans ce qu’ils sont encore. En d’autres termes, nous avons cherché à les amener à regarder ensemble ce qui leur est encore possible plutôt que d’insister sur ce qui ne l’est plus.
• Les encourager à prendre confiance en leurs moyens.
• Leur faire prendre conscience que le fait de vieillir ne doit pas rendre passif, désengagé, résigné et qu’on peut avoir un vécu de satisfaction relié au quotidien.

Moyens

Afin de transformer la situation actuelle que vivent certains clients de l’Hôpital de jour et atteindre les objectifs que nous venons de décrire, nous avons choisi d’organiser des rencontres hebdomadaires de groupe d’une durée d’une heure et demie. Nous avons sélectionné six à huit patients parmi notre clientèle de l’Hôpital de jour pour composer le groupe.

Au cours des rencontres hebdomadaires, nous avons voulu amener les participants à échanger sur leur fonctionnement quotidien. Les échanges ont été axés sur le mode de vie actuel des participants, sur des rappels historiques des événements et des expériences de leur passé et sur la façon dont ils ont résolu les crises et les problèmes du passé. Cela devait, nous l’espérions, valoriser leur capacité de survie, leur courage, leur détermination, leur ténacité, leur endurance et, de façon plus générale, la manière dont ils avaient affronté jusqu’à présent les événements de leur vie.


* à suivre *

vendredi 10 septembre 2010

Vieillissement et le moment présent - 2e partie

Pour E. Casseus, l’intervenant auprès des personnes âgées devra donc aider celles-ci à restructurer leur identité perdue par une relecture de leur passé, comme il devra tenir compte des affects sous-jacents au sentiment d’un avenir qui rétrécit et qui fuit. C’est là tout le soutien à apporter au vécu émotionnel du temps des personnes âgées de l’Hôpital de jour pour faciliter leur adaptation dans le temps présent et faire en sorte qu’elles actualisent leurs potentialités et ce, pour mieux profiter des traitements et éviter le repli sur soi et la régression, ces personnes étant aux prises avec des perspectives d’avenir qui évoquent pour elles l’idée de la mort, le sentiment de finitude et de néantisation.


Deux chercheurs québécois font remarquer dans une étude que les sujets québécois (de cette étude) éprouveraient des difficultés relativement sérieuses, presque problématiques, à vivre dans le présent, à être assidûment en contact avec leur vécu immédiat et donc à en prendre conscience et à agir en fonction de lui.

Selon ces chercheurs, les personnes âgées participantes « …auraient plutôt une tendance non actualisante à vivre soit en fonction du passé fait de regrets, de nostalgie, de sentiments de culpabilité ou de ressentiment, soit en fonction de l’avenir avec des attentes, des anticipations, des projets idéalistes, des appréhensions ». S’appuyant sur cette recherche et notre connaissance de la clientèle, le projet part de l’hypothèse selon laquelle les personnes âgées ont une tendance à vivre en fonction du passé et nourrissent des craintes face au futur. Nous tenterons cependant, par notre démarche de groupe avec les participants, de renforcer le sentiment d’exister dans le présent.

Nous avons observé que l’attitude de certains bénévoles de l’Hôpital de jour face au temps n’encourageait pas les bénéficiaires à maintenir leurs acquis. Selon le point de vue qu’ils ont exprimé, leur suivi à l’Hôpital ne représentait qu’un acte ponctuel, une simple sortie. Leurs propos illustrent que ces personnes ont tendance à désinvestir et à adopter une attitude de vie qui peut se résumer à : « À quoi bon ? »

Notre observation de la clientèle nous a permis aussi de constater que celle-ci désire donner plus de consistance, de vigueur et d’orientation à sa vie de tous les jours. Ces personnes expriment le besoin de reprendre confiance en leurs moyens, leurs capacités de survie, leur courage et leurs convictions pour continuer à mieux affronter la vieillesse. Elles souhaitent pouvoir revaloriser les éléments favorables de leur environnement et de leur autonomie physique.

C’est pour faciliter l’adaptation sociale et psychologique de cette partie de la clientèle de l’Hôpital de jour au passage du temps présent que nous avons entrepris la démarche de groupe dont nous vous présentons maintenant les résultats.


* à suivre *

jeudi 9 septembre 2010

Vieillissement et le moment présent - 1e partie

Le vieillissement et le moment présent


« …la personne âgée a conscience, d’une certaine façon, du rapprochement du
terme de son existence. Cette angoisse de mort quasi constante chez le sujet
vieillissant n’a pas de traitement spécifique : seule l’écoute bienveillante
avec son contact de sympathie réelle peut l’adoucir ».
En effet, nous avons observé que la question centrale, pour certaines personnes âgées de notre clientèle à l’Hôpital de jour, en est une qui a trait à leur vécu émotionnel du temps comme facteur lié à l’idée de finitude, de néantisation et à la remise en cause de l’identité personnelle et sociale.

Selon-Houde : « Le sens du temps joue une rôle dans la transformation de l’identité au cours de la vie adulte ». Elle émet l’hypothèse qu’à partir de 50 ans, c’est la vie dirigée de l’intérieur qui prévaut, l’intériorité de l’être prenant le dessus sur les autres préoccupations.

Pour cette auteure, cette transformation de l’identité coïncide avec la formation d’un cadre de référence non compétitif qui prend parfois les accents de l’expérience religieuse. La personne en vient à s’accepter davantage : « C’est ainsi que va le monde. Et me voilà comme je suis ». Elle le fait sans pointe de résignation, mais au contraire avec une reconnaissance positive : « C’est moi ça », appuyée par le sentiment que le sens que l’on donne aux choses réside à l’intérieur de nous-mêmes.

Cette intériorité est renforcée aussi par le fait que l’horizon des personnes âgées est restreint parce qu’il est très rapproché de leur espérance de vie et de la fin de leur existence. La projection dans le futur est limitée comme ‘un fond’ qui n’a ni contours ni limites et provoque un sentiment de néantisation; il se désorganise aussi comme projet. Leurs préoccupations se situent le plus souvent dans un futur relativement très rapproché.

« L’avenir devient une instance temporelle qu’il faut repousser ou, du moins, ne plus considérer. L’avenir sera certainement, par la charge anxieuse qui l’accompagne, un élément de crise et de destructuration de la notion de présent. Il s’agira donc d’une perte de l’identité qui s’y rattachait et d’une impossibilité d’exister, de se savoir exister ».


* à suivre *

mercredi 8 septembre 2010

IDENTITÉS CULTURELLES - 5e partie

DIALOGUE

L David : Vos écrits passionnants m’ont toujours plu, ils sont d’actualité et m’aident à vivre. Aussi, je vais essayer de profiter de votre expérience pour vos poser quelques questions :

Tout comme vos confrères ethnoculturelles, vous avez souvent rappelé que les zones aveugles de la culture québécoise nous empêchent de comprendre la culture de l’autre. Quels seraient ces zones aveugles?

Pierre E Constant : Celle qui m’apparaît primordiale, c’est la difficulté de prendre conscience de notre ethnocentrisme.

L David : C'est-à-dire la tendance à présumer que l’autre est comme soi?

Pierre E Constant : Tout à fait si l’autre n’est pas comme moi, c’est qu’il lui manque quelque chose et ce quelque chose il a intérêt à l’adopter au plus vite…c’est lui qui n’est pas correct. Cela peut se traduire de manière particulièrement éloquente dans la notion qu’on se fait du corps dans une culture donnée. Ainsi, du pont de vue de ma culture d’origine, on a l’impression que la culture nord-américaine souffre d’un « blocage négation » dans ses rapports au corps énergétique par exemple. Mais il y a aussi certains aspects troublants de « votre » réalité qu’un regard transculturel aiderait à éclairer : la phobie de la mort (qui nous coûte une fortune) l’approche de suicide, la violence indicible des rapports mère-fille, les rapports famille-société, le contexte particulier de l’inceste et des abus sexuels, le détournement de la pulsion artistique etc.

L David : Vous parlez de la convivialité un peu comme d’un remède à l’ethnocentrisme d’un mode d’enrichissement mutuel.

Pierre E Constant : En effet, si nous sommes réunis autour de la même table à partager le même repas, l’immigrant y transmettra sa ressemblance et sa différence….

L David : Mais certains pourront se dire de façon primaire « je ne l’ai pas invité, je ne suis pas allé le chercher, qu’il s’adapte! »

Pierre E Constant : C’est exact. Mais là aussi il est urgent que média et hommes politiques soient honnêtes et « systémiques »…Cessons de nous raconter des balivernes : s’il est vrai que le Canada et le Québec sont exceptionnellement généreux envers les réfugiés, il n’en demeure pas moins que la vérité pure et dure de l’immigration est que nous écrémons les jeunes élites des pays en voie de développement pour qu’elles payent nos pensions de vieillesse – surtout depuis que nous sommes devenus incapables de nous reproduire nous-mêmes…cela les médias ne le disent pas! Pas plus d’ailleurs qu’ils n’indiquent que l’état des « pays sous-développés » « est lié » à un ordre mondial dont les pays riches tirent les ficelles.

mardi 7 septembre 2010

IDENTITÉS CULTURELLES - 4e partie

UN PACTE CIVIQUE

Pour la directrice du CRIEC, le grand défi en matière d’intégration consiste à promouvoir un pacte civique commun à tous, fondé sur un socle de principes et de valeurs politiques fondamentaux auxquels les citoyens seraient invités à adhérer, en dépit de leurs différences : la laïcité, le français langue officielle, la résolution pacifique des conflits, le pluralisme, l’égalité entre les hommes et les femmes, le respect des droits fondamentaux de la personne, ainsi que celui des droits des autochtones et de la minorité anglophone « Aucun accommodement ne devrait aller à l’encontre de ces valeurs. Et c’est autour d’elles que peuvent se rassembler des gens ayant une histoire et une culture différentes. »

L’ouverture au pluralisme peut se concilier avec la volonté d’affirmation culturelle et politique de la majorité franco-québécoise, affirme Éric Bédard, professeur d’histoire à la TÉLUQ. Mais les Québécois doivent mieux expliquer aux nouveaux arrivants qui ils sont, précise-t-il. « Le message est souvent confus. On sabre dans les programmes de francisation, on crée un nouveau programme d’enseignement de l’histoire au secondaire qui insiste davantage sur l’histoire de la modernité occidentale que sur le récit national des Canadiens français. Ce n’est pas ainsi que l’on fera connaître aux néo-Québécois les grandes particularités de la société d’accueil, soit son histoire, sa culture et sa langue. »

Selon Jacques Beauchemin, si les Québécois doivent s’ouvrir au pluralisme, ils doivent aussi s’assumer, sans mauvaise conscience, et reconnaître dans leur histoire un parcours singulier et inachevé. « L’histoire est comme un train en marche et permet à ceux qui le veulent d’y monter depuis la gare de leur choix, avec leurs différences et leurs convictions. Il est parfaitement possible pour un Québécois qui n’est pas de souche canadienne-française de s’associer à l’histoire québécoise, il pourra notamment y reconnaître un parcours qui, sans être le sien propre, évoque celui de tous les peuples minoritaires animés du désir de durer dans l’histoire. »

Le combat pour assurer la pérennité d’une société francophone en Amérique du Nord, le mouvement inachevé vers la sécularisation, le développement d’un projet politique national reposant sur une volonté d’autonomie ou d’indépendance…tous ces traits font partie de l’identité québécoise, note Micheline Labelle. Avec son collègue Éric Bédard, elle croit qu’un débat sur un éventuel projet de constitution québécoise, charte du vivre-ensemble, permettrait de rappeler ces particularités et de définir les valeurs collectives que le Québec veut se donner.

« Que partagent les Québécois et les immigrants? Se demande Agusti Nicolau Coll. La Charte des droits et des libertés, c’est l’apéro, car un peuple n’est pas qu’une addition de droits individuels, dit-il. Il faut aussi le plat de résistance, soit la mémoire et la culture qui sont portées par chacun d’entre nous. Moi, j’ai commencé à comprendre ce qu’est le Québec en lisant la poésie de Gaston Miron. »


« L’histoire est comme un train en marche et permet à ceux qui le veulent d’y monter depuis la garde de leur choix, avec leurs différences et leurs
convictions. Il est parfaitement possible pour un Québécois qui n’est pas de souche canadienne-française de s’associer à l’histoire québécoise. Il pourra notamment y reconnaître un parcours qui, sans être le sien propre, évoque celui de tous les peuples minoritaires animés du désir de durer dans l’histoire. » - Jacques Beauchemin, professeur au Département de sociologie.

* à suivre *

lundi 6 septembre 2010

IDENTITÉS CULTURELLES - 3e partie

Pour Yolande Geadah, deux pièges sont à éviter : le racisme (« Les immigrants sont tous pareils ») et le relativisme culturel (« satisfaire toutes leurs revendications pour ne pas les stigmatiser »). Elle estime que les Québécois ont le droit d’exprimer un malaise face à des revendications qui remettent en question des valeurs démocratiques, comme l’égalité entre les hommes et les femmes. « Pour protéger l’espace public de l’empiètement du religieux, il faut rejeter certaines demandes concernant le port de symboles religieux dans les institutions, affirme-t-elle. Il faut refuser la séparation des sexes dans l’espace public, l’aménagement de salles de prières dans les écoles et l’application de principes religieux au plan juridique comme c’est le cas dans les tribunaux islamiques. »

Agusti Nicolau Coll est en faveur de la déconfessionnalisation des institutions, mais ne croit pas qu’il faille interdire pour autant toute manifestation du religieux dans l’espace public. « Pourquoi une dimension aussi importante que la religion devrait être confinée à la sphère privée? Dans une société pluri-religieuse, les institutions doivent s’adapter à la diversité tout en assurant que certaines demandes d’accommodements n’entravent pas leur fonctionnement », soutient-il. Instructeur d’une équipe de soccer dans ses temps libres, il n’interdirait pas à une joueuse musulmane de porter le foulard islamique si elle le désire.


« Ce qui m’inquiète surtout, c’est moins le fait de permettre à des jeunes
filles de porter le hidjab à l’école, par souci d’inclusion, que l’augmentation
du nombre d’écoles confessionnelles privées financées par l’État, dit Micheline
Labelle. Ces écoles sont passées d’une trentaine, il y a quelques années, à une
soixantaine aujourd’hui. »


* à suivre *

vendredi 3 septembre 2010

IDENTITÉS CULTURELLES - 2e partie

UN SENTIMENT D’INSÉCURITÉ

Sa collègue Micheline Labelle, directrice du Centre de recherche sur l’immigration, l’ethnicité et la citoyenneté (CRIEC), n’est pas d’accord. Elle insiste sur le caractère émancipateur des revendications afro-américaines, du mouvement des femmes ou des peuples autochtones, qui reposent sur des valeurs universalistes de justice et d’égalité, et dénonce la montée, depuis une vingtaine d’années, d’une pensée conservatrice qui perçoit les revendications identitaires comme des facteurs de fragmentation sociale et politique. « Plus récemment, souligne la sociologue, les attentats du 11 septembre 2001 ont engendré un discours réducteur sur le choc des civilisations, contribué au durcissement des politiques d’immigration et alimenté un sentiment d’insécurité au sein de la population. »


« Ce qui m’inquiète surtout, c’est moins le fait de permettre à des jeunes
filles de porter le hidjab à l’école, par souci d’inclusion, que l’augmentation
du nombre d’écoles confessionnelles privées financées par l’État. Ces écoles
sont passées d’une trentaine, il y a quelques années, à une soixantaine
aujourd’hui. » - Micheline Labelle, professeure au Département de sociologie et
directrice du Centre de recherche sur l’immigration, l’ethnicité et la
citoyenneté »


Mais comment expliquer que les Québécois francophones, en particulier, réagissent si vivement aux accommodements raisonnables? Selon Jacques Beauchemin, cette sensibilité exacerbée est liée à un sentiment de fragilité identitaire propre aux petites nations. « Bien que les Québécois francophones aient appris à s’affirmer depuis 40 ans, ils vivent encore une profonde insécurité, note-t-il. Un Américain ne se demande pas s’il pourra encore, dans 50 ans, parler anglais dans son pays, alors que de nombreux Québécois s’inquiètent pour la survie de la langue française. »

Le fait que les Québécois forment une minorité au Canada et en Amérique du Nord contribue certainement à leur malaise identitaire, admet Micheline Labelle. « C’est le cas également d’autres populations minoritaires, tels les Catalans et les Irlandais qui doivent, eux aussi, intégrer de nouveaux arrivants tout en cherchant à préserver leur identité nationale. »

D’origine égyptienne, la chercheuse Yolande Geadah, membre associée de l’institut de recherches et d’études féministes (IREF) de l’UQAM, vit au Québec depuis 40 ans. Oeuvrant dans le domaine du développement international et des relations interculturelles, elle est l’auteure d’un essai intitulé Accommodements raisonnables. Droit à la différence et non différence des droits, qui critique sévèrement cette notion juridique qualifiée de « logique individualiste des droits ». « Tout en visant l’inclusion restreinte des immigrants à court terme, on ignore les objectifs d’intégration à long terme », dit-elle, ajoutant que le gouvernement a le devoir de financer adéquatement des programmes qui facilitent l’intégration économique des nouveaux arrivants, condition importante pour éviter la ghettoïsation.


* à suivre *

jeudi 2 septembre 2010

IDENTITÉS CULTURELLES - 1e partie

LE CHOC DES IDENTITÉS

C’est quoi pour vous?

On pouvait lire sous la plume de Claude Gauvreau que l’intégration des immigrants, relations interculturelles, identité québécoise, laïcité…autant de sujets qui soulèvent les passions depuis le débat déclenché il y a un an par la question des accommodements raisonnables. Quels rapports établir entre la majorité francophone et les minorités ethnoculturelles et religieuses? Comment concilier le respect des différences et la préservation de valeurs communes? Comment s’ouvrir à l’autre sans se renier soi-même?

Ces questions, sur lesquelles ont pu se pencher la Commission présidée par Gérard Bouchard et Charles Taylor, surgissent dans une société de plus en plus confrontée au pluralisme des identités. Sur les 42,000 nouveaux immigrants que le Québec accueille en moyenne chaque année, la majorité provient de l’Afrique et de l’Asie et non plus de l’Europe, culturellement plus proche de nous. Mais le choc des identités auquel on a assisté depuis quelques mois est également le reflet d’un contexte politique favorable à l’expression des différences.

« Depuis les années 60 et 70, l’espace politique en Occident s’est reconfiguré autour des revendications identitaires », affirme le professeur de sociologie Jacques Beauchemin. Après les luttes menées par les Noirs américains et par le mouvement des femmes pour l’égalité sociale et sexuelle, on a vu, dit-il, se multiplier les groupes exigeant le respect de leur différence : jeunes, homosexuels, membres de minorités ethniques ou religieuses. Or, une société qui se définit uniquement dans la diversité, sans lieu de rassemblement, peut difficilement porter un projet d’avenir. « La reconnaissance élargie des droits de chacun est devenue le seul projet que poursuivent les sociétés multiculturelles comme le Canada et le Québec », déplore Jacques Beauchemin.

« Le message est souvent confus. On sabre dans les programmes de
francisation, on crée un nouveau programme d’enseignement de l’histoire au secondaire qui insiste davantage sur l’histoire de la modernité occidentale que sur le récit national des Canadiens français. Ce n’est pas ainsi que l’on fera connaître aux néo-Québécois les grandes particularités de la société d’accueil, soit son histoire, sa culture et sa langue. » - Éric Bédard, professeur d’histoire à la TÉLUQ.


* à suivre *

mercredi 1 septembre 2010

LES TEMPS DU VERBE - 2e partie

4. Les gars construi____ un canot et l’endui____ de goudron (verbes au passé simple).
1 rent, sirent
2 sirent, rent
3 rent, rent
4 sirent, sirent

4. Rép. : construisirent, enduisirent
Mais : Ceci fait, ils s’enfuirent
Rem. : Les verbes en UIRE : CONDUIRE, CONSTRUIRE, NUIRE, CUIRE, etc. se terminent par UISIS, UISIS, UISIT, etc., au passé simple. Les verbes FUIR et S’ENFUIR se terminent par UIS, UIS, UIT, etc., au passé simple.


5. De telles calomnies nui_____ à sa réputation.
1 sirent
2 rent
3 (au choix)
4 (autre chose)

5. Rép. : nuisirent
Rem. : Les verbes en UIRE : CONDUIRE, CONSTRUIRE, NUIRE, CUIRE, etc. se terminent par UISIS, UISIS, UISIT, etc., au passé simple.
Mais : On assiste ici à une lutte entre les grammairiens (NUISIRENT, seul conforme à la règle et à Littré) et le peuple (NUIRENT, plus simple). Esquivant le problème, beaucoup d’écrivains évitent d’employer LUIRE, CUIRE et NUIRE au passé simple…
Et : Remarquer que la forme écourtée est équivoque aux personnes du sing. : JE NUIS, TU NUIS.

mardi 31 août 2010

LES TEMPS DU VERBE

LES TEMPS DU VERBE

1. Nous le cond_____ au poste et nous acqu______ ainsi une réputation de bravoure dans le quatier.
1 uîmes, érîmes
2 uîmes, îmes
3 uisîmes, érîmes
4 uisîmes, îmes

1. Rép. : conduisîmes, acquîmes
Mais : Fallait-il que nous le conduisissions au poste et que nous acquissions une telle réputation! (formes régulières mais peu usitées.
Et : Il le conduisit au poste et acquit un réel prestige auprès des demoiselles.
Rem. : Le verbe acquérir a la forme acquis au passé simple; les verbes en UIRE : CUIRE, CONDUIRE, CONSTRUIRE, NUIRE, ETC… la forme CONDUISIS, CONSTRUISIS, etc. L’imparfait du subjonctif se forme en remplaçant la terminaison IS du passé simple par : ISSE, ISSES, IT, ISSIONS, ISSIEZ ET ISSENT. (Ex. : Je voulais qu’il acquît de l’aisance, qu’il se conduisît en jeune homme bien éduqué).


2. Je n’avais pas pensé que la recherche des poids moléculaires ______ nécessaire et qu’elle _______ avancer les travaux du groupe (imparfait du subjonctif).
1 fut, fit
2 fût, fit
3 fut, fît
4 fût, fît

2. Rép. : fût, fît
Mais : Ce qui fut le plus nécessaire et qui nous fit vraiment progresser, c’est la présence d’un coordonnateur capable.
Rem. : La troisième personne du singulier du passé simple de l’indicatif est identique à celle de l’imparfait de subjonctif si ce n’est que cette dernière porte toujours un accent circonflexe sur la voyelle finale.


3. Hier, tandis que vous congéd____ notre camarade, nous ignor_____ votre brutalité.
1 iez, ions
2 iez, iions
3 iiez, ions
4 iiez, iions

3. Rép. : congédiiez, ignorions
Mais : Si vous congédiez notre camarade, vous ignorez ce qui seront nos réactions.
Et : Que nous le graciions ou non, il faut que nous soyons impartiaux.
Rem. : Les deux premières personnes du pluriel à l’imparfait de l’indicatif et au présent du subjonctif se terminent par IONS, IEZ (à l’exception de : AYONS, AYEZ, SOYONS, SOYEZ).
Et : Le I du radical des verbes en IER se maintient avec le I de la teminaison.

lundi 30 août 2010

VIOLENCE vs RÉFUGIÉS - 8e partie

INTERVENIR…

Seule une intervention sociale qui intègre les principes de base de l’approche inter-culturelle a des chances d’être efficace et de répondre aux besoins des réfugiés. Une telle approche implique, entre autres, beaucoup d’écoute, beaucoup de patience et surtout beaucoup de souplesse et d’ouverture d’esprit. Elle exige qu’on soit continuellement conscient de la distance culturelle, psychologique et parfois linguistique entre l’intervenant et le client, c’est-à-dire qu’il faut se méfier comme de la peste des conclusions faciles, logiques, car peut-être ne possédons-nous pas la même logique que les réfugiés.

Il convient d’accorder une importance capitale aux dynamiques qui se développent chez les jeunes dans les écoles et les centres de loisirs où ils se tiennent. C’est à ces endroits que l’essentiel du travail social auprès des jeunes devrait se faire de façon intense dans le but de promouvoir, dans les faits et non seulement en palabres, l’intégration inter-ethnique et inter-raciale des jeunes sans un travail massif à ce niveau, nous nous préparons des jours très sombres : mon expérience en tant qu’intervenant me fait craindre le pire.

Les intervenants peuvent éventuellement rencontrer dans leur pratique des personnes qui ont subi la torture et portent encore dans leur tête, sinon dans leur corps, les traces traumatisantes de ces expériences. Il est important d’être attentif à certains symptômes, tels que l’insomnie, des angoisses, des phobies insolites, l’irritabilité, etc.

Il est urgent d’inventer de nouvelles formules de soutien aux familles de réfugiés. L’application bureautique et socio-judiciaire de la Loi sur la protection de la jeunesse et de la Loi sur les jeunes contrevenants est peut-être une nécessité sociale incontournable. Mais de nouvelles mesures visant à rejoindre différemment les mêmes objectifs doivent être inventées, et il faut surtout que les parents souvent complètement désemparés et confus soient soutenus plutôt qu’accablés, comme c’est malheureusement bien souvent le cas aujourd’hui.

Sixièmement, il est nécessaire d’évaluer en profondeur l’ensemble des ressources offertes comme milieu de vie substitut, telles que les centres d’accueil, les familles d’accueil, dans le but de rajuster les services aux nouvelles réalités multiculturelles de Montréal.

Enfin, il est essentiel de garder à l’esprit que des personnes rendues très vulnérables par leur passé marqué par des situations de grande violence sont très sensibles à tout ce que véhicule de « violence » l’intervention sociale institutionnalisée et les services publics en général, surtout quand la personne qui est devant nous possède à peine quelques notions de français ou d’anglais. Redoubler de patience et d’empathie constitue le premier service à rendre à ces personnes, souvent lourdement éprouvées par la violence et les autres tracasseries de la vie.

vendredi 27 août 2010

VIOLENCE vs RÉFUGIÉS - 7e partie

LA VIOLENCE ET LES JEUNES RÉFUGIÉS À MONTRÉAL

Dans un texte remarquable portant sur « Les enfants de la guerre », Nayiri Tavlian trace un tableau saisissant de ce que signifie pour des jeunes de vivre et de survivre dans un contexte de violence généralisée :
« Les enfants qui grandissent dans un environnement de guerre et de violence
développent des valeurs d’auto-défense physique et psychologique, qui leur
permettent de pouvoir survivre… »
Madame Tavlian est d’origine libanaise et sait très bien de quoi elle parle, le Liban étant malheureusement devenu le symbole d’une guerre civile interminable, de massacres, d’attentats, etc.

Par un phénomène pervers d’identification aux méthodes utilisées par leurs agresseurs, certaines jeunes victimes de la violence sous toutes ses formes peuvent être amenées à considérer la violence comme un moyen normal et efficace de solutionner les conflits. Et les occasions de conflits ne manquent certes pas dans leur nouvelle société.

Dès leur arrivée, les jeunes réfugiés sont plongés dans une époque et une société où les jeunes valorisent la violence sous toutes ses formes sous l’influence, entre autres, de la télévision et de jeux vidéo. Par ailleurs, on remarque à Montréal une recrudescence des attitudes xénophobes ou racistes, sous l’impulsion de deux facteurs principaux : la récession économique et l’apparition de groupes organisés d’inspiration néo-nazie ou raciste, tels les « skin-heads » et le K.K.K.

Une troisième donnée vient compliquer la situation : les jeunes réfugiés du niveau secondaire entrent dans des polyvalentes en pleine crise où l’anonymat et une règlementation tatillonne sont peu adaptés à leur tempérament et à leurs habitudes culturelles. Comme conséquence, de nombreux jeunes réfugiés du niveau secondaire sont placés sur des voies d’évitement ou envoyés au secteur adulte. Surtout dans le cas des mineurs qui n’ont pas de famille immédiate au Canada, les risques de se retrouver dans les rues de la métropole en train de flâner sont réels et lourds de conséquences.

Ces dernières remarques peuvent laisser un goût alarmiste amer. Elles sont plutôt dictées par le sentiment de l’urgence de la situation : notre avenir à tous comme société tolérante et pacifique va se jouer autour de l’école et des centres de loisirs, là où se regroupent et malheureusement trop souvent s’affrontent les jeunes.

Pour terminer cette partie, je fais mienne la conclusion de Nayiri Tavlian, vu que je partage entièrement sa vision des choses :

« Les enfants de la guerre (et je me permets d’ajouter : les enfants de la
violence) sont exceptionnels à plusieurs titres. Ils ont pu survivre dans un
enfer dans lequel leurs aînés ont souvent succombé, et ont ainsi développé une
volonté hors du commun, dont ils se servent pour s’enfermer dans leur monde
imaginaire à eux. Si seulement nous pouvions contribuer à libérer ces volontés
emprisonnées. »


* à suivre *

jeudi 26 août 2010

VIOLENCE vs RÉFUGIÉS - 6e partie

Les conséquences psychologiques de cette situation ont été décrites dans diverses enquêtes, comme celles menées par le Comité inter-églises à Toronto et le Dr. Cécile Rousseau à Montréal.

Deuxième élément de déception et de tension : la vie dans le nouveau milieu n’est pas celle dont on avait rêvée; au contraire, elle est souvent très éprouvante. Cinq sortes de difficultés frappent les réfugiés à leur arrivée :
-Des ressources matérielles très limitées;
-L’accès à l’emploi bloqué ou
très difficile;
-Le choc du déracinement, doublé par le choc culturel chez
ceux qui possèdent un bagage culturel très éloigné du nôtre;
-Les tensions
inter-ethniques et interraciales en recrudescence dans le monde occidental;
-La méfiance de la population envers les réfugiés, accentuée par la question
nationale.


Dans ce contexte, les réfugiés ont en général le sentiment qu’ils ne sont pas les bienvenus dans le nouveau pays. Comme nous l’avons déjà souligné, ils n’étaient pas préparés à cela.

Aux difficultés qui se présentent à l’arrivée viennent s’ajouter d’autres problèmes qui étaient plus latents alors que toutes les énergies des individus et des familles étaient monopolisées par la lutte pour la survie. Sauf des exceptions qui confirment la règle, les conflits intra-familiaux explosent dans une deuxième étape de l’adaptation, sous forme de conflits conjugaux et de conflits entre les parents et leurs enfants. Ces conflits se transforment parfois en violence envers les femmes et envers les enfants.

Plusieurs réfugiés proviennent de sociétés où les rapports hommes-femmes sont de type traditionnel. Il en va de même pour les rapports parents-enfants qui sont axés sur l’autorité quasi despotique du père. La correction physique des enfants et parfois même de l’épouse peut venir en conflit avec nos valeurs modernes qui favorisent d’autres façons de régler les situations conflictuelles ou d’asseoir l’autorité parentale.

Cette inévitable adaptation culturelle à certaines valeurs du nouveau pays, exigée par les lois sociales (Code civil du Québec, Loi sur la protection de la jeunesse, etc.), trouve une réponse positive chez les femmes ou chez les enfants, mais elle affecte souvent négativement les hommes qui perçoivent la limitation de leur pouvoir d’époux et de père comme une dépossession de tous leurs moyens habituels, sans y trouver de succédané. Souvent, leur désarroi se manifeste de double façon : laisser-aller ou violence; parfois les deux attitudes s’alternent selon les humeurs du moment.

En somme, on constate que le stress et la violence subis dans le pays d’origine, combinés aux nombreuses difficultés rencontrées dans le nouveau milieu, rendent les réfugiés particulièrement vulnérables au plan de la résistance au stress; ils peuvent ainsi être amenés à poser, à leur tour, des gestes de violence tout à fait inacceptables. Dans ces cas, les victimes de violence perpétuent à leur tour les gestes de violence, selon un mécanisme psychologique bien connu par les spécialistes .

* à suivre *

mercredi 25 août 2010

VIOLENCE vs RÉFUGIÉS - 5e partie

LES SÉQUELLES DE LA VIOLENCE DANS LE NOUVEAU PAYS

La grande majorité des réfugiés qui arrivent au Québec portent dans leur mémoire et parfois aussi dans leurs chairs les marques de la violence subie dans le pays d’origine.

Dans la phase initiale de la quête de sécurité et de liberté pour lui et pour sa famille, le réfugié concentre toutes ses énergies à la réalisation du projet. Malgré les difficultés et les souffrances, il se projette dans le futur et est poussé à idéaliser le pays vers lequel il se dirige, du moins quand cette terre de sécurité et de liberté est un pays moderne et relativement riche. Parmi les pays occidentaux le Canada et le Québec apparaissent, vus de l’extérieur, comme la terre bénie.

Cette image positive de notre pays trouve naturellement des fondements objectifs dans la réalité d’ici. Par contre, les attentes de départ, nourries et idéalisées, sont trop nombreuses et souvent irréalistes. Face aux premières difficultés dans le nouveau pays, le réfugié devient confus, déçu et parfois amer.

Comme il arrive souvent après un événement traumatisant, par exemple lors d’un accident d’auto, c’est seulement un jour ou deux plus tard que la peur se fera le plus sentir; sur le coup on peut se sentir très calme. Il en va de même pour certains réfugiés qui ont surmonté avec courage d’énormes difficultés dans leur pays et qui se montrent parfois peu résistants face aux difficultés moins graves dans le nouveau pays.

Tout récemment, une famille d’origine libanaise s’est fait expulser de façon brutale de son logement par un propriétaire intraitable. Autant monsieur que madame furent très bouleversés par cette mésaventure évidemment peu agréable. Mais ce qui m’a beaucoup frappé, c’est la réflexion suivante, exprimée par madame et approuvée par monsieur : « Ici, c’est pire qu’au Liban. Dans notre pays, on te tire dessus, on te tue, mais on ne te met pas dehors de ton logement de cette façon! »

Aux premières difficultés dans le nouveau pays, le réfugié risque donc de tomber de très haut. Sa décision peut se manifester sous forme de dépression ou d’agressivité à fleur de peau. Or, les difficultés et les tracasseries de toutes sortes ne manquent certes pas dans le nouveau pays. À leur arrivée, les personnes qui viennent au Canada comme demandeurs d’asile doivent passer par une enquête quasi judiciaire fort éprouvante. Cette étape suscite déjà beaucoup d’insécurité et constitue un mauvais point de départ dans la nouvelle vie. En plus d’être très stressant, le processus visant à établir le bien-fondé de la demande de refuge peut devenir très long et causer à ces personnes de restrictions importantes pendant plusieurs mois, voire même pendant plusieurs années, telles que l’absence d’allocations familiales ou de permis de travail, la séparation des familles, etc.

* à suivre *

mardi 24 août 2010

VIOLENCE vs RÉFUGIÉS - 4e partie

LES DIFFÉRENTES FORMES DE VIOLENCE SUBIES DANS LE PAYS D’ORIGINE

Certaines populations du globe sont victimes de calamités ou de désastres naturels (famines, ouragans, inondations, tremblements de terre, etc.) qui provoquent leur déplacement forcé. Il s’agit, bien sûr, de situations qui interpellent notre sens de la solidarité humaine. Mais ce n’est pas de ce type de réfugiés dont je désire parler ici.

Les victimes des nombreuses guerres qui affligent encore notre planète risquent de passer par toute la gamme de la violence dont les êtres humains seuls sont capables. Il y a la violence qui frappe de façon aveugle et massive, causant la destruction et la mort sur son passage et il y a les règlements de comptes féroces entre groupes rivaux en quête du pouvoir. Mais les guerres, surtout les guerres civiles, constituent aussi une occasion de dominer par la terreur, ou carrément d’éliminer, des couches entières de la population, sous prétexte de sécurité nationale.

En matière de réfugiés dans le monde, il existe une donnée fondamentale souvent passée sous silence ou oubliée : contrairement aux réfugiés qui arrivent chez nous, la très grande majorité des 15 millions de réfugiés « parqués » dans les pays du Tiers-Monde sont des enfants, des femmes et des vieillards. Ces personnes font face bien souvent à toutes les formes de violence, dont l’agression sexuelle répétée dans le cas des femmes.

Les régimes politiques dictatoriaux (de structure fasciste, communiste ou militaire) n’ont pas besoin de la guerre pour imposer un système répressif axé sur le contrôle autoritaire et l’utilisation de la force brutale contre les classes les plus progressistes du pays, surtout contre tout membre d’un groupe organisé pouvant constituer une menace directe ou indirecte pour le régime en place, comme les organisations syndicales. On assiste, dans ces derniers cas, à l’émergence de la violence érigée en système politique. Seules les personnes qui ont vécu sous de tels régimes peuvent comprendre le climat généralisé de terreur et de méfiance qui s’installe chez les gens.

Voici le témoignage d’une psychiatre uruguayenne qui a vécu directement ce régime de peur :

« Les choses avaient vraiment changé. On ne pouvait plus se promener
tranquillement dans la ville. Il devenait dangereux de sortir sans papiers.
Déjà, nous regardions différemment nos voisins, toute personne de notre
connaissance (…) Le soupçon, la peur, la crainte de la dénonciation nous
envahissaient peu à peu. »


Parmi l’arsenal des moyens très sophistiqués visant le contrôle politique, la torture sous toutes ses formes est largement répandue. Amnistie Internationale trace chaque année la liste interminable des pays qui ne respectent pas les règles élémentaires de justice naturelle, violent les droits humains fondamentaux et pratiquent la torture sur des prisonniers politiques.

Un de mes collègues d’origine salvadorienne, psychologue de formation, a fait un stage dans une prison d’état du Salvador, il y a quelques années. À ce titre, il avait le droit de circuler aussi dans la section des prisonniers politiques qui était bien garnie. Il m’a assuré que le viol comme moyen de torture était couramment pratiqué, non seulement sur les femmes mais aussi sur les hommes, dans un contexte de dérision et dans le but de les casser.

Une autre technique largement utilisée pour briser la résistance des prisonniers politiques, c’est de torturer un enfant ou une femme pour obtenir l’aveu du père ou de l’époux. Il y a aussi le recours à des haut-parleurs pour amplifier les cris des victimes de torture et ainsi terroriser les autres prisonniers. Malheureusement, ces choses ne se passent pas exclusivement dans des films d’espionnage, mais dans la vraie vie et parfois pas très loin de chez nous.

* à suivre *

lundi 23 août 2010

VIOLENCE vs RÉFUGIÉS - 3e partie

LE RÉFUGIÉ : UN PRODUIT DE LA VIOLENCE ORGANISÉE

Le réfugié est avant tout une victime de la violence réelle ou potentielle.

On pourrait discourir longtemps sur les causes qui ont provoqué l’aberrant renversement de situation où les victimes de violence sont perçues parfois elles-mêmes comme un danger public, en d’autres mots comme des gens qui nous font…violence!

Pourtant, seul l’aveuglement pourrait nous faire banaliser la situation des réfugiés et faire oublier le fait fondamental que la grande majorité d’entre eux sont d’abord et avant tout des personnes qui ont fui un danger bien réel. Rarement, ils ont pu éviter pour eux-mêmes la violence physique ou morale, en se sauvant de façon préventive. Mais, même dans ces cas, la violence a frappé durement leur famille immédiate, leurs amis, etc. La plupart du temps, cette violence était organisée en système puissant, laissant peu de possibilités de défense : ils ont dû faire face à la « persécution politique » et parfois même à la « torture ». Ces derniers termes évoquent une violence qui perdure et qui s’acharne : la « persécution » consiste en un « traitement injuste et cruel infligé avec acharnement », alors que la « torture » est une « peine grave, (un) supplice pouvant entraîner la mort ». Il faudrait ajouter que les tortionnaires d’aujourd’hui ont appris des techniques hallucinantes pour essayer d’atteindre et d’anéantir l’esprit par les souffrances du corps; même la science leur vient puissamment en aide!

Au cours de ses vingt années d’intervention sociale auprès des nouveaux arrivants dont une grande partie était des réfugiés, Giovanni Fiorino a souvent été l’ « oreille compatissante » pour de nombreux individus ou familles ayant subi des violences à peine croyables pour quelqu’un qui vit dans un pays démocratique comme le nôtre.

Qui, au Québec, n’a pas entendu parler de Carmen Quintana, cette jeune Chilienne qui avait été aspergée d’essence et transformée en torche humaine par des militaires haineux ? Grâce, entre autres, à l’aide des Québécois, cette jeune fille a survécu à ses blessures.

* à suivre *

samedi 21 août 2010

VIOLENCE vs RÉFUGIÉS - 2e partie

…ET LES RÉFUGIÉS

« Réfugiés », voilà un autre mot qui est devenu familier à la plupart des Québécois, grâce surtout aux médias tant électroniques qu’écrits. Mais il s’agit d’une autre réalité qui ne se laisse pas facilement déchiffrer par le commun des mortels. On entend souvent parler de vrais et de faux réfugiés…

Tantôt on nous présente les réfugiés comme des victimes innocentes, tantôt comme des abuseurs de notre grande générosité…tantôt comme des personnes valeureuses et héroïques, tantôt comme des êtres dépendants, gâtés, et fraudeurs. Il y a quelques années, le sort des « réfugiés de la mer » du sud-est asiatique avait suscité au Québec un mouvement massif de sympathie et de solidarité; aujourd’hui se dessine de plus en plus un certain courant d’opinion publique qui assimile allègrement la venue des réfugiés chez nous à une espèce de fléau dont il faudrait se protéger à tout prix.

Pour nous y retrouver, contentons-nous pour l’instant du sens général du mot « réfugié ».

« Réfugié : se dit d’une personne qui a dû fuir le lieu qu’elle habitait afin
d’échapper à un danger (guerre, persécution politique ou religieuse, etc.). »


Il y a donc deux sortes de réfugiés : ceux qui sont victimes de désastres naturels ou de guerres généralisées et ceux qui sont victimes de persécution personnelle. La Convention des Nations Unies sur les réfugiés vise ces derniers, mais dans les faits le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés aide aussi les autres groupes de réfugiés. Le Canada a pris des engagements légaux envers les réfugiés qui répondent à la définition de la Convention de Genève, laquelle statue que le réfugié est

« (une personne) qui craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race,
de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe
social ou de ses opinions politiques (…) ne peut ou, du fait de cette crainte,
ne veut se réclamer de la protection de ce pays ».
* à suivre *

jeudi 19 août 2010

VIOLENCE vs RÉFUGIÉS - 1e partie

VIOLENCE

Le mot « violence » est partout dans mes écrits.


« ce vocable inonde notre quotidien, on en parle constamment, bien secondé en
cela (…) par les médias. Ceux-ci, bien équipés, sans cesse sur le qui-vive,
contribuent à rendre le phénomène omniprésent, trop souvent même menaçant ».
Mais la réalité évoquée par ce terme n’est pas facile à cerner et l’analyse conceptuelle et théorique présente des embûches de taille.

Dans le cadre du présent texte, mes préoccupations se situent à un niveau proche de mon expérience professionnelle auprès des réfugiés. Il convient cependant de rappeler d’abord le sens général du mot « violence ».

Ce mot évoque des notions comme : attaque, virulence, démesure, brutalité, contrainte, abus, hostilité, agressivité, guerre…L’idée contraire est exprimée par les mots : douceur, mesure, calme, paix. De fait, les auteurs s’entendent pour dire que si tout homme possède un « instinct inné d’agressivité », cette agressivité peut dégénérer en violence lorsqu’il y a débordement d’émotions, de passions. Face à cette violence, nous sommes amenés à l’une ou l’autre des réactions suivantes : la fuite ou la contre-attaque.

Les expressions de la violence prennent la forme d’agressions psychologiques, physiques et sexuelles. La violence intrafamiliale et celle contre les femmes en général sont le plus souvent étudiées, alors qu’il n’existe que peu de littérature sur la violence subie par les réfugiés.


* à suivre *

mardi 17 août 2010

FEMME VIOLENTÉE (VIOLENCE CONJUGALE) - 8e partie

CONCLUSION

« Les solutions reflètent souvent la colère des personnes militant pour la cause
» (MacLeod). »


Pour Marie –José Parent

La relative tolérance des femmes à l’égard de la violence de leur conjoint ne devrait pas signifier pour nous qu’elles soient sans pouvoir. Le rapport de force qui prévaut lors d’épisodes violents nous démontre visiblement un déséquilibre où la femme est battue, meurtrie et momentanément désavantagée. Il est probable que certains intervenants puissent être choqués que je souligne le caractère temporellement limité qu’emprunte la position de faiblesse à laquelle les femmes sont contraintes par la force de leur partenaire violent.

Il ne s’agit pas de minimiser les impacts destructeurs qu’engendre toute cette violence, mais bien de souligner l’extraordinaire vigueur des femmes à tenter coup après coup l’insurmontable mission de changer leur compagnon. Néanmoins, j’ai constaté qu’une intervention qui concentre ses efforts sur leur position de femmes dominées produisait l’effet contraire au but recherché produisait l’effet contraire au but recherché et ne faisait qu’entretenir cette position et favoriser la dépendance. Si la femme violentée doit composer avec les positions désavantageuses qui peuvent découler de l’appartenance à un sexe ou à une classe sociale, force nous est de nous rendre à l’évidence qu’elle rejoint alors en très grand nombre d’autres femmes. À cet égard, l’inéquité salariale, le niveau de pauvreté des familles monoparentales et les emplois précaires constituent des facteurs socio-économiques qui ont une influence sur son processus de changement.

Aussi, sans exclure l’importance de ces facteurs, l’intervention d’aide directe auprès des femmes violentées peut s’avérer un terrain fertile au changement individuel et collectif. Mais sans la reconnaissance de leurs pouvoirs, où réside une grande part de dignité, les femmes violentées ne trouvent que des sauveurs qui perpétuent dans leur rapport avec elles ce qu’elles ont-elles-mêmes tenté de faire auprès de leur partenaire : le changer!

lundi 16 août 2010

FEMME VIOLENTÉE (VIOLENCE CONJUGALE) - 7e partie

Le changement des attitudes

Toutes les attitudes relatives à la dépendance affective, la dévalorisation de soi, les sentiments d’omnipotence dans la gestion des désirs et besoins de l’autre contribuent à maintenir la femme dans une manière d’être en relation qui devient intensément frustrante et blessante. C’est bien souvent le degré de frustrations rendu intolérable qui génère la motivation au changement, tout autant sinon davantage que la nature du geste violent.

Le processus de changement de ces attitudes est long et se compose d’étapes où les femmes peuvent ressentir un regain d’énergie et de vigueur, suivies d’impressions de recul, de stagnation ou de douloureuses prises de conscience : perte des illusions, sentiment d’échec, d’insécurité affective et matérielle. Si, comme le soulignait Ginette Larouche :


« La mobilisation occasionnée par la situation de crise peut permettre à la
cliente d’amorcer des changements importants qui auraient nécessité, en d’autres
temps, une longue démarche. Il faut donc utiliser cette énergie pour mobiliser
la victime et l’inciter à agir."


Mais la continuité du soutien thérapeutique individuel et de groupe doit être disponible pour ces femmes bien au-delà de l’étape de crise.

Ce n’est pas parce qu’une femme retourne ou continue de vivre avec l’homme qui la violente qu’il faille conclure qu’il n’y a pas de changement. Inversement, ce n’est pas forcément parce qu’une femme battue quitte son conjoint qu’il y a un changement conséquent. En effet, on a parfois constaté que la violence peut resurgir, même après une rupture. Outre les menaces ou le harcèlement éventuels de l’ex-conjoint, la violence peut se manifester chez les enfants ou les adolescents, chez la femme elle-même à leur endroit ou de la part du nouveau partenaire. Même après une rupture, elles peuvent ressentir des états de tension et d’anxiété importants venant s’ajoutant à des difficultés d’adaptation. Chénard et al. Soulignaient dans le cadre de leur recherche que :


« (…) la peur des représailles, la désorganisation matérielle et affective
s’ajoutent aux problèmes déjà vécus par ces femmes et peuvent constituer en soi
des sources supplémentaires de stress et d’anxiété affectant notamment leurs
habitudes de vie. »
Les plus pénibles étapes du changement ne peuvent s’assumer de façon significativement positive si la femme peut en même temps expérimenter concrètement le développement de ses potentialités affectives, sociales, professionnelles ou financières. En d’autres termes c’est ce que d’aucuns appellent la réappropriation du pouvoir vers soi, en soi et non plus celui qui se centre vers le contrôle du comportement de l’autre.

Sans ses expériences concrètes qui viennent renforcer l’estime de soi et l’épanouissement de l’intégrité et de la créativité, le changement ne peut se réaliser et sera même pressenti aussi insupportable sinon davantage que le statu quo, voire inutilement pénible!


* à suivre *

vendredi 13 août 2010

FEMME VIOLENTÉE (VIOLENCE CONJUGALE) - 6e partie

Si l’on considère la femme violentée qui retourne comme le chaperon rouge qui s’en va se jeter encore dans la gueule du loup, le risque de sombrer nous-mêmes dans un état d’impuissante détresse s’accroît et c’est ce dont elle n’a pas besoin. Il est cependant bien légitime d’avoir peur pour elle, et nous sommes parfois effleurés par la peur de la perdre! Après lui avoir fourni toutes les informations nécessaires, notre inquiétude peut lui être communiquée en espérant que notre préoccupation pour sa sécurité saura aiguiser la conscience des risques qu’elle peut encourir. Ensuite, que faire d’autre que d’accepter ce sourire parfois presque condescendant qu’elle nous retourne en guise de réponse : « Non, ne t’inquiète pas pour moi… » Elle a tout fait l’air de savoir des choses qu’on ne sait pas, elle à l’air d’avoir oublié tout à coup le motif pour lequel elle est venue nous consulter. On dirait qu’elle a laissé à la maison un ouvrage qu’elle est brusquement empressée de terminer!

C’est pourquoi j’ai souvent fait la constatation que pour aider efficacement une femme violentée, il faut surtout s’intéresser à son entourage : ses pouvoirs réels ou idéalisés, ses projets, ses relations sociales, son travail, mais aussi au sens que prend pour elle la relation avec son partenaire. Étonnamment, les femmes violentées minimisent souvent leurs pouvoirs réels pour les substituer à l’idéalisation d’un pouvoir magique : celui de changer leur partenaire et de le rendre, par la force de leur amour, désintéressé, attentif et sincère, un homme plus doux et moins contrôlant.

En effet, les femmes violentées surestiment fréquemment leur capacité à modifier le comportement du partenaire et à agir en fonction de la réaction qu’elles espèrent susciter (pouvoir magique). Simultanément, elles éprouvent de grandes difficultés à prendre des décisions pour elles-mêmes et font souvent une estimation négative de leurs capacités à agir pour leur propre compte (pouvoirs réels). Cette attitude vient de façon paradoxale, mais combien complémentaire, confirmer la perception de l’homme qui croit que sa femme a le pouvoir de le rendre violent.


* à suivre *

jeudi 12 août 2010

FEMME VIOLENTÉE (VIOLENCE CONJUGALE) - 5e partie

Le pouvoir des femmes violentées

Une femme ayant subi de la violence conjugale reste toujours une femme. Néanmoins, il nous arrive souvent de l’oublier lorsque dans nos CLSC, nos maisons d’hébergement, nos postes de police ou nos urgences d’hôpitaux, elle arrive tremblante, fébrile et blessée. Et c’est fréquemment à cette étape de l’invention que nous glissons de l’empathique sollicitude vers la surprotection. Des femmes violentées nous disent régulièrement qu’une des plus importantes vexations lors des épisodes violents qu’elles ont traversés fut de se sentir comme des petites filles apeurées devant leur partenaire…Et nous l’accueillons souvent comme un petit chaperon rouge qui se serait dégagé à temps des dents du grand méchant loup!

Bien qu’il demeure essentiel et inaliénable de leur prodiguer les soins et toute l’attention relatifs à leur état, nous ne devons jamais outrepasser les limites de leur dignité. En d’autres termes, aborder une femme violentée comme si elle était une enfant sans pouvoir constitue l’erreur la plus fondamentale et la plus fréquente.

Pourtant, certaines femmes semblent particulièrement conditionnées à ce rôle de petit chaperon rouge. Ce sont celles qu’on dit les plus victimisées, celles dont on croirait à première vue qu’elles n’ont aucun pouvoir. Alors que ce sont justement elles qui souvent en ont le plus…sur les intervenants! Car leur profond état de détresse psychologique et leur isolement social leur font trouver un sauveur.

Si nous refusons de remplir ce rôle avec elles, nous constaterons inévitablement toute la violence et la rage que peuvent avoir retenues les femmes qui furent longtemps et souvent poussées! Ce sont ces femmes qui, au grand désarroi des policiers, vont déverser sur eux toute leur colère, au moment où ces derniers décident de procéder à l’arrestation du conjoint. Ces réactions peuvent nous suggérer l’hypothèse voulant que l’autorité policière puisse représenter, pour ces femmes, une « menace » qui viendrait perturber le rapport de dépendance qui s’est établi entre elles et leur conjoint. Le facteur de dépendance économique peut certes venir influencer de telles réactions, mais les enjeux en présence sont beaucoup plus complexes pour qu’on les réduise à cette seule explication.

Mais nombreuses sont les femmes violentées qui rebutent à se reconnaître face à elles-mêmes ou aux intervenants en tant que victimes de l’homme qu’elles ont choisi pour compagnon. Cette attitude ne signifie pas nécessairement qu’elles dénient la violence, mais qu’elles exercent, directement ou indirectement sur lui. Elles cherchent principalement à se voir reconnues selon leur valeur et leurs potentialités. Une intervention à caractère « protectionniste » à leur égard ne peut que venir renforcer une position de victimisation.


* à suivre *

mercredi 11 août 2010

FEMME VIOLENTÉE (VIOLENCE CONJUGALE) - 4e partie

Dans les rapports de couple d’où surgissent des agirs violents, la question du pouvoir devient diffuse, les territoires respectifs sont flous et, en conséquence, les positions se fixent jusqu’au durcissement dans la dépendance réciproque. Après l’éclatement de la violence, les femmes peuvent simuler parfois, par manque de moyens, une certaine soumission. En effet, elles feront montre d’abdiquer afin de ménager l’orageuse susceptibilité de leur conjoint. Elles renonceront temporairement à l’expression directe de leur colère, de leur peur ou de leur peine.

Il ne faut jamais oublier, quand on intervient auprès des femmes violentées, que leur position de soumission ou de faiblesse constitue dans la très grande majorité des cas une réaction défensive qui force le maintien d’une cohésion.

Une réaction défensive qu’adoptent de nombreuses femmes violentées consiste à développer des comportements d’indifférence à l’endroit de la violence de l’autre afin de ne pas se montrer perdantes. Certaines diront : « Je ne veux pas qu’il se rende compte qu’il me fait mal, je veux montrer que je suis aussi forte que lui, qu’il ne gagnera pas ». Ces comportements engendrent un triple effet négatif : Ils contribuent à couper la femme de son expérience émotionnelle réelle, induisent chez le conjoint violent la perception que la femme est insensible à ses agirs et alimentent le jeu de pouvoir.

Ainsi, pour aider une femme qui a vécu longtemps de mauvais traitements, il est primordial de la soutenir dans la libération de ses mécanismes défensifs. Ces mécanismes se sont imposés, non seulement par la nature des circonstances violentes mais comme une réponse qui a pu servir à la femme pour ne plus sentir sa souffrance et aussi pour maintenir intactes ses idéalisations (couple harmonieux, famille unie). Parfois, ces mécanismes de défense peuvent la conduire à retourner sa colère et son ressentiment contre elle-même ou contre ses enfants et parfois contre le partenaire, si aucun changement n’intervient.

L’affection que les partenaires pouvaient encore se témoigner ne se manifeste déjà plus. La femme tente de préserver une position qui sauvegarde sa vision du conflit et son dernier espoir pour qu’enfin son partenaire comprenne qu’il doit changer. Certains psychiatres ont appelé ce phénomène, chez certaines victimes, comme le « syndrome d’accommodation » (Talbot). C’est fréquemment à ce stade que la violence physique du partenaire est la plus intense et la plus grave. Fort heureusement, la majorité des femmes violentées auprès desquelles nous travaillons atteignent de plus en plus rarement ce stade.


* à suivre *

mardi 10 août 2010

FEMME VIOLENTÉE (VIOLENCE CONJUGALE) - 3e partie

Si l’amour fait défaut, il y a toujours le pouvoir

Chacun conviendra que l’amour comporte, dans son ferment et sa finalité, une capacité de don et d’abandon de soi-même. Sans ces qualités d’ouverture et de généreuse disponibilité à l’autre (enfant, ami ou amie, amoureux ou amoureuse), l’amour ne peut évoluer. Or, comme l’indique cet état de disponibilité qui attribue, avec notre plein consentement, tant de pouvoir à la personne aimée.

En effet, le rapport amoureux nous incite à abandonner certaines défenses, à accepter nos états de vulnérabilité et de fragilité par la confiance à l’autre. Par le fait même, nous acceptons de nous laisser imprégner par l’influence accrue qu’exerce sur nous la personne aimée. C’est ainsi que l’autonomie affective de chacun des partenaires peut être rudement mise à l’épreuve. Alberoni note encore que l’état amoureux naissant est similaire à un mouvement révolutionnaire par l’énergie, la vitalité et le pouvoir de changement qui s’expérimentent par chacun des membres du couple comme exceptionnellement intenses. Si l’un des partenaires ou les deux vivent respectivement des manques importants sur les plans affectif, social ou économique, il ou elle peut attribuer à l’autre un pouvoir tout aussi important qui viendrait combler ses manques.

Ainsi, plusieurs femmes violentées disent avoir vécu dans les prémisses de leur rapport amoureux la position de la femme adulée et adorée. « Il m’a mise sur un piédestal. » D’ailleurs, bien des femmes, violentées ou non, n’abandonnent pas si facilement leurs rêves des petites filles ; elles ont la perception d’être révélées à elles-mêmes par le prince si longtemps attendu. Et si de surcroît, le prince se fait humble pour adorer sa bien aimée, elle en sera d’autant plus comblée. Christiane Olivier écrit à ce sujet que :

« L’amour a comme particularité de commencer par une douce illusion et de
s’achever sur une cruelle évidence ; l’autre n’est pas comme nous. »

Chez les couples où se manifeste la violence, cette épreuve de réalité n’est pas assumée. Chacun cherche, sur un mode différent, à trouver l’état naissant initial à leur union. L’homme utilise la violence, la femme tentera d’abord toutes les stratégies pour lui plaire.

Elles nous diront fréquemment : « Je voudrais qu’il soit comme avant, il état si doux, si gentil, si prévenant ». Un homme de rêve, un homme idéal…un homme impossible! Mais l’homme réel est violent et après sa crise violente, il cherche à redevenir l’homme « idéal », à conquérir celle qu’il a blessée. Qui parle de conquête ou de reconquête parle de pouvoir.


* à suivre *

lundi 9 août 2010

FEMME VIOLENTÉE (VIOLENCE CONJUGALE) - 2e partie

L’amour attendu…

Il y a pourtant de doux instants entre eux, de plus en plus rares au fil des années. Dans ces doux instants, ils ont l’air d’avoir oublié qu’hier, le mois dernier ou l’année passée, l’orage violent les avait fait trembler. Et puis, la violence revient en s’insinuant plus ou moins subtilement jusqu’à prendre à nouveau toute la place comme si la violence se présentait à titre d’entité extérieure ou de visite importune qui arriverait alors qu’ils attendaient l’amour. Ils luttent tous les deux contre elle, chacun et chacune selon sa différence, pour qu’enfin elle s’en aille!

Mais la violence reste, suspendue jusqu’au prochain éclatement : il accuse sa femme d’avoir invité l’intruse et ainsi de l’avoir provoqué. L’homme frappe ce qu’il perçoit comme une menaçante ennemie qui aurait pris sa partenaire en otage ou à qui elle aurait volontairement offert refuge. Pour la femme, l’ennemie est en lui, mais elle lui prête néanmoins la gîte en la faisant sienne, comme le partage du pain quotidien. Elle supporte le coup encore une fois; elle refoule sa colère et sa rage assourdies par la peur, jusqu’à se replier à nouveau pour que l’amour, croit-elle sincèrement, puisse triompher puisqu’elle ne le peut pas.

En chaque femme battue, il y a la honte, non plus tellement celle de son image sociale, mais la honte d’avoir été battue. Dans les violentes batailles conjugales, il n’y a pas de gagnants et encore moins de bonnes perdantes! L’amour que la femme attend la distrait de la honte et de la colère qu’elle ne montrera pas à cet homme qui, après sa brève et dérisoire victoire, s’offre à elle repentant et souvent aimant. Ainsi, l’homme violent espère quérir rapidement le pardon auprès de sa partenaire pour un acte qu’il a commis et vis-à-vis lequel il peut éprouver de la culpabilité. Le pardon de sa compagne lui permet souvent l’évitement du sens de responsabilité eu égard à sa violence. Comme le mentionne Robert Philippe :

« Il accuse la femme de le rendre violent. Pourtant, lorsque la même logique
est appliquée, mais à l’inverse ce système de croyance n’est plus fonctionnel :
si elle a le pouvoir de le rendre malheureux et violent, alors comment expliquer
qu’elle n’ait pas le pouvoir de l’empêcher d’être violent? »
Quand on intervient en matière de violence conjugale, on entend très souvent parler d’amour. Tout aussi souvent sans doute, se demande-t-on ce que l’amour peut bien venir faire dans tous ces coups, ces injures et ces menaces? Je n’ai pas encore trouvé de réponse. Mais j’ai la vive intuition que tant qu’on dira, écrira ou chantera que l’amour est bien plus fort que nous, il y aura de la violence conjugale. La violence se manifestera dans ses conséquences désastreuses tant que chacun croira que cette violence vient d’ailleurs, toujours de l’autre ou qu’elle est plus forte que nous…elle aussi.

* à suivre *

vendredi 6 août 2010

FEMME VIOLENTÉE (VIOLENCE CONJUGALE) - 1e partie

Femme Violentée

Me limiterai-je à aborder les aspects souvent brouillons et apparemment contradictoires qui émergent lorsqu’on intervient auprès des femmes violentées. En effet, il m’apparaît essentiel de soulever l’épineuse question : pouvons-nous la percevoir autrement que comme une victime?

Également, je veux remercier toutes ces femmes que j’ai rencontrées et qui ont su ébranler certaines de mes convictions, dont la plus persistante était justement celle qui veut que le pouvoir soit surtout une affaire d’hommes, et que les femmes, elles, elles aiment!

Il y a parmi les femmes violentées que nous recevons en consultation, des femmes qui ont des comportements dominateurs, parfois même violents. Il y a des femmes violentées qui sont financièrement autonomes, pouvant même être très instruites, des professionnelles jouissant d’une position socio-économique avantageuse, mais qui dans l’intimité de leur rapport à l’homme expérimentent une forte dépendance. Il y a, parmi les femmes violentées, des femmes de ménage qui balaient avec la poussière des années de domination et retrouvent leur dignité et leur autonomie.

Aux attitudes et comportements typiques aux femmes violentées, tels que définis par plusieurs auteures et notamment Ginette Larouche, Deborah Sinclair et Linda MacLeod, se joignent une variété de manifestations « atypiques » qui obligent à l’ouverture vers d’autres pistes d’exploration à cet égard, Linda MacLeod notait que :
« (…) nous devons oser assumer l’incertitude d’une vision embrouillée et faire
l’essai de nouvelles directions. C’est à ce prix que nous pourrons préserver
notre intégrité, notre engagement envers les femmes battues et leurs enfants, et
notre vision d’une société plus juste et plus sûre ».


* à suivre *

jeudi 5 août 2010

AGRESSIVITÉ - 11e partie

POUR CONCLURE

Si la violence existe, c’est parce que l’être humain est naturellement constitué de pulsions agressives; ces pulsions « logées » dans l’inconscient échappent à nos modes de pensée rationnels. La théorie psychanalytique a largement contribué à l’étude de la vie pulsionnelle, tant chez l’adulte que chez l’enfant, et constitue une grille d’analyse essentielle des phénomènes cliniques liés à l’agressivité.

Chez l’enfant, nous détectons plus rapidement les cas où l’agressivité se décharge excessivement sur l’entourage. Nous mettons, beaucoup plus de temps à identifier les cas où les pulsions agressives sont éteintes ou inutilisées car ces cas ne dérangent pas, ils n’ont pas la force d’appeler au secours par des symptômes vigoureux. En réalité, dans ces deux types de cas, les pulsions agressives sont au cœur du problème.

Pour aider l’enfant à parvenir à une meilleure utilisation de ses pulsions, il faut pouvoir situer les symptômes dans le champ relationnel, rétablir l’histoire de l’enfant et de ses relations affectives précoces avec sa famille. Lorsque pour diverses raisons cette histoire n’est pas accessible, le traitement est plus ardu et prend souvent un caractère palliatif.

Enfin, en tant que cliniciens, nous devons nous rappeler que nous ne sommes jamais à l’abri de nos propres tendances. L’exploration des phénomènes liés à l’agressivité nous confronte à nos propres résistances; vouloir connaître l’être humain finit toujours par nous ramener à nous-mêmes.

NOTE
(1) Le mot objet (objet d’amour, relation d’objet, objet libidinal) est utilisé dans le texte selon le sens psychanalytique, c’est-à-dire qu’il représente une personne et non une chose inanimée.

mercredi 4 août 2010

AGRESSIVITÉ - 10e partie

Du point de vue social dans le traitement accordé à l'Agressivité.

Nous avons évoqué en début d’article les grandes campagnes de lutte contre certains types de violence ou certains agents identifiés de la violence : violence conjugale, enfants battus, drogues, délinquance, jouets violents…Ce type d’actions sociales contribue-t-il à nous rendre plus sensibles ou plus défensifs face à nos propres tendances, aux aspects cachés de nous-mêmes?

J. Bergeret regrette que l’on parte trop facilement en guerre contre des symptômes; il se méfie de la dimension spectaculaire de ce type d’interventions, que sous-tendent souvent des enjeux politiques et qui tendent à conforter l’opinion publique dans une forme de contre-violence répressive. IL propose plutôt de diriger les crédits disponibles vers des interventions moins spectaculaires et moins visibles mais plus payantes à long terme : c’est-à-dire des interventions s’adressant directement aux familles et visant des modifications du fonctionnement de l’entourage de l’enfant.

Nous avons saisi par les auteurs cités dans cet article à quel point l’environnement affectif et relationnel précoce de l’enfant était une condition déterminante de l’intégration de sa vie pulsionnelle.

Il faudrait encourager un retour vers des pratiques cliniques privilégiant l’aide à l’enfant au sein de sa famille et les traitements portant sur les relations parents-enfant. C’est encore à ce niveau que l’on obtient les résultats cliniques les plus probants et les plus durables.



* à suivre *

mardi 3 août 2010

AGRESSIVITÉ - 9e partie

Quel traitement accorder à l’agressivité?

Entendons ici « traitement » dans un sens double : autant dans le sens d’une attitude adoptée devant un phénomène que dans le sens clinique d’une thérapeutique.

Du point de vue individuel

Nous avons voulu faire ressortir la nécessité de comprendre d’une façon très large l’ensemble des manifestations reliées à l’existence des pulsions agressive chez tout être humain. Le schéma théorique qui se dégage de la reconnaissance de la vie pulsionnelle duelle nous sera utile dans notre abord des cas cliniques individuels.

Nombreuses sont les consultations pédo-psychiatriques où le symptôme d’appel est de type agressif. Les parents, l’entourage, nous demandent d’éteindre le symptôme agressif, mais c’est aussi ce symptôme qui motive la consultation, la rend nécessaire. Il nous faudra chercher à saisir l’origine du symptôme, le type d’organisation de la personnalité dans laquelle il s’inscrit, ce qui contribue à le rendre nécessaire pour l’enfant même s’il est reconnu comme nuisible par tous. La répression trop intempestive du symptôme avant d’en avoir recherché le sens peut devenir à son tour un acte violent. Dans nos professions, il faut toujours nous méfier de nos propres tendances à faire violence à l’enfant et à la famille qui nous consultent, du fait d’un type de pouvoir que nous sommes en mesure d’exercer sur eux, à notre insu bien souvent.

Nous tenons à faire à nouveau allusion aux problèmes aussi nombreux et secrètement destructeurs de l’agressivité retournée contre soi, de l’inhibition et des tendances masochiques; ces problèmes sont naturellement plus difficiles à détecter puisqu’ils n’attaquent pas l’entourage. Les exemples cités plus haut témoignent des ravages silencieux entraînés par l’incapacité de faire usage des pulsions agressives.

* à suivre *

lundi 2 août 2010

AGRESSIVITÉ - 8e partie

VOIES DE CANALISATION ET DE SUBLIMATION DES PULSIONS AGRESSIVES : LE JEU, LA CRÉATION, LE TRAVAIL

C’est dans le jeu symbolique que nous voyons apparaître chez l’enfant les premières solutions adaptées en rapport avec l’agressivité. Winnicott a conceptualisé de façon très originale le phénomène du jeu qu’il situe dans un espace intermédiaire, entre le monde interne de l’enfant et la réalité extérieure. Le jeu absorbe des éléments du monde extérieur qui se mêlent aux éléments du monde intérieur de l’enfant, i.e. pulsions, désirs, fantasmes; il permet ainsi l’exploration de ces deux mondes et des conflits qui s’y trouvent. Le jeu est la pensée de l’enfant, son travail psychique. C’est sur l’élaboration du jeu personnel de l’enfant que s’établira la richesse de la personnalité adulte.

Des gens s’inquiètent du fait que les enfants jouent avec des armes-jouets et croient que pour prévenir la guerre, il faudrait interdire ces jouets. Si nous acceptons le fait que l’enfant ait besoin d’explorer l’agressivité qu’il est conscient de posséder en lui, nous comprenons alors la nécessité chez l’enfant d’exprimer ses sentiments agressifs dans le jeu qui est essentiellement sans danger réel puisqu’il est symbolique. Le jeu est une alternative à l’agressivité agie dans une crise de rage par exemple. On peut penser qu’on prépare mieux un enfant à devenir un citoyen responsable si on lui offre la possibilité d’explorer ses conflits internes, d’en prendre conscience grâce au jeu.

La création artistique, issue du développement du jeu et de l’espace intermédiaire tels que conçus par Winnicott, s’alimente de l’énergie pulsionnelle et du conflit interne surmonté. Ainsi est-il intéressant de penser que pour bâtir une statue, même une statue dédiée à la Paix, un sculpteur doit pouvoir utiliser une bonne dose d’agressivité s’il veut s’attaquer à son matériau, le façonner, le transformer. La réalisation de la statue elle-même témoigne de l’existence des pulsions agressives et de la sublimation.

Spitz a conceptualisé l’avènement des processus de pensée chez l’être humain comme une fonction adaptative dans l’évolution de l’espèce, fonction adaptative née de la pulsion agressive elle-même. C’est la pulsion agressive qui stimule l’évolution vers des niveaux adaptatifs supérieurs, par le biais de l’activité mentale et du travail intellectuel, eux-mêmes liés au principe de réalité.

Le travail intellectuel de l’élève, du chercheur, comme le travail qui engage le corps du sculpteur, impliquent donc des pulsions agressives canalisées, réorientées vers de nouveaux buts, sublimées


* à suivre *

dimanche 1 août 2010

AGRESSIVITÉ - 7e partie

Troisième vignette clinique

Un jeune garçon âgé de quatre ans et demi est évalué pour un retard développemental : le langage et le développement affectif sont très atteints et il y a un retard de croissance. L’enfant n’a jamais démontré les signes d’anxiété typiques de la petite enfance, n’a jamais fait de colère, ne s’est jamais opposé ouvertement, ne semble pas distinguer le bon du méchant. Il a l’apparence artificielle d’un petit personnage de bande dessinée et est investi par l’entourage comme un gros bébé.

L’histoire révèle qu’il y a eu arrêt développemental à la suite d’un traumatisme familial. L’enfant semble avoir été identifié à l’objet de réconfort dans la détresse maternelle, sorte de témoignage vivant du bonheur familial disparu; on a mis du temps à s’inquiéter de son état dévitalisé et à y voir le symptôme d’un problème développemental. Alors que le frère aîné exprimait ouvertement sa souffrance et sollicitait ses parents au moment de l’éclatement familial, le plus jeune a éteint sa vie pulsionnelle au point de cesser de grandir. Il vit maintenant ses pulsions agressives « par procuration », en faisant éclater la colère de son frère; il est tenu à l’abri de tous les conflits normaux de l’existence, innocenté par son apparence de petit nain.

La mise à l’écart de la vie pulsionnelle peut engendrer un arrêt de la croissance et du développement affectif et cognitif chez un enfant probablement porteur d’une fragilité constitutionnelle neurophysiologique ou psychologique.



* à suivre *