dimanche 16 mai 2010

COMPRENDRE L'IDENTITÉ MASCULINE 4e partie

L’adolescent et la mère

L’adolescent est ambivalent face à la mère. Il persiste chez lui une quête de la fusion avec elle, issue d’une anxiété de séparation, ainsi qu’une fuite de cette fusion, amorcée par son besoin d’individuation. La quête de la fusion maternelle est liée à la peur de la vie, la peur d’être un individu (Rank, 1929-1931). Cette quête peut mener à une inhibition identitaire, ce qu’Erikson (1968) nomme « rôle fixation ». La fuite de la fusion maternelle part d’une anxiété d’annihilation, ou de la peur de la mort et de ne plus être un individu (Rank, 1929-1931). Quand elle est modérée, cette fuite peut mener à la consolidation identitaire, ce qu’Erikson (1968) nomme « role experimentation ».

Dans les sociétés tribales, les garçons passent de l’enfance à l’âge adulte par le truchement de rites initiatiques (Campbell, 1949). On leur fait grâce de l’adolescence. Ces rites sont menés par des mâles adultes et ont pour but de rompre le lien entre le garçon et la mère, afin qu’il puisse entrer dans le monde des hommes.

Dans notre société, le passage au monde des hommes est censé se faire de façon définitive au cours de l’adolescence. L’adolescent qui se retrouve sans rites pour l’encadrer, ni père, ni figure paternelle pour l’épauler, risque d’éprouver de sérieuses difficultés lors de ce passage. De plus, sans père ni figure paternelle, il lui est difficile d’avoir recours à l’oedipe. Or, le retour de la dynamique oedipienne est un mécanisme qui répond très bien aux besoins d’individuation et d’identification sexuelle du garçon. Il s’agit toutefois d’un mécanisme complexe, comportant plusieurs éléments.

D’abord, on y retrouve le désir de la mère, surtout inconscient, porté sur la lame de fond de l’afflux hormonal et de la fébrilité sexuelle qui s’ensuit. Le désir de la mère est anxiogène, car elle entraîne le garçon vers la fusion maternelle qui représente la mort de son individualité. Le désir de la mère mène au besoin chez le garçon d’être vu par elle comme un mâle qui peut être sexuellement désirable, sans qu’elle le désire sexuellement.


* à suivre *

samedi 15 mai 2010

COMPRENDRE L'IDENTITÉ MASCULINE 3e partie

Les attitudes envers les masculinité et féminité
Le attitudes des parents envers la masculinité et la féminité sont des facteurs psychosociaux de risque et de résilience pour l’identité masculine (Pollack,1998 ;Cyrulnik,1989). Ces attitudes peuvent soit contribuer à la promotion d’une identité masculine saine chez le garçon, soit nuire au développement de son identité sexuelle. Par exemple, quelle est l’attitude de la mère envers la masculinité ? Du côté du père, est-ce qu’il trouve cela bien d’être un homme, un père ? La mère a-t-elle des croyances rigides sur ce que c’est d’être un homme ? Quelles sont les attitudes du père envers la féminité, la mère ? Comment la mère parle-t-elle du père à l’enfant ? Comment le père voit-il son propre père ?

Nous pouvons nous poser les mêmes sortes de questions par rapport aux figures de l’entourage, telles que la parenté, les voisins et les amis de la famille. Il est important aussi de tenir compte de l’organisation sexuelle des contextes social et culturel du garçon, à savoir la façon dont la culture et la société d’appartenance du garçon définissent la masculinité et la féminité. Le fait que l’environnement signifie le père a aussi beaucoup d’impact. Par exemple, à travers le biais de sa nomenclature, le réseau sociosanitaire qualifie régulièrement une famille où le fils vit avec sa mère et voit son père les fins de semaine de « famille monoparentale » (Gaudet et Devault, 2001). Pourtant, il y a deux parents dans ce portrait-là.

Le retour de l’oedipe
Lors du retour de l’oedipe, à l’adolescence, le rôle paternel de contrainte à la fusion mère-fils s’avère une source de réconfort pour le garçon, qui doit composer avec la lourde tâche d’assimiler sa sexualité génitale et l’image corporelle qui s’ensuit (Laufer, 1968). Le père incarne le tabou de l’inceste (Freud, 1933 ; Corneau, 1989 ; Cyrulnik, 1989 ; Cournut, 1997) et représente ainsi un pilier auquel l’adolescent peut s’accrocher afin de ne pas sombrer dans la relation symbiotique avec la mère, ce qui l’anéantirait en tant que mâle et en tant qu’individu. D’autre part, la figure paternelle sert de repère pour permettre au garçon de poursuivre son individuation de la mère et son identification au masculin. Étant donné son apport potentiel à la consolidation de l’identité masculine, il serait peut-être plus approprié de parler de dynamique oedipienne au lieu de complexe d’Œdipe.


* à suivre *

vendredi 14 mai 2010

COMPRENDRE L'IDENTITÉ MASCULINE 2e partie

Qu’est-ce que l’identité masculine ?
La masculinité varie d’une culture à une autre (Mead, 1928) et d’un individu à l’autre. L’identité masculine doit nécessairement s’échapper de la rigidité d’une description définitive saine, on peut avancer qu’il s’agit d’un certain équilibre entre les aspects masculins et féminins sur le plan intrapsychique (Jung, 1951) qui se traduit par des relations interpersonnelles harmonieuses avec les deux sexes. Bien entendu, aucun homme n’est parfaitement conforme à cet idéal. Mais cela ne l’empêche pas d’y aspirer afin de se sentir mieux dans sa peau. Dans cette page, il ne sera question que d’identité masculine hétérosexuelle et issue de la culture occidentale dominante, car les questions d’identités masculines homosexuelles et interculturelles déborderaient du présent cadre. De plus, les concepts des qualités masculines et féminines dans cet article se limitent aux concepts propres à la culture occidentale dominante.

Outre-mère

Le garçon ne passe pas instantanément du ventre maternel au monde « outre-mère » ou au-delà d’elle. Issu de la fusion intra-utérine, il vit, lors des premières semaines qui suivent la naissance, une sorte de prolongation de cet état fusionnel. Du creux de la symbiose mère-fils, le garçon ne se différencie d’elle que tout doucement. Il a d’abord recours à la complémentation sexuelle, plutôt qu’à l’identification sexuelle (Bureau, 1998). Pour la fille, sa relation avec sa mère est à la base d’une identification à son propre sexe (Olivier, 1980). Pour le garçon, sa mère représente en partie une inversion du rôle de mâle qu’il aura à assumer.

Afin de réaliser son identité masculine, le garçon doit prendre certaines distances face à la mère. En ce sens, la proximité de la mère peut être menaçante à son identité masculine (Olivier, 1980). Parallèlement, il a besoin de sa mère et y est attaché au point de ressentir de la nostalgie pour le paradis perdu de l’état fusionnel (Pollack, 1998).

La honte
La honte est un sentiment particulièrement masculin (Pollack, 1998 ; Osherson & Krugman, 1990). Selon Haviland & Malatesta (1981), dès les premiers mois de la vie, les garçons sont non seulement plus expressifs que les filles, mais reçoivent de la rétroaction positive surtout pour l’expression d’affects positifs, ce qui n’est pas le cas pour leurs consoeurs. Les garçons apprennent donc assez rapidement à taire en eux les affects plus négatifs, telles que la tristesse et l’angoisse (pas la colère, par contre). On encourage aussi les garçons, dès les premières années, à se séparer de la mère et à prendre leurs distances du monde féminin (Pollack, 1998, p.11).

Ceci suscite chez le garçon un profond sentiment de honte face à ses affects négatifs et face à sa propre féminité. Il en vient d’ailleurs à associer ses affects négatifs à son féminin intérieur. La honte le détache de ces facettes de lui-même et du même coup les cachent du monde extérieur (Lee, 2000,p.18). Le garçon subit par conséquent une grande solitude affective et une vie intérieure mutilée. Il peut en venir à construire son identité masculine comme un « faux soi » (Winnicott, 1960) afin de répondre aux attentes de son environnement plutôt qu’à ses propres besoins psychiques.


* à suivre *

jeudi 13 mai 2010

COMPRENDRE L'IDENTITÉ MASCULINE 1e partie

Pour Jean-Pierre Plouffe, la trajectoire de l’identité masculine comme celle de l’identité feminine est ponctuée d’étapes psycho-développementales qui sont autant de configurations relationnelles proposant à l’homme ou à la femme d’autres dimensions de sa masculinité ou de sa féminité. L’identité sexuelle est rarement consolidée une fois

pour toute. Elle évolue d’habitude, si ce n’est qu’en termes d’ajustements subtils, tout au cours de la vie. L’adolescence est une étape critique. Cet article explore les dynamiques inhérentes au développement de l’identité masculine adolescente selon la théorie psychanalytique des relations d’objets. De plus, il esquisse des dynamiques dans l’intervention de groupe auprès d’adolescents masculins sur la question de l’identité masculine.

Qu’est-ce que l’identité ?

Ce sont surtout les théoriciens de la psychologie du moi qui se sont penchés sur la question de l’identité (Hartmann, 1950 ; Erikson, 1959, 1968). Hartmann (1950) préconise l’usage du terme « self-representation » pour dénoter l’objet investi par la libido dans le narcissisme. Erikson (1968, p.50) fait la distinction entre une identité perceptuelle (« personal identity ») et une identité consciente (« ego identity »).

L’identité aurait à la fois une qualité de permanence qui maintient un sentiment de continuité chez l’individu à travers le temps et l’espace, ainsi qu’une qualité ponctuelle permettant à l’identité d’être plus ou moins colorée par les contextes relationnels dans lesquels se retrouve l’individu d’un moment à l’autre (Wheeler, 2000). Il serait donc opportun de parler d’identité en termes de représentations de soi qui peuvent s’inscrire dans une structure ou dans un processus et qui peuvent être plus ou moins conscientes. Un dérivé des relations objectales, l’identité est un facteur critique au sein des relations interpersonnelles.

En somme, l’identité serait composée des variables suivantes, qui s’inspirent largement des définitions de l’identité qu’avance Erikson (1968) :
- Les représentations que la personne fait de soi (auto représentations de soi) ;
- Les représentations que la personne fait des représentations d’elle qu’ont les autres ;
- Les rôles sociaux qui sont proposés à la personne ;
- Les rôles sociaux que la personne adopte.

* à suivre *

mercredi 12 mai 2010

DIFFICILE D'ÊTRE HÉTÉROSEXUEL 2e partie

On ne peut pas ne pas signaler deux témoignages remarquables tous deux pour des raisons différentes. D’abord, celui de Thomas Trahant sur l’homosexualité. On sait peu de choses sur le comportement homosexuel. On le voit de loin. On l’imagine surtout et les stéréotypes abondent. L’auteur nous propose donc quelques « portraits » très sensibles et qui ne cachent aucunement ce qui paraît être une banalité dans le monde homosexuel masculin : la multiplicité de l’aventure sexuelle. Mais ce n’est pas tout. On y voit que l’homosexuel masculin s’interroge lui aussi sur sa nature. On le voit chercher des « types » possibles, viables. Puis, le témoignage de Marc Chabot, professeur de philosophie à Québec. Son interrogation est, dans un sens, plus tragique parce qu’il représente l’hétérosexuel masculin majoritaire. Comment l’hétérosexuel peut-il se définir au sein de ce brassage social dont il est le témoin et parfois la victime? Comment résister aux assauts de l’homosexualité, du féminisme…et des autres hétérosexuels qui ne tiennent pas tellement à se poser de questions? Dans une entrevue qu’il a accordée à Marc Chabot, il lui a raconté cette histoire assez révélatrice. Il a prononcé une conférence devant les Gais de l’Université Laval. Le lendemain, participant à une joute de hockey, ses coéquipiers, fort gênés, lui ont demandé s’il était « viré gais ». Mais non! Il n’était pas viré gai. Il acceptait simplement de parler, de se mettre en situation de comprendre et, surtout, de se comprendre.

Plus général est le bel article « lacanien » de Patrick Valas sur la sexualité de l’homme en général. Il se pose la question de savoir si cette nature sexuelle masculine est semblable à la nature féminine. Faisant sienne l’idée de Lacan, Patrick Valas postule une sexualité masculine « perverse ». Il écrit : « La perversion est bien un mode d’exercice du désir où se manifestent toutes les passions humaines, avec leurs nuances, de la honte au prestige, de la souffrance à l’héroïsme… » Il y a beaucoup à dire sur ce sujet. On ne se gêne pas d’ailleurs. C’est pourtant là un domaine du spécialiste qui, lui-même, n’y retrouve pas toujours son latin. Mais il en faut.

Ce petit livre a malheureusement ses propres limites. L’hétérosexualité mâle a imposé son discours durant de nombreux siècles, pour le meilleur et pour le pire. Elle a occulté tout autre discours ou à peu près. L’hétérosexualité masculine serait-elle un « genre épuisé »? On aurait dû traiter de cette question. D’un autre côté, il y a beaucoup de théories dans ces textes et pas beaucoup de choses pratiques. Changer? Très bien! Comment? Si l’on excepte les deux témoignages que j’ai cités, remarquables justement à cause de ça, il n’y a pas grand-chose de concret là-dedans. Quelques statistiques des changements réels (place de la femme dans le marché du travail, évolution de la loi concernant la pratique sexuelle, etc…) n’auraient pas fait de mal.

Les sexes de l’homme participe d’une prise de conscience collective très difficile, surtout pour les hétérosexuels mâles. Cela, il ne faut jamais l’oublier, ni en rire. Il n’est pas toujours facile d’être femme, il n’est pas toujours facile d’être homosexuel. Il n’est pas facile non plus d’être hétérosexuel mâle.

mardi 11 mai 2010

DIFFICILE D'ÊTRE HÉTÉROSEXUEL

Non, ce n’est pas facile d’être hétérosexuel, dites-vous?

C’est ce que nous apprend Jean Basile et citant le livre « Les sexes de l’homme » de Geneviève Delaisi que depuis que les « rôles sexuels ont été remis en question, il y a eu bien des interrogations et peu de réponses. C’est que le champ de la sexualité considérée dans ses rapports avec l’autre est un domaine difficile à cerner, piégé de toutes parts. C’est là, en effet, où l’être humain éprouve sa complexité. C’est là où il découvre son angoisse.

Mais, lentement, des lignes directrices émergent qui permettent de mettre un peu d’ordre dans cette jungle toujours à explorer. Dans un petit livre parfois remarquable, Les Sexes de l’homme, la préfacière, Geneviève Delaisi de Parseval, dégage les deux axes principaux qui ont presque forcé les mâles hétérosexuels à réévaluer leur identité profonde : le féminisme et l’homosexualité masculine. Le féminisme, parce que le mâle hétérosexuel s’est vu soumis à un désir qui ne passait plus par ses propres fantasmes mais bien par les fantasmes de sa ou ses partenaires. L’homosexualité, parce que l’homosexuel masculin au-delà de toutes ses marges, vit, selon le mot de l’historien des mentalités. Philippe Ariès, « une sexualité à l’état pur, et par conséquent, une sexualité pilote ».

Ces deux assertions, si brutales, sont certainement choquantes. Peu d’hommes hétérosexuels y réagiront positivement. Quoi! Les «p’loves » et les « fifs » vont nous donner des leçons! Il semble que cela soit pourtant vrai, étant entendu qu’il ne faut pas mélanger ce que l’on voit aisément du féminisme et de l’homosexualité masculine (la démarche politique radicale, le terrorisme intellectuel ou émotif) et une réalité plus profonde…que ne connaissent pas toujours la féministe et l’homosexuel, pris eux-aussi, dans la ronde des apparences et des futilités.

L’avantage de ce petit livre est sa clarté. Il ne tombe jamais dans la polémique ou la simplification à outrance. Il y a donc quelques témoignages, puis un peu de physiologie, puis un peu de physiologie basée sur une clinique. Chaque texte arrive à sa place, explique, détruit un petit mythe au passage. Tous montrent que la question est chaude, que l’hétérosexuel masculin, lui aussi, est encore la victime de préjugés. Celui de la masturbation, par exemple, le « vice » par excellence des vieux collèges classiques, que le pape condamne encore, dont l’on sait pourtant aujourd’hui qu’elle est sinon innocente, inévitable du moins.


* à suivre *

lundi 10 mai 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 13e partie

CONCLUSION

La culture masculine est un monde de force, de courage, de bravoure, de détermination et de victoire. Cet univers est peuplé de rois, de princes, d’amants magnifiques, de héros, de magiciens, de chevaliers superbes et d’athlètes (Nantel, 1998). Il est aussi hanté par la solitude, par la coupure du lien ainsi que par la peur de la vulnérabilité, de l’échec et de la honte.

La solitude des hommes comme un aspect central de leurs difficultés, favorise le développement de plans d’intervention davantage pertinents en ce qui touche les individus, les groupes, la relation d’aide est porteuse de valeurs, d’attitudes et d’orientations qui peuvent amplifier l’isolement masculin. Une vision de la pratique, considérant les diverses institutions et les communautés. L’intervention sociale auprès des hommes est essentiellement une question de liens car elle questionne l’image associée aux rôles masculins ainsi que les rapports sociaux basés sur l’individualisme, la productivité et les valeurs patriarcales dominantes.

L’approche structurelle utilise les mêmes techniques d’intervention avec lesquelles tout intervenant social formé à « l’école du féminisme » est familier. Elle sensibilise à préserver une ouverture d’esprit pour l’ensemble des populations et tient compte des diverses relations de pouvoir et des multiples sources idéologiques d’aliénation qui affectent les relations entre les hommes de diverses masculinités à être plus près d’eux-mêmes, plus près des autres et de leurs collectivités au-delà des autres et de leurs collectivités au-delà des visions stéréotypées, des dogmes et des idéologies dominantes, dualisantes et aliénantes.

dimanche 9 mai 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 12e partie

a) Intervenir sur les liens « homme et réseaux-sociaux »

Il apparaît clairement que les normes de conduite masculines et le processus de socialisation donnent la priorité à une identification centrée sur des rôles prescrits et hiérarchisés laissant peu de place à la sensibilité. Une intervention auprès des hommes peut remettre en question les valorisations, les contraintes et les inconvénients de devoir se conformer à des rôles restrictifs. L’homme peut devenir un agent de changement visant à se définir, à redéfinir ses rôles et ses relations.

La reconnaissance des composantes structurelles pourra faciliter le partage en groupe. Les rencontres de groupe permettent de faire les liens entre l’idéologie dominante, les rôles traditionnels actualisés, la socialisation masculine, les conditions de vie, les difficultés vécues et les définitions des problèmes masculins. Il importe de rappeler que la participation à un groupe peut être un processus long et exigeant qui ne correspond pas à toutes les situations, ni à tous les types masculins.

Conscientiser le client à l’oppression qu’il subit et/ou qu’il a appris à subir est aussi un objectif particulièrement pertinent à l’approche structurelle. Il ne s’agit pas d’imposer son système de valeurs ou sa vision personnelle mais plutôt de tenter de trouver des éléments de solution, de générer des optiques nouvelles qui sont susceptibles de donner un peu d’espoir….(Lévesque et al., 1985, p.422).

L’homme qui est généralement isolé peut également apprécier la possibilité de développer des habiletés relationnelles au-delà de la performance et de la compétition. L’intervention favorise la pratique du lien de collaboration et la réalisation d’une affirmation réciproque. Il est aussi possible de cultiver l’implication au sein de réseaux d’amitiés, d’activités de groupe et familiales pour briser l’absence de lien.

d) Intervenir sur les liens « homme et société »
Selon certaines visions, intervenir afin d’améliorer le lien des hommes avec leur société peut sembler incongrue. Malgré le rôle masculin conservateur de responsable de la sphère publique, il nous semble que la grande majorité des hommes, marginalisés ou non, se sentent davantage l’objet des forces socio-politico-économiques qu’un sujet de la transformation et de l’évolution de leur collectivité.

L’intervention sociale auprès des hommes devrait reconnaître la diversité des masculinités et aider les hommes à déterminer l’impact qu’ont les valeurs sociales, culturelles et politiques dominantes sur leur vécu personnel et sur leurs relations. Elle peut également aider les hommes à sortir de leur isolement et favorisant le développement de solidarités et encourageant les hommes à participer activement à leur collectivité en fonction de la diversité des besoins, valeurs, intérêts et aspirations. Il peut s’agir aussi bien de bénévolat et d’implication dans des mouvements sociaux que de participation à des activités de loisir, d’éducation, de création et de spiritualité sans pour autant se limiter aux sphères traditionnellement considérées masculines ni en survalorisant le travail et la productivité.

Au plan social, il est nécessaire de valoriser l’implication des hommes comme agents de changement dans leur collectivité. Dans leurs différents milieux, ils sont susceptibles d’exprimer leur créativité, de transmettre de nouvelles références et de proposer des liens plus humains.


* à suivre *

samedi 8 mai 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 11e partie

b) Intervenir sur le lien « homme et réseau d’aide formelle »

Dulac (1997) a documenté la difficulté du réseau d’aide formelle de répondre aux besoins des hommes en difficulté. Cette inadaptation des ressources formelles doit être prise en compte dans le portrait global de l’isolement des hommes. D’autres études, effectuées surtout dans les services sociaux à la famille, corroborent les observations de Dulac (1997) (Gaudet et Devault, 2001).

Il n’est pas surprenant que ce soit les services sociaux à la famille qui soient au cœur des débats actuels sur l’intervention auprès des hommes. La famille étant le « vaisseau amiral du conservatisme », les services sociaux à la famille se retrouvent au cœur d’un bouillonnement idéologique. Canetto (1996) soulignait que les sciences humaines reflètent et contribuent à alimenter la position culturelle conservatrice faisant de la famille conservatrice Le modèle auquel toutes les autres formes familiales sont jugées et comparées. Le père cherchant à jouer un rôle de premier plan auprès de ses enfants se heurte donc autant à la norme conservatrice qu’à des services sociaux mal adaptés à sa réalité. Pourtant, Moreau soutenait que pour l’approche structurelle « toutes les formes de familles, et non seulement la famille biparentale, hétérosexuelle, isolée, nucléaire, représentée par l’homme unique ou principal pourvoyeur, et la femme à la maison ou gagne-pain secondaire, sont encouragées, tant concrètement que dans les politiques sociales » (Moreau, 1987,p.239).

Il nous est apparu important d’œuvrer de manière à reconnaître concrètement les besoins et les réalités des hommes aux prises avec des difficultés sociales. En accord aux prises avec des difficultés sociales. En accord avec nos observations, le S.A.C. (Service d’aide aux conjoints) a adapté ses structures, ses services et ses modes de fonctionnement conformément aux caractéristiques des participants. Il nous semble également nécessaire de contribuer à documenter les besoins des hommes et d’appuyer les développements de ressources et de services. Il s’agit de faciliter l’accès réel des hommes de diverses masculinités aux ressources d’aide en favorisant la remise en question des normes conservatrices hiérarchisantes, dualisantes et aliénantes.


* à suivre *

vendredi 7 mai 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 10e partie

a) intervenir sur le lien « homme et intervenant(e) »

La relation sur laquelle il est possible d’intervenir, dans le but de favoriser les liens des hommes, est celle que nous établissons nous-mêmes avec les participants masculins. La prise de contact et l’accueil demeurent particulièrement fondamentaux pour soutenir ou anéantir une relation d’aide. L’établissement d’un lien de confiance et d’une relation dialogique permet un échange dans un processus de développement. Les principaux objectifs du lien entre l’individu et l’intervenant(e) sont : agir pour favoriser la confiance, connaître et apprendre ensemble, partager la solution au problème, partager le contrôle de l’entrevue et maintenir une ouverture réciproque (Lévesque et al., 1985). Les dimensions sociales des problèmes sont validées et les enjeux sociaux reconnus pour « démarquer la responsabilité individuelle et la responsabilité sociale dans la situation d’une personne » (Moreau, 1987, p.233).

Les hommes nous laissent percevoir que les principales qualités qu’ils apprécient d’un(e) intervenant(e) demeurent la franchise, l’ouverture, l’écoute, l’honnêteté, l’intérêt, l’égalité, le respect et la flexibilité. Ils apprécient la qualité du lien, les tentatives de coopération pour trouver conjointement la définition du problème et l’aide pour décrire leurs idées, leurs sentiments et leurs comportements. Il s’agit finalement des caractéristiques de la relation dialogique.


* à suivre *

jeudi 6 mai 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 9e partie

e) La judiciarisation comme réponse unique

Les problématiques qui affectent les hommes mènent souvent à une judiciarisation. Le service social partage avec les institutions régulatrices une fonction de contrôle social. La violence, la toxicomanie, l’itinérance, le divorce, l’homosexualité, le chômage et même le décrochage scolaire sont encadrés par des législations. Un autre des pièges de l’intervention sociale auprès des hommes est de valoriser uniquement des actions coercitives afin de réagir à la marginalité par la dénonciation et l’encadrement.

L’arrestation ou l’emprisonnement des déviants est l’ultime répétition de l’humiliation et de l’isolement ayant caractérisé la socialisation des hommes. Bédard (1998) soutient dans un historique des institutions de charité (devenues institutions d’aide) que les pauvres méritants ont droit à l’aide, tandis que les non-méritants ont droit aux tribunaux. Il précise que « pour être bon, le pauvre doit être innocent, naïf, victime, réceptif et reconnaissant » (Bédard, 1998, p. 30). Il est à noter que ces caractéristiques sont habituellement considérées féminines dans la définitive sexiste des genres. Les hommes se différenciant de ces caractéristiques rapportent davantage être perçus comme non méritants par les institutions d’aide.

IV. INTERVENTION SOCIALE ET RELATION D’AIDE AUPRÈS DES POPULATIONS MASCULINES

Dans le processus d’intervention sociale auprès des hommes, il est indispensable de clarifier une vision théorique et de demeurer particulièrement attentif aux valeurs associées à une pratique vers le changement social.

Les prémisses de l’approche structurelle suggèrent que « les conditions matérielles objectives engendrées par le patriarcat et le mode de production capitaliste déterminent avant tout la façon dont les hommes et les femmes, selon leur classe sociale, pensent, agissent et se sentent » (Moreau, 1982b, p.159). Ce postulat invite les intervenants à définir et à solutionner les problèmes sociaux dans leur contexte social, économique et politique. L’approche structurelle évite d’établir une hiérarchie entre les formes d’oppression s’appuyant sur ces différentes caractéristiques sociales (Gascon, 2001). Cette approche en travail social demeure une référence pertinente permettant d’adopter une vision collective, de faire les « liens entre la socialisation, les choix réels de la personne compte tenu des biais sociaux à son égard et ses façons de penser, de sentir et d’agir » (Moreau, 1987, p.233).

Une relation s’établit entre les difficultés personnelles, les structures sociales et l’idéologie capitaliste et patriarcale dominante; l’approche structurelle visera des changements autant au plan personnel et interpersonnel qu’au plan institutionnel et politique. Nous proposons une pratique sociale auprès des hommes favorisant le développement des liens avec soi-même, avec l’intervenant€, avec le réseau d’aide formelle, ainsi qu’avec les réseaux et les milieux sociaux.


* à suivre *

mercredi 5 mai 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 8e partie

c) L’échec individualisé

Une vision individualiste ne permet pas d’identifier les composantes sociales d’une difficulté. Ainsi, une intervention orientée uniquement vers une responsabilisation individuelle ne fait qu’accroître l’isolement et donne pour image que l’homme est le seul à ne pas réussir ce qu’il devrait normalement réaliser. L’échec devient individualisé; c’est l’individu qui ne fait pas assez d’effort, trop faible, trop sensible, trop fort, trop libre, il n’a pas assez fait, trop fait ou rien fait. C’est l’individu qui devient l’objet problématique. L’échec individualisé est un moyen puissant favorisant l’aliénation masculine et légitimant le mépris, l’humiliation et l’isolement.

Les interventions qui blâment l’individu exclusivement, qui blâment les autres exclusivement et/ou qui blâment les autres exclusivement entraînent la culpabilisation et la dévalorisation individuelle (Moreau, 1982). La responsabilisation doit donc tenir compte à la fois des facteurs individuels, relationnels et sociaux et de l’autoaliénation comme de l’aliénation des autres.

d) La valeur de l’homme en tant que commodité

Une des tendances aliénantes de notre société consiste à établir la valeur d’un individu en fonction de son utilité : la production pour les hommes et la reproduction pour les femmes. Certaines interventions semblent avoir comme principal objectif de conditionner l’homme à tenir un rôle moins nuisible pour son entourage, en l’amenant à être un agent de support ou de développement pour ses proches ou, encore, en redevenant rapidement un objet productif dans l’organisation du travail.

« On devrait faire comprendre aux hommes qu’en se suicidant, ils mettent leur famille dans le trouble ». L’appel au père responsable est une des versions les plus répandues de la considération des hommes en tant que commodité. En périnatalité, le père peut être amené, par exemple, à être supportant pour sa conjointe avec peu d’égard pour ce qu’il vit comme bouleversements et questionnements à l’approche de la paternité. Une fois père, il sera l’objet d’intervention afin de favoriser le développement de ses enfants. Il pourra également recevoir des services en violence dans un secteur où l’objectif principal est l’élimination de la violence faite aux femmes et aux enfants et la prévention de la transmission intergénérationnelle de la violence. Ces interventions, par ailleurs pertinentes, ciblent toujours et uniquement le développement et la sécurité des proches des hommes ou la réduction de « coûts sociaux » en oubliant au détour le principal intéressé.

Un des pièges de l’intervention auprès des hommes est donc de leur apporter une aide qui valide involontairement qu’ils se doivent de redevenir un objet utile ou les contraignent à se dissocier pour le devenir davantage.


* à suivre *

mardi 4 mai 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 7e partie

b) Arrange-toi!

Nous observons que les services médicaux et sociaux offerts reflètent bien les spécificités des stéréotypes selon le genre et le modèle conservateur. Un vaste réseau d’organismes et de services aident, supportent et protègent les sphères dites féminines : maternité, enfance, contrôle des naissances, santé des femmes, violence faite aux femmes, cancer du sein, maintien à domiciles, santé mentale, etc. Parallèlement des prisons, de cures fermées en toxicomanie et des services de régulation visant un changement autour de problèmes à résoudre, tels le sida, l’itinérance, la criminalité, les services pour conjoints violents et le suicide.

Curieusement, il semble commun de chercher à référer rapidement une demande d’aide masculine vers un service externe. Par ailleurs, les démarches faites pour le développement de nouveaux services pour hommes sont souvent minimisées ou classées non-prioritaires. Le recensement des données statistiques sur les besoins ou les difficultés masculines sont peu existantes et les données actuelles prennent peu de place dans l’orientation des politiques sociales. Le système des services sociaux opère une discrimination conservatrice qui se valide par une vision où l’homme est fort, autonome, indépendant et tout-puissant. La division sexiste et conservatrice préservée conformément aux archétypes sociaux conservateurs de la classe moyenne, blanche, hétérosexuelle de culture occidentale.

Ainsi, les actions qui ne favorisent pas l’accès réel aux ressources pour les hommes de toutes conditions les laissent seuls face aux structures sociales et idéologies dominantes.


* à suivre *

lundi 3 mai 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 6e partie

III. PIÈGES DE L’INTERVENTION : LA RÉGULATION DES NORMES DE CONDUITES MASCULINES.

En intervention sociale, il existe différentes approches qui s’appuient sur des idéologies variées et qui orientent les visions des situations problèmes, les analysent et définissent les prémisses dans l’élaboration des programmes d’intervention. L’intervention sociale est une action subjective qui vise à favoriser des changements individuels et sociaux en s’appuyant sur une échelle de valeurs. La notion de valeurs privilégiées est donc essentielle et centrale. Dans le processus d’aide auprès des hommes, les interventions peuvent facilement devenir paradoxales, d’une part, maintenir et perpétuer les messages dominants et conservateurs, d’autre part, invalider et discréditer les vécus masculins. Alors, les interventions deviennent involontairement un moyen de sauvegarde des valeurs conservatrices et de régulation des conduites masculines. Voici, une description des principaux pièges de l’intervention auprès des hommes.

a) On va faire un homme avec toi!

Cette injonction soutient que le modèle masculin est mal intégré et que certains comportements ou attitudes doivent être corrigés. Les prémisses de la conduite masculine reposent sur les coupures de liens et la sauvegarde d’une distance émotive. L’homme doit démontrer sa force, son indépendance et son autonomie. « Sois fort! », « Ne sois pas trop sensible à tes petits malheurs! », « Fais des efforts! ». La priorité de l’intervention est axée vers une responsabilisation individuelle et une intégration des rôles socialement prescrits. Conséquemment, l’homme se heurte à des exigences culturelles qui se transforment. Il doit devenir plus fort, plus expressif, meilleur pourvoyeur, plus adapté aux nouvelles exigences du rôle parental, plus sensuel, plus à l’écoute des autres sans l’être pour soi, bref, plus compétent à répondre aux impératifs demandés.

Les interventions qui se limitent à conditionner les hommes à améliorer les compétences à tenir des rôles imposés ne font que valoriser les messages sociaux dominants et prescrire un modèle masculin limitatif.


* à suivre *

dimanche 2 mai 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 5e partie

c) Être seul parmi les autres

Les références sociales et les sources de valorisation actuellement proposées encouragent l’individualisme et diminuent l’esprit de solidarité collective. La satisfaction individuelle est devenue le critère de référence prioritaire. Chacun tente de se définir, de préciser sa voie, sa foi et sa loi. Ainsi, chacun se retrouve seul à se faire une place parmi les autres et à tenter de trouver un sens à sa quête de bonheur. L’intériorisation des normes et des valeurs culturelles orientent les idéaux vers une ascension dans l’échelle sociale. L’individu devient le maître de sa propre destinée et l’unique responsable de ses succès et échecs.

Cette croyance néglige les différences de statuts, de privilèges et de reconnaissance selon la classe sociale, le sexe, l’origine ethnique, l’âge, l’orientation sexuelle, la religion, etc. Les catégories ne sont pas identiques ou homogènes. Ainsi, cette vision évacue les différences existant entre les personnes qui, quotidiennement, leur attribuent une place unique dans la pyramide du patriarcat capitaliste. Les hommes sont inégaux dans la compétition vers le sommet de la performance masculine qui couronne ses héros : des hommes seuls, forts, indépendants, insensibles qui peuvent servir de soldats redresseurs de torts, de dirigeants puissants, de protecteurs sans peur ou de main-d’œuvre sans limite, totalement dévoué à un idéal. Les hommes sont seuls dans le succès mais aussi dans l’échec.

Les hommes que nous rencontrons, socialisés pour ces rôles surhumains, reconnaissent les efforts tentés pour obtenir une place enviable dans cette hiérarchie compétitive. Ils éprouvent une grande vulnérabilité quand survient la perte de rôles prescrits qui définissaient leur existence dans la communauté et leur valeur personnelle. Leur sentiment d’échec est proportionnel à leur adhésion aux normes reconnues et aux références culturelles de la réussite sociale. Ils éprouvent alors un sentiment d’incompétence, de désarroi et d’isolement. Ces malaises sont parfois accrus par le sentiment de ne pas être reçu et compris par les professionnels des services d’aide formels.


* à suivre *

samedi 1 mai 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 4e partie

b) Être seul avec d’autres

Aussi, les activités masculines (le travail, les rencontres sportives, sociales, récréatives et familiales comme les rares implications en groupe d’entraide) peuvent masquer une solitude immense derrière une image d’autonomie. Au travail, les hommes peuvent parfois établir des liens relativement proches selon les milieux et la culture de l’organisation. L’équipe de travail permet de rassembler des forces autour d’un mandat commun et d’atteindre des objectifs professionnels. De même, l’équipe sportive ou le groupe d’activités récréatives sont des occasions de vivre et de partager une certaine solidarité. Cependant, les actions sont orientées vers un but à atteindre et un objectif d’efficacité. Ces activités sont propices à la valorisation de la performance, à la compétition et désapprouvent tout lien personnel qui pourrait nuire à l’accomplissent des tâches ou le réduire.

De même, dans les rencontres sociales et familiales, il est souhaitable de maintenir une image correspondant aux attentes, soit celle d’un adulte masculin indépendant qui contrôle sa destinée.

Les participants à nos groupes d’entraide, nous rapportent fréquemment qu’ils n’ont pas L’habitude d’échanger entre hommes sur leur intériorité. L’homme qui risque de partager avec le groupe connaît la honte de dévoiler une partie de sa vulnérabilité et la crainte que les autres s’attardent ou encore discréditent sa sensibilité et ses sentiments. En accord avec l’image masculine d’indépendance et d’autonomie, les hommes participant à des groupes d’entraide manifestent la tendance de vouloir conseiller, solutionner, expliquer leur vision à l’autre comme s’il s’agissait d’un groupe de tâches. Les efforts et la volonté d’être efficace expriment une grande générosité et un souci de l’autre. Tout en étant une interaction positive, centrée sur une solution et sur des moyens concrets, elle peut parfois maintenir une distance et donner l’impression de regrouper un gang de « tout seul ».

Nous constatons donc que, malgré une vie professionnelle active, malgré l’exercice d’une variété d’activités sociales et une volonté de partager, l’homme demeure souvent un être seul.


* à suivre *

vendredi 30 avril 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 3e partie

IL ÊTRE SEUL : LES MULTIPLES SOLITUDES DES HOMMES

Lors de l’entrevue d’accueil et d’évaluation au S.A.C. (Service d’aide aux conjoints), 61% des hommes soutiennent n’avoir aucun confident dans leur famille élargie et 45% disent ne pas avoir de confidents à l’extérieur de leur famille. Toutefois, même lorsque l’homme est entouré d’une conjointe, d’une équipe de travail ou d’un réseau social, nous croyons que sa socialisation marquée par l’obligation des liens peut tout de même l’amener à ressentir un sentiment de solitude et d’isolement.

a) Être seul avec l’autre
Dernier rempart contre l’isolement, le sentiment amoureux s’implante comme idéal et aspiration suprêmes d’une société individualiste. Les hommes expriment leurs besoins de sécurité affective et d’un lien privilégié souvent dans un seul cadre, celui du couple.

Les hommes en difficultés conjugales rencontrés à l’organisme, qu’ils vivent des conflits ou des ruptures de couple, expriment leur désarroi face à l’écart entre la réalité de leur relation amoureuse et les idéaux dont ils sont porteurs. Toutefois, les hommes rapportent vouloir la relation de couple malgré les attentes irréalistes, les exigences contradictoires et la multitude de reproches. Au nom d’un idéal amoureux, promettant un havre de paix et un ultime refuge contre la solitude, les partenaires s’autorisent souvent à imposer à l’autre toutes sortes d’attentes et d’obligations. La relation peut ainsi devenir lourde et oppressante tout en demeurant souvent, pour les hommes, l’unique lien privilégié.

De plus, les valeurs familiales et les modèles amoureux sont en mouvement et les messages sociaux contradictoires. En conséquence, les liens amoureux semblent se vivre trop souvent sous le mode des rapports de force manifestés par des négociations et des calculs constants des « droits et libertés ». La poursuite de l’illusion du couple portée par chacun des conjoints semble parfois préférable à l’arrêt des luttes, à l’échec conjugal et au vide.

Le conjoint se retrouve hors du foyer familial, isolé et en chute libre lors d’une rupture, demandée deux fois sur trois par la conjointe (Dulac, 1996). Le refus de la séparation ou la recherche d’un nouveau partenaire est souvent perçue comme l’unique palliatif à la solitude.


* à suivre *

jeudi 29 avril 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 2e partie

c) Le maintien du code de la masculinité

L’intégration de la norme de la coupure du « lien » est socialement maintenu par le discrédit de la souffrance spécifique que peut vivre un homme face à des rôles reconnus;
« Pauvre petit! », « Sois fort dans l’épreuve! », « Un homme ça souffre toujours plus! » sont des messages humiliants qui renforcent les prémisses qu’il se doit d’être fort, insensible à la douleur, indépendant et solide. Il est aussi socialement préconisé « qu’ils s’arrangent! » ce qui renforce la règle de l’exclusion et de l’obligation souveraine de réussir malgré les difficultés.

La difficulté de penser autrement qu’en termes de pouvoir fait craindre aux hommes non seulement de perdre leurs avantages et prérogatives, mais aussi d’être un jour soumis à une oppression de la part de l’autre sexe. Les hommes, attaqués au niveau de comportements qu’ils considéraient depuis toujours comme « naturellement » masculins, ont deux types principaux de réactions : soit-ils se durcissent et se cramponnent à leur personnage dominateur et autoritaire, soit ils admettent, à des degrés divers, le bien fondé des revendications féminines – ce qui les mène à se sentir coupables d’être des hommes chargés à ce titre de tous les « péchés » de la masculinité. Dans un cas comme dans l’autre, le malaise est profond. Sortis de l’attitude caricaturale de l’homme « viril », fier de se revendiquer tel, les hommes paraissent condamnés au désarroi ou à l’insincérité.

Par ailleurs, l’image dite masculine est aussi maintenue par l’homophobie qui assure l’autorégulation en limitant l’intégration de caractéristiques dites féminines et la possibilité de liens entre hommes (Turcotte, 1998). Les injonctions du code la masculinité soutiennent qu’il faut se méfier, surveiller et encadrer les hommes qui tentent de créer des liens novateurs, qui développent des comportements déviants ou qui présentent une image de marginalité.

d) L’aliénation de l’identité personnelle

La socialisation masculine pourrait être qualifiée d’aliénante. L’auteur, Gilbert Renaud définit l’aliénation :

L’aliénation est la perte du sentiment d’identité personnelle, sentiment qui se développe à travers l’interaction avec les autres. C’est un cercle vicieux de sentiments qui conduisent l’individu à croire qu’il est futile de communiquer ses besoins aux autres et d’être confiant en leur aide. Cela entraîne isolement et solitude comme protection contre la promiscuité trop grande qui est source de conflits, solitude qui engendre la peur et signifie rupture de relation avec ses semblables. (L’aliénation) a comme conséquence un processus de dévalorisation chez l’individu, processus qui conduit étape par étape, à la perte de l’estime de soi, de l’adaptation, à l’inertie et à la dépendance (Renaud, 1993, p.5).

Nous discernons dans cette définitive : la honte, le repli sur soi, les différentes dépendances et l’isolement qui caractérisent les problématiques masculines. Ce concept d’aliénation permet de comprendre les sentiments, les difficultés de demander de l’aide et les réactions intenses lors des ruptures relationnelles des hommes qui nous consultent.



* à suivre *

mercredi 28 avril 2010

LA FABRICATION DU MÂLE - 1e partie

LES DIFFICULTÉS MASCULINES

Une des grandes préoccupations de ce millénaire semble être la place des hommes. Leur place auprès des femmes, au sein des familles, face aux modifications du marché du travail….Être ou ne pas être un homme, avec ses attributs, est-ce la question? En fait, la question semble davantage s’articuler en termes de crise de liens. Un malaise se vit dans les relations que les hommes ont avec eux-mêmes, avec leurs proches, avec leur collectivité. Notre pratique comme intervenants auprès d’une clientèle d’hommes en difficultés conjugales nous confronte constamment à la détresse profonde liée à leur solitude. Ce texte a pour but de partager nos réflexions sur le contexte social de l’isolement masculin et sur la nécessité d’un modèle de pratique favorisant le développement de nouveaux rapports sociaux.

Tout d’abord, C. Nantel et Éric Gascon clarifient les aspects de la « fabrication d’un mâle » qui limitent les caractéristiques humaines selon le genre pour ensuite situer les multiples solitudes des hommes dans leur contexte social. De plus, ils identifient quelques pièges de l’intervention auprès des hommes qui ont pour effet de cautionner les messages sociaux dominants. Finalement, nous proposons une vision structurelle de l’intervention sociale et de la relation d’aide auprès des populations masculines.

LA FABRICATION D’UN MÂLE

a) La complémentarité des sexes

En condition masculine, le courant proféministe libéral associe la « fabrication sociale » des hommes à une socialisation déshumanisante (Clatterbaugh, 1997). L’intégration de caractéristiques et d’idéaux stéréotypés, maintenant les hommes et les femmes dans les rôles complémentaires, limitent l’expression de l’humanité autant des hommes que des femmes. Cette socialisation peut favoriser le maintien des relations de pouvoir actuelles et la répartition inégale des privilèges. Il s’agit ici d’une socialisation à de croyances voulant que chacun des sexes doive se limiter aux pensées, aux émotions, aux comportements et aux rôles qui sont associés à son genre. Chacun des sexes ne semblant alors présenter que la moitié des caractéristiques humaines.

Actuellement, les hommes sont peu présents des professions de soins considérées féminines. De plus, le système économique et social du travail fondé sur le capitalisme a toujours besoin des caractéristiques masculines conservatrices pour le maintien des relations de production actuelles.

b) La coupure du lien
Les auteurs qui ont tenté d’analyser les paradigmes régissant la condition masculine et de décrire le vécu des hommes énoncent la reconnaissance du code de la masculinité (Rondeau, 1999; Clatterbaught, 1997; Dulac, 1997; Bélanger et L’heureux, 1993). Ils identifient les injonctions à respecter pour être socialement accepté et reconnu. Pollack (2001) aborde la transmission, par les institutions de socialisation et de régulation, des règles de conduite privilégiées par la culture occidentale. Entre autres, il démontre que le traumatisme de la séparation prématurée


… est responsable d’une grande partie de la souffrance qu’ils traînent encore
aujourd’hui : cette impression de déconnexion ainsi que leur peur d’être
humiliés. Parmi toutes les injonctions et les règles de conduite que la société
impose aux garçons pour qu’ils se comportent comme des héros invulnérables…pour qu’ils minimisent leur douleur et leur tristesse, la séparation prématurée est
certainement la chose qui les blesse le plus profondément. Au cœur des croyances
véhiculées par la société, il y en a une selon laquelle les garçons doivent
atteindre l’autonomie très tôt dans la vie (Pollack, 1998, p.65).



À l’âge adulte, ils auront intégré la dissociation et la réaction de rompre le lien afin de se protéger de la honte et de l’humiliation de ne pas être à la hauteur des attentes des gens aimés et des exigences de la masculinité. L’isolement devient ainsi l’allié d’une vie à chercher à éviter l’embarras de l’échec. Les hommes en difficultés nous rapportent fréquemment que l’unique lieu où ils se permettent de vivre leur désarroi est dans leur voiture, à l’abris des regards.

La preuve d’une identité masculine adulte bien intégrée demeure l’image d’indépendance et d’invulnérabilité. Dans notre pratique, nous rencontrons des hommes qui tentent d’éviter la honte et l’humiliation en se valorisant dans des rôles reconnus et en se conformant aux exigences sociales. En cas d’échec, ils s’isolent et se referment tout en tentant de préserver l’image.


* à suivre *

samedi 3 avril 2010

JOUEURS PATHOLOGIQUES - 11e partie

CONCLUSION

L’objectif général de cette recherche avec les usagers était de fournir des renseignements et des enseignements utiles à l’amélioration des services offerts aux joueurs et qui permettent de mieux comprendre le vécu et les réalités des personnes qui sollicitent des traitements pour le jeu. Nous tentions aussi de comprendre le cheminement et les raisons qui motivent la personne à vouloir de l’aide pour ses problèmes de jeu et de connaître ses besoins et ses attentes concernant les services à recevoir. Ces nouvelles données peuvent donc orienter les interventions thérapeutiques des professionnels et permettre de personnaliser les traitements individuels afin de mieux répondre aux demandes de la clientèle des joueurs pathologiques en fonction de l’étape de rétablissement où ils sont rendus et des motivations profondes qui les ont menés à chercher de l’aide.

Par ailleurs, ces données sur les motivations des joueurs à chercher de l’aide sont à même non seulement d’éclairer les interventions thérapeutiques, mais aussi de permettre une meilleure adaptation des services périphériques (planification financière, gestion du temps libre, médiation avec l’employeur, médiation familiale, etc.) à la pluralité des motivations et des besoins de la clientèle.

Si cette recherche propose de nouvelles perspectives sur l’adaptation des services actuels de traitement du jeu pathologique et des pistes de réflexion appelant les intervenants à une grande capacité d’écoute, d’évaluation et d’adaptation, elle ouvre la porte à d’autres questions. Comment mieux répondre aux besoins des joueurs présentant des problèmes de comorbidité? Comment gérer les différences de motivations et de besoins dans les thérapies de groupe? Comment évaluer à leur juste mesure les poids des motivations du conjoint ou de l’employeur dans la démarche du joueur? Ou encore, plus généralement, comment gérer au mieux l’effet des listes d’attentes sur les motivations des joueurs à se faire traiter? La suite des travaux permettra peut-être d’éclairer ces différentes facettes d’un même thème, dans l’espoir que les traitements répondent de mieux en mieux aux besoins de la population.

vendredi 2 avril 2010

JOUEURS PATHOLOGIQUES - 10e partie

DISCUSSION

Le présent article sur les motivations des joueurs à chercher de l’aide s’inscrit dans le cadre plus vaste d’une réflexion sur le traitement des joueurs pathologiques au Québec. Dans leur récent rapport d’enquête visant à évaluer le programme expérimental sur le jeu pathologique, Chevalier et Saint-Laurent recommandent de développer le programme en tenant compte de la complexité des clientèles et des comorbidités présentes chez une majorité de joueurs. Ils recommandent aussi le développement du traitement en diversifiant les approches thérapeutiques pour les rendre congruentes avec les besoins des joueurs.

Selon Shaffer et ses collègues (2002), à l’amorce de la relation thérapeutique, il existe quatre composantes reliées au processus d’évaluation d’un joueur pathologique : 1) la disposition d’une personne à changer ; 2) la co-occurrence de problèmes de santé mentale ou de dépendance ; 3) la gravité des problèmes de jeu et ; 4) la présence d’idées suicidaires. La planification du traitement doit être faite en tenant compte de ces quatre facteurs évaluatifs. Le premier de ceux-ci, la disposition d’une personne à changer, est généralement interprétée comme étant le degré de motivation, pour lequel il existe d’ailleurs des échelles de mesure (Shaffer; Prochaska). Cependant, dans un esprit plus qualitatif, la disposition d’une personne à changer nous apparaît relever aussi de la nature des motivations et des besoins ressentis par l’usager.

Or, il existe un manque évident de recherches théoriques portant sur les motivations de joueurs à se faire traiter et sur les facteurs qui déclenchent la démarche d’aide. Il est pourtant légitime de penser que ces facteurs ont des incidences sur l’amélioration effective de la qualité de vie des joueurs, sur leur rétention ou leur abandon dans le programme de traitement et, éventuellement, si tel est le but visé, sur la capacité à rester abstinent. Ce type d’étude répondrait à un réel besoin, comme le suggère Shaffer et autres (2002) :

« The gamblers admitted to the IGTP reported not only a wide range of referral
sources but also other characteristics such as previous treatment seeking (21%),
previous treatment for substance use disorders (23%), attendance at Gamblers
Anonymous (17%), and arrest for gambling related offenses (9%) ; these
experiences reflect a range of motivations and efforts to change, suggesting the
need to adapt treatment practices by matching clinical interventions to stage of
change. We suggest that treatment providers with admitted gamblers negotiate
efforts to match treatment and then carefully document these efforts in a
treatment plan, since it is likely that relapse and other setbacks will require
adjustments to this plan” (p.56).


Ainsi, la connaissance par le thérapeute de ces motivations, inextricablement liées à l’historique du jeu et des tentatives d’arrêt de jeu chez une personne, pourrait essentiellement avoir un impact sur la qualité et l’efficacité de la relation thérapeute-joueur. Lors de l’étude menée par l’INSPQ, les problèmes vécus évoqués par les joueurs qui ont demandé de l’aide étaient complexes et nombreux (problèmes de travail, d’argent, de santé, etc.). Mais les motivations à chercher de l’aide ont été relevées de façon concise et explicite. Concrètement, si un joueur exprime le fait, par exemple, que sa décision de chercher de l’aide a été déclenchée par une prise de conscience de l’état de dévastation de sa relation avec des proches importants, le thérapeute peut axer prioritairement le processus thérapeutique sur les valeurs ici exprimées : importance du rétablissement de la vie familiale ou des relations d’amitié. Si la détérioration de l’état de santé du joueur est évoquée comme élément déclencheur de la démarche d’aide, il y aura lieu de penser dans un premier temps à des soins médicaux, mais par la suite à un programme de rétablissement axé sur l’atteinte d’objectifs de santé. En d’autres termes, le souffle ou le moteur qui a permis que se fasse le premier pas doit être recueilli et utilisé pour porter les efforts du jouer pendant la thérapie, pour inspirer un but après la thérapie.

Le programme expérimental sur le jeu pathologique est composé de plusieurs étapes, dont, initialement, l’accueil et l’évaluation. Lors de l’évaluation, l’intervenant tente de s’assurer de trois choses : que le jeu est un problème prioritaire, que le joueur est motivé pour son traitement, et que s’établisse une relation de confiance avec le joueur (Allard et autres). Concrètement, nous suggérons que l’étape « évaluation de la motivation du joueur » porte non seulement sur l’évaluation quantitative du degré de motivation mais aussi, formellement, sur l’évaluation qualitative des motivations précises qui ont déclenché la demande d’aide. Une telle démarche permettrait un thérapeute de mieux cibler son intervention sur le profil du joueur et sur ses priorités et, à long terme, d’orienter les services qui sont offerts aux usagers qui réclament des traitements.


* à suivre *

jeudi 1 avril 2010

JOUEURS PATHOLOGIQUES - 9e partie

Les attentes des joueurs

Considérant les besoins ressentis par les joueurs, il est indispensable de connaître leurs attentes à l’égard des réponses possibles à leur besoin, afin de mieux comprendre tous les mécanismes qui influent sur le fait de s’engager, de terminer ou d’abandonner le traitement. À cet effet, voici une liste partielle de ces attentes :

Recevoir de l’aide ;
Rencontrer du personnel qualifié ;
Recevoir des services différents ;
Être écouté et compris ;
Faire une introspection ;
Faire transmettre de l’information à son entourage ;
Avoir de l’aide pour régler ses problèmes financiers ;
Avoir un programme structuré ;
Obtenir des renseignements, des ressources, des services ;
Se faire « sauver » ;
Se faire convaincre ;
Aucune attente.

Plusieurs des joueurs ont des attentes élevées à l’égard de la participation, de l’implication ou des qualifications de leur intervenant et attribuent à ce dernier une grande part de la réussite – ou de l’échec – de leur démarche. Beaucoup s’attendent à recevoir du soutien, des conseils, de la motivation, des solutions, des trucs ou des réponses à leurs problèmes, et ce, de la part de spécialistes qualifiés et expérimentés. Plusieurs d’entre eux mentionnent qu’ils ne sont pas convaincus de pouvoir être aidés par quelqu’un d’autre et n’ont donc pas d’attente à l’égard de cette thérapie. Ils sont sceptiques quant aux résultats qu’ils pourraient obtenir grâce à ces services. En effet, ils mentionnent qu’ils n’étaient pas très optimistes et ne pensaient jamais réussir à changer leurs habitudes. Par contre, d’autres affirment n’avoir eu aucune attente, car ils étaient trop déroutés en début de thérapie.

Plusieurs joueurs vont en thérapie pour être écoutés, compris, faire une réflexion personnelle et même, pleurer ou « faire du ménage ». D’autres encore n’en sont pas à leur première tentative et s’attendent à obtenir quelque chose de nouveau, à trouver une ressource adaptée à la situation où ils se trouvent à ce moment dans leur processus de rétablissement.

Il appert que la majorité des usagers s’y prennent à plus d’une fois pour régler leur problème de jeu. En effet, plusieurs d’entre eux ont vécu nombre d’expériences antérieures d’aide pour tenter de se sortir de cette situation inconfortable. Que ce soit de leur propre chef ou avec l’aide de professionnels ou de groupes d’entraide, ils rapportent avoir essayé souvent de se contrôler, d’arrêter de jouer ou de régler leur problème de jeu avant d’avoir recours à la thérapie proposée dans le cadre du programme expérimental de traitement des joueurs.



* à suivre *

mercredi 31 mars 2010

JOUEURS PATHOLOGIQUES - 8e partie

Le témoignage essentiel qui ressort de nos rencontres est qu’une des motivations principales qui amène le joueur en thérapie est l’épuisement, l’impression d’être acculé « au pied du mur » ou comme « dernière porte de sortie ». Plusieurs se sentent impuissants devant leur pulsion et ne voient aucune façon de changer les choses. Pour d’autres, c’est la peur de tout perdre qui sert d’élément déclencheur à la démarche d’aide ou le fait d’encaisser des pertes financières substantielles et répétées.

Les besoins ressentis par les joueurs

Bien que tous ces motifs puissent conduire à entreprendre une démarche pour régler un problème de jeu, il n’en demeure pas moins que chacune de ces raisons répond à des besoins particuliers, dépendamment des motivations, du vécu et des différentes conséquences occasionnées par les habitudes ludiques.

Quels sont donc les besoins ressentis par les personnes qui décident de faire une thérapie pour le jeu ? Quels problèmes veulent-ils régler à l’aide de cette thérapie ? Quelle utilité aura concrètement cette démarche pour eux ? D’emblée, l’instinct de survie est un argument mentionné de façon récurrente par les joueurs. En effet, plusieurs parlent de « sauver sa peau », d’arrêter « d’avoir de la misère », de reprendre une « vie normale », de trouver un nouveau mode de vie ou un sens à sa vie, de retrouver sa dignité ou son estime de soi. D’autres signalent plutôt le besoin d’apprendre à se contrôler, à ralentir, à diminuer l’envie de jouer ou à jouer « normalement » pour régler leur problème et cesser de s’endetter. On mentionne aussi le désir de trouver des trucs pour arrêter de jouer ou celui tout aussi fondamental de comprendre pourquoi on joue, de trouver les raisons qui nous font jouer ou la source du problème. De plus, quelques personnes soulignent le besoin de comprendre les pièges du jeu, les « dessous » des jeux de hasard et d’argent.



* à suivre *

mardi 30 mars 2010

JOUEURS PATHOLOGIQUES - 7e partie

Les motivations des joueurs

Dépendamment des raisons principales pour lesquelles le joueur consulte, le degré de motivation varie notablement, d’une personne à une autre. En effet, certaines personnes ont exprimé avoir eu peur de l’inconnu, s’être senties mal à l’aise, avoir appréhendé de devoir raconter leur vie à des inconnus ou encore auraient préféré s’en sortir seules ou trouver une solution moins laborieuse.

D’autres n’y croyaient pas trop et avouent avoir commencé les démarches pour plaire aux autres ou pour avoir bonne conscience. Sinon, ils voulaient oublier la culpabilité ressentie devant les pertes importantes de la dernière séance de jeu ou encore, craignaient de devoir arrêter complètement de jouer, ce qui avait pour conséquence de diminuer leur motivation. Par contre, certains affirment avoir remis leur vie entre les mains de l’intervenant et s’être présentés en thérapie en toute bonne foi et avoir considéré cette démarche comme la solution ultime à leurs problèmes. Mais comme plusieurs l’ont sagement indiqué, le secret d’une thérapie qui fonctionne c’est de la faire pour les bonnes raisons, c’est-à-dire, pour soi.

Différentes motivations poussent donc les joueurs à demander de l’aide et à prendre la décision de consulter. Certaines viennent de l’extérieur et d’autres sont personnelles. Connaître les raisons qui motivent le joueur à commencer une thérapie peut aider à orienter les services offerts afin d’obtenir des résultats satisfaisants pour tous les acteurs impliqués dans le parcours du traitement. Nous présentons dans le tableau suivant les m motivations intrinsèques et extrinsèques qui incitent les usagers à commencer une thérapie.

Tableau 1
Motivations qui incitent les usagers à commencer une thérapie

MOTIVATIONS
INTRINSÈQUES
Les idées suicidaires
Le désespoir, la souffrance ;
La honte, le manque d’estime de soi ;
Le besoin de retrouver l’estime de soi ;
Les problèmes de santé physique et mentale ;
L’identification négative aux autres joueurs ;
Le changement des valeurs ;
La peur de tout perdre.

MOTIVATIONS
EXTRINSÈQUES

Des problèmes financiers ;
Des pressions des proches ;
Une perte d’argent importante lors de la dernière séance de jeu ;
Des problèmes avec l’employeur ;
Des problèmes judiciaires ;
Une tentative de suicide ayant conduit à l’hôpital ;
L’obligation de payer des biens à soi-même ou à sa famille.



* à suivre *

lundi 29 mars 2010

JOUEURS PATHOLOGIQUES - 6e partie

Les problèmes éprouvés par les joueurs

Que ce soit le désespoir, les menaces ou une faillite personnelle, bon nombre de situations malheureuses voire funestes sont vécues par le joueur et l’amènent à désirer ou à être dans l’obligation de suivre une thérapie pour s’en sortir.

Des problèmes personnels, tant sur le plan de la santé mentale que physique, poussent souvent le joueur vers des démarches d’aide avec des professionnels ; la dépression, l’angoisse, le découragement, la culpabilité, la solitude. Plusieurs se sentent démotivés, dévalorisés, déprimés et manquent d’énergie. Certains signalent aussi le changement de caractère, l’intolérance, l’irritation, l’agressivité et la mauvaise humeur dont ils font maintenant trop souvent preuve. Ils constatent un cheminement qui va à l’encontre de leurs valeurs ; ils sont devenus menteurs, manipulateurs. Certains avouent être souvent obsédés par le jeu. Ils parlent aussi de l’abandon de leurs rêves, de leurs projets, de l’absence d’une qualité de vie. Plusieurs font aussi état d’angoisse, de crises de panique, d’idées suicidaires ou de tentatives de suicide.

En ce qui a trait aux relations familiales ou avec l’entourage, diverses situations problématiques découlent du vécu de joueur. Comme on peut s’y attendre, le fait de passer beaucoup de temps – ou d’argent – à la pratique de cette activité, peut facilement occasionner des complications dans le noyau familial. Plusieurs font mention de problèmes de couple, d’absence de communication, de manque de confiance, de remontrances, de querelles, de situations de crise et même de violence ainsi que, dans plusieurs cas, de séparation on d’expulsion de la maison. Ils signalent aussi la peine imposée à la famille ou le manque de temps à leur accorder, la rupture des liens familiaux et le défaut de remplir ses obligations. Les relations avec l’entourage, les amis et les collègues subissent aussi des effets des habitudes de jeu de la personne. L’isolement dans lequel le joueur se place entraîne tranquillement la détérioration de ses relations, la perte de contact et se transforme souvent en absence de vie sociale et amoureuse. Le caractère changeant du joueur et ses problèmes financiers (emprunt, vol, etc.) provoquent fréquemment des malaises ou la dégradation des relations d’où découle une perte de confiance de l’entourage.

Tel que mentionné, nombreux sont les tracas et pénibles les inquiétudes relatés par les joueurs concernant leur situation financière. L’utilisation pour le jeu de l’argent prévu à d’autres fins conduit inévitablement à l’incapacité de remplir ses engagements mensuels. D’autres avouent même avoir fraudé leur établissement bancaire, commis des vols, falsifié des documents, détourné des fonds pour pouvoir payer des dettes urgentes ou tenter de « se refaire ». En résultent plusieurs conséquences telles que perte de sa résidence, de ses biens, de ses épargnes de retraite, faillite personnelle ainsi que des problèmes légaux.

Concernant la vie professionnelle, plusieurs rapportent avoir vécu des situations difficiles ou embarrassantes à cause de leur mauvaise habitude. La fatigue excessive au travail, le manque d’attention, de concentration, de performance, de productivité et de motivation est chose courante pour eux. L’épuisement professionnel (burn-out) ou la nécessité de cumuler plusieurs emplois en même temps font partie des conséquences mentionnées. De plus, l’emprunt d’argent ou les mensonges à l’employeur, la demande d’avance sur sa paie, les fausses déclarations de maladie, les retards répétés ou les vols ont entraîné, pour certains, des complications et même des cessations d’emploi.

Les problèmes vécus par les joueurs sont autant de raisons qui peuvent influencer leur décision de vouloir changer de vie, aspirer à autre chose ou sortir d’une position fâcheuse. Même s’il peut être difficile pour un joueur d’accepter qu’il éprouve un problème dont il ne peut se sortir seul et de choisir d’entreprendre des démarches pour suivre une thérapie, la décision finale lui revient. Les résultats obtenus seront souvent garants de l’implication et de la confiance du joueur en ces démarches.


* à suivre *

samedi 27 mars 2010

JOUEURS PATHOLOGIQUES - 5e partie

LE CHEMINEMENT DES USAGERS

Mieux connaître les raisons qui amènent le joueur en traitement peut aider à orienter les interventions offertes aux usagers de même que les stratégies de recrutement des futurs clients et réussir ainsi à rencontrer les joueurs avant que les problèmes ne s’aggravent et que les conséquences néfastes ne se multiplient.

L’objectif principal de traitement des joueurs pathologiques proposé aux intervenants par le CQEPTJ (Ladouceur et autres, 2000), dans le cadre du programme expérimental, est de modifier les habitudes de jeu des joueurs. Est-ce l’objectif souhaité et voulu par les joueurs qui sollicitent des traitements ? Les résultats de notre recherche démontrent que plusieurs d’entre eux ont comme premier souci de retrouver la sérénité ou d’être mieux dans leur vie, d’autres désirent comprendre pourquoi ils jouent alors que d’autres encore désirent simplement parvenir à jouer « normalement ».

Les problèmes éprouvés, les besoins et les attentes des personnes qui décident de chercher de l’aide pour se sortir de cette malencontreuse situation sont de bons indices des éléments déclencheurs de la démarche d’aide et des raisons qui motivent à vouloir changer ses habitudes de jeu.


* à suivre *

vendredi 26 mars 2010

JOUEURS PATHOLOGIQUES - 4e partie

MÉTHODOLOGIE

Les données utilisées proviennent d’entrevues semi-structurées réalisées dans le cadre de l’évaluation du programme expérimental sur le jeu pathologique (Chevalier et autres) servent à mieux comprendre pourquoi les joueurs pathologiques demandent de l’aide.

Dans un contexte où les besoins des joueurs pathologiques sollicitant des services peuvent varier notablement, où ces besoins peuvent évoluer rapidement et où les services offerts aux joueurs diffèrent d’une région et d’une ressource à l’autre et, de manière plus importante encore, parce que nous ne possédons que peu d’informations sur les attentes et les besoins des joueurs, la recherche proposée revêt un caractère exploratoire et les méthodes par entrevue ont semblé les plus appropriées.

Pour recueillir les données, nous avons mené une trentaine d’entrevues individuelles et de groupe auprès d’une soixantaine de personnes ayant reçu des services d’aide pour le jeu dans 23 organismes provenant de quatre sites pilotes à travers le Québec.

Les personnes ayant complété le traitement ont été interrogées individuellement ou en groupe. Les entrevues individuelles ont permis d’explorer et d’examiner en profondeur les thèmes propres au parcours des usagers de services, alors que les entrevues du groupe (focus group) ont favorisé la formation de groupes d’usagers plus homogènes. La sélection des groupes a été opérée selon des critères généraux d’abord et des éléments spécifiques de contenu ensuite. Tous les groupes choisis représentent des minorités, à l’échelle du Québec, parmi l’ensemble des personnes ayant sollicité ou complété un traitement. Les personnes ayant abandonné le traitement ont toutes été rencontrées individuellement.

Les personnes ayant complété le traitement depuis un laps de temps allant de trois semaines à dix-huit mois étaient recrutées par le biais des intervenants dans les centres de traitement qui participent au programme expérimental. Les critères de sélection permettant la formation des différentes entrevues de groupe ont été précisés par l’équipe de recherche à la personne responsable dans les centres de traitement, pour l’orienter dans sa recherche de participants. Les personnes intéressées à participer (ou, selon les régions, un sous-ensemble d’entre elles) étaient alors contactées par un membre de l’équipe de recherche et réparties entre les entrevues individuelles ou les différentes entrevues de groupe, selon leurs caractéristiques propres. Les participants ont été informés du caractère confidentiel de la recherche et les chercheurs leur ont expliqué les objectifs de la recherche et les retombées attendues. Ils ont de plus indiqué aux usagers qu’ils pourraient être informés des résultats de la recherche à la fin du mandat.

Le choix des thèmes de notre schéma d’entrevue a été inspiré par la littérature s’intéressant aux joueurs en traitement et a été construit de manière à permettre à chaque personne interrogée de s’exprimer librement sur son expérience et les différentes étapes de sa démarche.

Comme nous l’avons précisé dans le modèle conceptuel (Donabedian, 1973), l’usager évalue son état de santé à partir de ce qu’il ressent et des informations qu’il retire de l’environnement. Il est donc le mieux placé pour faire part de son évaluation de la situation. L’analyse des données a donc porté sur le point de vue des usagers sur cette expérience.

Les données ont d’abord été codées manuellement selon des techniques d’analyse de contenu thématique (Bardin, 1993 ;Stewart et Shamdasani, 1990). Le nombre effectif d’entrevues a été suffisant pour atteindre la saturation informationnelle.


* à suivre *

jeudi 25 mars 2010

JOUEURS PATHOLOGIQUES - 3e partie

MODÈLE CONCEPTUEL

Le modèle que nous utilisons ici est largement tributaire des travaux classiques de Donabedian (1973). Une personne évalue son état de santé à partir de ce qu’elle ressent et des informations qu’elle retire de l’environnement. Elle définit le problème selon ses propres termes et conclut d’elle-même à la présence d’un problème suffisamment important pour nécessiter une intervention externe professionnelle. La rencontre entre la personne qui a un problème et une ressource qui sera à même, ou non, de répondre à ses demandes, aura lieu dans la mesure où la ressource est accessible. Si la rencontre a lieu, une évaluation des besoins sera alors produite selon les paramètres retenus dans la ressource ; les deux évaluations de besoins seront réconciliées. C’est sur la base des besoins négociés que de services seront alloués et que les résultats seront obtenus.

Seule la personne qui reçoit les services peut fournir des renseignements sur sa propre évaluation des besoins. En plus, cette personne peut offrir une perspective d’importance, qui souvent se distingue de celle du clinicien, sur le processus de négociation des besoins, sur l’adéquation des services et sur les résultats obtenus.


* à suivre *

mercredi 24 mars 2010

JOUEURS PATHOLOGIQUES - 2e partie

Problématique

Par ailleurs, les motivations à demander de l’aide pour un problème, n’importe lequel, contribuent à définir les attentes eu égard au traitement. Les attentes développées par les joueurs requérant des services sont conditionnées par les démarches et les services antérieurs reçus soit pour des problèmes connexes, soit pour des problèmes de jeu (Poirier, 2001 ; Cromer, 1978). À partir des entrevues en profondeur que Poirier (2001) a menées, elle regroupe les attentes de joueurs en quête de traitement en trois catégories : 1) les attentes cognitives – le joueur veut comprendre pourquoi il joue ; 2) les attentes affectives – le joueur espère recevoir de la compréhension et de l’affection ; et 3) les attentes de types comportementales – le joueur veut cesser de jouer. Les résultats d’Orford et McCartney (1990) suggèrent que les joueurs pathologiques en traitement s’attendent tout particulièrement à améliorer leurs relations personnelles ainsi que leur situation financière. Le joueur peut aussi s’attendre, le cas échéant, à une amélioration de ses relations conjugales, notamment sur le plan sexuel et plus généralement sur le plan de l’intimité (Steinberg, 1993). Les attentes irréalistes au chapitre du résultat du traitement peuvent avoir une incidence négative sur, précisément, ce résultat et pourraient être un indicateur des connaissances du joueur à propos du jeu pathologique. Telle pourrait être notre perspective en extrapolant les résultats obtenus par Mancuso et ses collègues (2001 ; voir aussi les travaux de Meyer et autres, 2002) dans un tout autre domaine de traitement : « Having unrealistic expectations may predispose to worse outcomes by causing patients to become quickly discouraged with results of treatment, or in turn may be a marker for other risks, such as lack of knowledge about asthma » (p. 1054).


* à suivre *

mardi 23 mars 2010

JOUEURS PATHOLOGIQUES - 1e partie

On Sait déjà que les jeux de hasard et d’argent, lorsqu’ils sont pratiqués de façon abusive, peuvent avoir des conséquences dramatiques dans la vie des joueurs et dans celle de leur entourage. Des habitudes de jeu délétères ou la perte de contrôle durant cette activité entraînent de nombreux problèmes sur les plans personnel, relationnel, financier ou professionnel. Quelles sont donc les raisons qui motivent enfin le joueur à entreprendre des démarches pour s’en sortir? Qu’est-ce qui peut le décider – et le motiver – à reconnaître ses limites, à accepter qu’il a un problème de jeu et à demander de l’aide pour changer l’état des choses?

Pour répondre à ces questions, nous verrons dans un premier temps avec les chercheurs tels que Catherine Geoffrion, Serge Chevalier (sociologue), Elisabeth Papineau (Anthropologue), le contexte dans lequel évoluent les joueurs qui décident d’entreprendre un traitement pour le jeu ainsi que le modèle conceptuel et la méthodologie utilisés dans la présente recherche. Il sera ensuite question du cheminement des usagers avant la thérapie et des raisons qui les ont motivés à entreprendre celle-ci. Puis, une discussion et des pistes de réflexion touchant le cheminement des joueurs seront dégagées.

Problématique

Les recherches dans le domaine ont montré que les joueurs pathologiques qui font une démarche pour obtenir des services le font pour une quantité de motifs. Poirier(2001, voir aussi Poirier et Lindsay, 2001) a classé les motifs de demandes d’aide de la clientèle masculine du Centre CASA – un centre de réadaptation privé qui fournit des traitements tant internes qu’externes aux joueurs pathologiques – qui a suivi des traitements externes selon deux catégories : les motifs intrinsèques, qui incluent la détresse psychologique insoutenable et les idées suicidaires, et les motifs extrinsèques, où il est plus question des craintes de perdre son emploi, sa relation conjugale ou de compromettre irrémédiablement les relations avec ses enfants. D’autres études identifient des aspects quelque peu différents. Cromer (1978), dans une étude où il a passé six mois à observer un groupe Gamblers anonymes (GA) en Israël, identifie les motifs suivants : de sérieux problèmes d’argent; les personnes sentent qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec leur vie; ils sentent que le temps leur glisse entre les mains et, à l’instar des résultats de Poirier, ils ressentent des effets adverses sur les aspects conjugaux, familiaux et les autres relations significatives. Cromer conclut que, selon la perspective des joueurs l’argent peut être remplacé, mais pas le temps ni les relations affectives. Brown (1986) a étudié un groupe de GA à Glasgow. Il regroupe les motifs d’une première visite ou présence à une réunion GA selon trois rubriques : 1) des raisons subjectives relatives aux émotions et aux attitudes du joueur envers lui-même (désespoir, sentiment d’inadéquation, besoin d’aide, le dégoût de soi-même); 2) des raisons relatives à des problèmes extérieurs (par exemple, des problèmes financiers ou domestiques); 3) des raisons relatives à la prise de conscience que le problème de jeu affecte négativement les autres. De fait, cette nomenclature n’est pas sans rappeler celle de Poirier qui identifiait des motifs intrinsèques (correspondant à la première catégorie de Brown) et des motifs extrinsèques (les deux dernières catégories). Selon Orford et McCartney (1990) dans leur étude à Exeter, les principales raisons évoquées pour aller en traitement sont la crainte du futur et les problèmes financiers. Tout récemment, Hodgins et ses collaborateurs (2002; voir aussi Hodgins et el-Guebaly, 2000) ont eux aussi quantifié les motifs qui ont poussé des joueurs pathologiques à une première consultation. L’échantillon utilisé se subdivisait en deux groupes : les joueurs pathologiques qui ont suivi un traitement récent (durant la dernière année) et les joueurs pathologiques dont le traitement est moins récent. Les joueurs pouvaient identifier autant de motifs de recours au traitement qu’applicables à leur situation. Les deux principaux motifs évoqués sont les problèmes financiers et les facteurs émotionnels; deux autres facteurs sont aussi identifiés fréquemment par les deux sous-groupes, soit avoir atteint le bas-fond et désirer le maintien des relations familiales. Les auteurs concluent que « the most frequently cited reasons were all internal and included negative emotions, financial concerns, family influence, and acting in a fashion that was incompatible with their self-image ». (p.216).

En résumé, malgré les finalités et les approches différentes ainsi que les limites méthodologiques des différentes études consultées, il ressort distinctement que les joueurs vont principalement faire appel aux services de traitement pour le jeu à cause de motivations intrinsèques, au nombre desquelles on retrouve la préservation de relations émotionnelles significatives ainsi que l’atténuation ou la disparition de conditions émotives et psychologiques insoutenables : détresse psychologique (désespoir, dégoût de soi-même, atteinte du bas-fond, etc.), dépression, anxiété, idées suicidaires et autres. Poirier (2001) considère la situation financière en tant que motif extrinsèque alors que Hodgins et ses collaborateurs (2002) la considèrent comme intrinsèque ; quoiqu’il en soit, la situation financière extrêmement détériorée s’avère probablement la motivation la plus prégnante dans la littérature. Arrêter de jouer dans la littérature. Arrêter de jouer semble subsidiaire pour le joueur qui recherche un traitement.


* à suivre *

lundi 22 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 9e partie

Indications et contre-indications d’une psychothérapie

Il est exceptionnel qu’un enfant ou un adolescent fasse de lui-même la demande d’une psychothérapie. Cette démarche lui est souvent proposée par ses parents ou un professionnel du réseau d’aide à la jeunesse. En proposant au jeune une thérapie, il est important de l’informer que cette démarche va impliquer de sa part une collaboration très active ainsi qu’un engagement à se confier sur son vécu le plus intime. Il est donc très important qu’après avoir été bien informé, le jeune désire entreprendre une telle démarche.

En cours de thérapie, lorsque des aspects sensibles de la dynamique affective sont touchés (quand la tristesse, la colère ou la culpabilité son abordées), il est normal de voir apparaître temporairement une forte anxiété. Conséquemment, une psychothérapie peut être contre-indiquée chez un jeune qui possède un « pattern » de passage à l’acte inadapté très marqué pour contrer ses tensions et ses malaises.

CONCLUSION

Vivre une perte affective importante dans la solitude et le silence constitue une épreuve déchirante qui risque de laisser des séquelles importantes qui vont handicaper la personne toute sa vie durant. Il est cependant réconfortant de savoir que cette situation n’est pas irrémédiable. Ce n’est cependant qu’au prix de la reconnaissance de la perte et de la douleur qui l’accompagne dans un lieu privilégié de parole, de confiance et d’amour que la personne parviendra à se libérer du fardeau émotionnel qui l’accompagne et transformer cette perte en gain.

dimanche 21 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 8e partie

Des mesures d’aide appropriées aux besoins et aux capacités du jeune.

Lorsqu’il est clairement établi que les difficultés d’un jeune sont consécutives aux séquelles d’un deuil pathologique, une psychothérapie peut être envisagée. Cette aide visera essentiellement à permettre à l’enfant ou à l’adolescent d’assumer sa perte dans un climat de confiance, de chaleur et de soutien tout en l’aidant à se libérer des sentiments douloureux et des émotions négatives qui l’habitent.

Il est très exceptionnel que seule une psychothérapie suffise à réhabiliter un jeune présentant des troubles affectifs qui handicapent son adaptation. Dans la très grande majorité des situations, ce travail devra s’effectuer dans un contexte multidisciplinaire. Il sera essentiel de prévoir une intervention professionnelle visant à équilibrer la dynamique familiale, à guider et à soutenir les parents dans leurs interventions éducatives et l’encadrement de leur enfant ou leur adolescent. Un placement dans une ressource spécialisée peut parfois même être nécessaire pour réussir à contrôler les comportements inadaptés du jeune.

Il faut également tenir compte que, sur le plan pratique, il est fréquent que les facteurs éducatif et social s’associent à la perturbation affective de l’enfant ou de l’adolescent pour engendrer ses troubles de comportement. En pareil cas, les mesures éducatives auront préséance sur la psychothérapie qui pourra être envisagée ultérieurement en cours de traitement, lorsque le jeune aura acquis suffisamment de discipline personnelle, de maîtrise de ses pulsions, lorsqu’il aura intégré un système de valeurs sociales et développé une capacité adéquate d’auto-critique sur ses comportements inadéquats.


* à suivre *

samedi 20 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 7e partie

LES MESURES DE RÉHABILITATION

L’importance d’un bon diagnostic socio-affectif

Travailler à la réhabilitation d’un jeune constitue une tâche complexe qui comporte plusieurs volets, social, familial et scolaire, mais qui réfère toujours à deux dimensions essentielles de son développement : son éducation et son affectivité.

Certains jeunes éprouvent des difficultés de comportement principalement attribuables à un déficit dans l’éducation qu’ils ont reçue. On parle alors de mauvais exemple, d’un encadrement trop permissif, d’un manque de constance dans l’application des règles et des sanctions disciplinaires de la part de leurs parents. Ces jeunes ont principalement besoin d’acquérir des habitudes de vie quotidienne saines, de la discipline personnelle, des valeurs sociales plus adéquates. Le travail auprès d’eux s’effectuera donc davantage sur le plan rééducatif.

Chez d’autres jeunes, les difficultés d’adaptation trouvent davantage leurs causes dans des traumatismes affectifs vécus au cours de leur enfance. Ce sont parfois des jeunes qui ont été grandement insécurisés par l’inconstance ou la négligence de leurs parents. D’autres ont été victimes de violence familiale. Les abus physiques et sexuels provoquent également des dommages affectifs importants qui se répercutent dans les comportements de ces jeunes. Une blessure affective engendrée par une perte vécue dans des conditions difficiles peut également constituer un facteur important de mésadaptation.

Avant d’entreprendre un travail de réadaptation auprès d’un jeune qui présente des troubles de comportement, il est très important de déterminer le plus précisément possible les causes de sa mésadaptation. Dans cette optique, une évaluation complète du jeune et de son contexte de vie s’avère essentielle.

En effectuant cette évaluation, il sera très important de questionner le jeune ainsi que son entourage familial afin d’examiner la possibilité de perte(s) importante(s) chez celui-ci ainsi que les circonstances et les conditions dans lesquelles elles ont été vécues. Le cas échéant, une évaluation psychologique, à l’aide d’épreuves projectives, permettra de déceler la présence d’émotions et de sentiments négatifs, souvent inconscients, impliqués dans la dynamique affective du jeune et qui perturbent son comportement et son adaptation.


* à suivre *

vendredi 19 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 6e partie

Des émotions destructrices

Dans le but de se protéger contre sa souffrance, ne pouvant exprimer et partager ses émotions pénibles, le jeune va alors tenter de les dénier en développant des mécanismes de défense dont les principaux sont bien souvent la répression et le refoulement. Il va tenter comme il le peut de se protéger contre sa souffrance en s’insensibilisant émotivement.

Cette situation a pour conséquence d’empêcher le déroulement du processus de deuil. Souvent même, la colère et la révolte s’intensifieront en raison du fait que l’insécurité persiste.

Certes, avec le temps, l’enfant en vient à atténuer sa souffrance mais ses émotions négatives demeurent, cachées à l’intérieur de lui. Elles commencent alors leur ravage sournois et insidieux sur son comportement et son adaptation.

Sa tristesse réprimée sape sa motivation à l’effort scolaire et l’amène à s’enliser dans le fatalisme et dans une situation d’échec de plus en plus irrémédiable. Son angoisse affecte ses capacités d’attention et de concentration. Sa colère lui fait développer des comportements agressifs et anti-sociaux. Sa révolte et son amertume le conduisent à se méfier de l’adulte et à défier son autorité. La plus grave et la plus insidieuse de ces émotions est sans doute la culpabilité qui le pousse inconsciemment et involontairement à se punir de multiples façons (mutilation, suicide à petit feu par la drogue, échecs dans ses entreprises qui concourent dans un cercle vicieux à alimenter son fatalisme et son désespoir). Le jeune en vient à développer une image très négative de lui-même, à se dévaloriser et à se mésestimer intensément.

Il en vient alors à refuser l’affection à laquelle il croit inconsciemment ne plus avoir droit. Il devient alors de plus en plus difficile à rejoindre affectivement, la barrière de ses défenses étant de plus en plus étanche.

Ses comportements inadaptés devenant de plus en plus fréquents et sévères, les adultes intensifient auprès de lui leurs mesures de contrôle et de discipline. Classifiant ce dernier de marginal, ils amplifient son sentiment de solitude et de révolte.

C’est parfois auprès d’autres jeunes marginaux qu’il satisfera ses besoins d’affection et de valorisation ainsi qu’un certain plaisir de vivre. C’est aussi par leur fréquentation qu’il accentuera ses comportements délictuels. On peut alors assister à une escalade des mesures répressives de la part des adultes en autorité qui, à leur tour, provoqueront chez le jeune des réactions inadaptées toujours plus fortes.


* à suivre *

jeudi 18 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 5e partie

Solitude et silence

Pour bien comprendre le deuil pathologique chez l’enfant et l’adolescent, tentons d’abord d’approfondir les conditions dans lesquelles Nathalie, Jacques et François ont vécu leur deuil.

Le père de Nathalie, un homme responsable dans l’éducation de ses enfants mais rigide et autoritaire, lui-même mal à l’aise avec ses émotions, a imposé à ses enfants la loi du silence suite au décès de leur mère. Il a tenté de censurer chez ses enfants toute expression de chagrin et de colère. Nathalie s’est vu imposer des tâches supplémentaires au sein de sa famille, remplaçant pour une bonne part sa mère dans l’accomplissement des tâches domestiques. Elle a également tenté de remplacer sa mère comme présence affective auprès de sa jeune sœur et de sont petit frère. En plus de réprimer l’expression de ses sentiments et de ses émotions, en plus de s’imposer de fortes exigences aux plans physique et affectif dans le remaniement de l’équilibre familial, Nathalie a sérieusement compromis son mouvement en vue de se définir une identité propre, bien à elle, clairement démarquée de celle de sa mère en prenant en quelque sorte sa place au sein de la famille.

Jacques pour sa part est sérieusement délaissé par ses parents aux prises avec des difficultés conjugales importantes. Deux figures paternelles se succèdent et disparaissent complètement de son univers au cours de ses trois premières années de vie. La mère qui éprouve de sérieuses difficultés amoureuses, puis des problèmes de santé très importants, va beaucoup négliger son fils en termes de présence attentive et d’affection. Jacques connaîtra très jeune et de façon très intense l’abandon et la solitude. À ces sentiments pénibles s’ajoutera un profond sentiment d’insécurité généré par l’instabilité des figures parentales auprès de lui. Tout au long de son enfance, Jacques demeurera très seul et tentera de contenir à l’intérieur de lui-même les sentiments et les émotions pénibles qui l’habitent. Au cours de son enfance, il n’aura jamais vraiment l’occasion d’exprimer le profond malaise qu’il ressent. Chacune des pertes qu’il subira sera vécue dans le silence.

Au décès de son épouse, le père de François se lance de façon frénétique dans son travail. Parti tôt le matin, il revient tard en soirée, souvent lorsque son fils est couché. Cette situation va durer plusieurs années. Par crainte d’être de nouveau blessé affectivement, le père de François ne s’engagera plus dans de nouvelles relations affectives. La petite compagnie de consultant en informatique qu’il possède deviendra toute sa vie et occupera tout son temps.


La grand-mère de François est une bonne personne mais triste et très renfermée sur elle-même. Elle devient très mal à l’aise lorsque son petit-fils exprime spontanément du chagrin ou de la révolte. Elle se met alors à pleurer, François apprend à réprimer l’expression de ses émotions et de ses sentiments pour éviter de faire de la peine à sa grand-mère. Au fil des mois, il devient cependant plus irritable et agité. Les quelques tentatives qu’il fera au cours de son enfance pour aborder la mort de sa mère avec son père ou sa grand-mère seront très rapidement découragées par ceux-ci qui changent le sujet de conversation. Les comportements dérangeants de François conduisent son père à adopter de plus en plus à son égard des attitudes de contrôle, de discipline et de réprimande. Malgré tous les efforts de la part du père pour « corriger » son fils, les comportements inadaptés de ce dernier ne font au contraire qu’augmenter pour finalement créer un conflit dramatique entre père et fils.

En approfondissement le processus de deuil chez ces trois jeunes, une constante essentielle ressort clairement. Ces adolescents n’ont pas eu la chance d’exprimer spontanément, dans un climat de confiance, les sentiments et les émotions qui les animaient suite à la perte d’un être aimé.

Il arrive que lors d’une perte importante les enfants affectés ne trouvent pas l’accueil, le réconfort, l’attention et le soutien de leur entourage dont ils ont besoin et se retrouvent seuls pour transiger avec leur chagrin, leur douleur et leur insécurité. Ginette Raimbault écrit :

« Le plus grand dommage pour l’avenir d’un enfant n’est pas la perte d’un parent
mais le fait qu’aucune parole de l’entourage ne soit venue lui permettre de
nommer l’événement, de le métaboliser et de le faire entrer dans son histoire. »


* à suivre *

mercredi 17 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 4e partie

Un grand besoin de soutien de la part de l’entourage

Au cours de cette période de crise, la personne affectée a besoin d’exprimer les émotions pénibles et de confiance. Elle a également besoin de recevoir du soutien et du réconfort dans sa souffrance de la part de son entourage.

Exprimer ses émotions, partager sa douleur, recevoir un soutien chaleureux, sympathique et sécurisant favorisent la diminution de la souffrance, l’apaisement des tensions et de l’angoisse en plus d’aider la personne endeuillée à rompre le sentiment de solitude qui l’habite souvent de façon très intense.

Chez la personne affectée par une perte importante, la culpabilité s’associe souvent à la colère et à la tristesse. On en veut d’abord à la personne décédée de nous avoir quitté puis, on s’en veut de nourrir son égard une telle hostilité. Un accueil inconditionnel et chaleureux de la part de l’entourage de ce sentiment de culpabilité contribue grandement à le dissiper et à restaurer chez la personne endeuillée une image d’elle-même plus positive.

Les enfants, encore très dépendants des adultes pour leurs besoins essentiels en plus de vivre la déchirure de la perte, vivent souvent une très grande insécurité qui décuple leur angoisse. Ils ont alors grandement besoin d’être rassurés sur le fait que le parent qui demeure auprès d’eux saura continuer de répondre à leurs besoins avec affection, constance et compétence. Besoin d’être assurés, en d’autres circonstances, qu’en l’absence de leurs parents, des adultes forts et stables qui les aiment vont continuer de prendre soin d’eux adéquatement.

Deux conditions apparaissent donc essentielles à la résolution saine d’un deuil chez l’enfant. D’une part, la possibilité pour ce dernier d’exprimer spontanément les émotions douloureuses qui l’habitent dans un climat d’accueil, de confiance et de chaleur. D’autre part, la possibilité pour ce dernier d’être reçu, entendu, soutenu et réconforté dans sa peine et dans son chagrin ; d’être rassuré dans sa peur ; d’être accueilli avec bienveillance dans l’expression de sa colère et des reproches qu’il peut s’adresser à lui-même.


« le degré de souffrance qu’une personne peut accepter dépend beaucoup de
l’amour et du support que celle-ci reçoit de la part de son entourage. Le grand
facteur aidant lorsqu’une personne vit un deuil, c’est le support de son
entourage qui la rend capable d’entrer dans sa souffrance et d’en sortir. »


* à suivre *

mardi 16 mars 2010

Comprendre l'Enfant ou l'Adolescent Vivant Le Deuil - 3e partie

Une plongée dans le monde des sentiments et des émotions

Afin d’établir un lien entre la perte affective et les difficultés de comportement chez l’enfant et l’adolescent, examinons d’abord de plus près le processus normal de deuil ainsi que les conditions dans le milieu de vie du jeune qui facilitent le passage de cette difficile épreuve.

Se détacher, une démarche qui demande beaucoup d’énergie

Le deuil est essentiellement un processus de détachement qui s’instaure, bon gré mal gré, à la suite d’une perte. Ce processus se déroule principalement au niveau des sentiments et des émotions. Le père Jean Monbourquette nous apprend que l’importance de la perte et l’intensité du processus de détachement dépendent de l’intensité des liens affectifs que la personne endeuillée avait établis avec la personne disparue.

La perte d’une personne aimée, surtout si elle est subite et inattendue, plonge les personnes affectées dans un bouleversement affectif et émotionnel très intense. Dès les premiers moments suivant la perte, la personne endeuillée est submergée par un flot d’émotions très pénibles et très intenses qui provoquent chez elle une grande souffrance. Tristesse, colère, révolte, peur, culpabilité, sentiment d’abandon, angoisse se bousculent en elle et provoquent bien souvent une grande détresse.


* à suivre *